Annapolis : Une presse palestinienne sans illusions

Courrier international, mardi 27 novembre 2007

Même chez les jour­na­listes pales­ti­niens qui approuvent le principe de ce sommet, le scep­ti­cisme est de mise.

“Les Pales­ti­niens veulent que la confé­rence d’Annapolis abou­tisse à des résultats pour un règlement défi­nitif. Ils sou­haitent donc aborder les ques­tions fon­da­men­tales : les fron­tières de leur futur Etat, Jéru­salem, la question des réfugiés, l’avenir des colonies, l’accès à l’eau, la sécurité. Ils veulent également des garanties inter­na­tio­nales pour une appli­cation effective des déci­sions selon un calen­drier précis. Du côté des Israé­liens, c’est tout le contraire. Ils se conten­te­raient bien d’une décla­ration de grands prin­cipes dont chacun pourra faire la lecture qu’il voudra”, estime l’ancien ministre et uni­ver­si­taire Ahmad Maj­dalani sur le site pales­tinien AMIN.

“Si la confé­rence est une simple opé­ration de rela­tions publiques de l’administration Bush, ses maigres résultats ne convain­cront per­sonne. La par­ti­ci­pation des Pales­ti­niens et des Arabes nuira à la cré­di­bilité des modérés. Nous ne ver­serons donc pas de larmes si elle devait être annulée.” Mais Israël s’ingénie à “fermer toutes les portes à un règlement poli­tique. Le gou­ver­nement a repris les fouilles sous l’esplanade des Mos­quées, a confisqué des ter­rains autour de Jéru­salem et a annoncé la construction de mil­liers de nou­veaux loge­ments dans les colonies. Le vice-​​Premier ministre Elie Yishaï refuse abso­lument toute négo­ciation sur Jérusalem-​​Est.

Le ministre de la Défense Ehoud Barak érige la sécurité nationale en priorité des prio­rités et mul­tiplie les incur­sions, tueries, arres­ta­tions et bar­rages, désormais sous-​​traités à des entre­prises de sécurité privées à caractère fas­ciste. Et le Premier ministre Olmert dit que les négo­cia­tions pour­raient durer pendant vingt à trente années. Quant à Condo­leezza Rice, elle fait sienne l’explication israé­lienne concernant la route entre Jéru­salem et la colonie de Maaleh Adoumim, censée ‘amé­liorer la cir­cu­lation des Pales­ti­niens’, alors qu’en réalité elle coupe la Cis­jor­danie en deux et rend la vie impos­sible à de nom­breux Pales­ti­niens”, s’indigne Miftah, le site de l’ancienne députée Hanane Achrawi. “Faut-​​il accepter le cadre israélo-​​américain de cette confé­rence ? La réponse est non, sans aucun doute. Mais refuser ce cadre-​​là ne veut pas dire boy­cotter Anna­polis. Car les Pales­ti­niens seront une fois de plus accusés d’avoir raté une occasion.”

Dans les colonnes d’Al-Ayyam, le prin­cipal quo­tidien de Ramallah, Mohammad Abdel­hamid s’en prend à ceux qui “refusent la négo­ciation et rejettent les accords déjà signés”. Il vise notamment la Syrie, qui a convoqué un contre-​​sommet dans le but de “faire échec au complot” d’Annapolis, d’“affirmer le droit du retour des réfugiés et [de] jus­tifier la lutte armée comme prin­cipale forme de résis­tance. Qu’ils nous disent donc comment construire le rapport de force sus­cep­tible de tra­duire leurs exi­gences dans la réalité. S’ils ne cherchent qu’à pré­server la pureté de la cause, cela se res­pecte, mais cela ne relève pas de l’action poli­tique. S’ils ne cherchent qu’à lancer des slogans à tort et à travers dans un état d’esprit d’opposition pri­maire, ils font un cadeau généreux à l’occupant, qui ne cherche qu’à nous diviser. Ils disent compter sur l’acquisition de la bombe nucléaire par l’Iran, dont le pré­sident, Mahmoud Ahma­di­nejad, a promis de ‘libérer toute la Palestine’ et d’ assurer la défaite totale des Amé­ri­cains en Irak. Or, si la résis­tance ira­kienne a rem­porté des vic­toires, elle a plongé le pays dans une guerre civile des­truc­trice. Ce n’est pas un Etat irakien en lam­beaux qui va faire pression sur Israël.” “Cette confé­rence relève du sur­réa­lisme post­mo­derne”, tranche pour sa part l’intellectuel pales­tinien Khaled Hroub dans le quo­tidien pan­arabe Al-​​Hayat.

“Israël dit ouver­tement qu’il ne dis­cutera d’aucun des points essen­tiels, et les Pales­ti­niens y vont quand même. Israël affirme que sa sécurité est plus impor­tante que l’Etat pales­tinien, et les Pales­ti­niens y vont quand même. Israël veut que tous les pays arabes soient pré­sents à la confé­rence pour donner l’impression que les seuls à poser pro­blème sont les Pales­ti­niens et que leur cause n’est qu’une bricole sur le vaste agenda du Moyen-​​Orient. Et les Pales­ti­niens y vont quand même. Pour sortir de ce nihi­lisme post­mo­derne, il ne faut pas par­ti­ciper à une confé­rence vide de sens qui ne fait que mal­mener davantage nos droits.”