A la mère de Gilad Shalit

la mère de Salah Hamouri, vendredi 28 décembre 2007

Lettre adressée il y a quelques semaines par la mère de Salah Hamouri, civil fanco-​​ pales­tinien détenu sans raison depuis 2005 par les auto­rités israé­liennes, à la mère de Gilad Shalit, soldat israélo-​​ français capturé par la résis­tance pales­ti­nienne lors d’une action mili­taire israé­lienne à Gaza en juin 2006.

"Madame

Depuis un an , je suis la situation de votre fils soldat pri­sonnier avec attention a travers les médias ,j’ ai souvent eu envie de vous écrire et aujourd’hui, après avoir vu la cas­sette audio dif­fusée a la télé­vision , je me suis décidée.

Avant de continuer , je dois tout d’ abord me pré­senter , je suis Madame Guidoux, épouse Hamouri. Je suis fran­çaise mais je vis à Jéru­salem Est depuis plus de 20 ans car mon mari est pales­tinien. Je suis ensei­gnante , nous avons 3 enfants qui ont la natio­nalité fran­çaise , mon fils aîné Salah étudiant âgé de 22 ans a été arrête par les auto­rités israé­liennes le 13 mars 2005 , il est détenu en Israel au centre de détention de Hadarim [1] et en attente de jugement. Il n’ a tué per­sonne et son dossier est fait de sus­pi­cions , il risque malgré tout de rester de longues années en prison.

J’ ai découvert pendant tout ce temps que votre fils et le mien avaient beaucoup de points communs même si tout semble les séparer , ils sont jeunes et souffrent pour leur pays , ils ont tous les deux la natio­nalité fran­çaise, la France se doit donc de les sou­tenir de les aider et d’ aider leurs familles ,ils ont été enlevés l’un par un groupe de résis­tance, l’ autre par des soldats, ils sont donc devenus des otages. La liberté de votre fils dépend d’ un geste de votre gou­ver­nement , celle de mon fils dépend des juges mili­taires qui ne sont géné­ra­lement pas cléments.

Votre famille et la mienne ont aussi des choses en commun , le père de Gilat est prêt à abattre des mon­tagnes pour retrouver son fils , (j’ admire son courage et sa dignité) car depuis un an , vous souffrez de son absence, je com­prends vos angoisses, vos peurs, votre volonté et vos espoirs car ma famille et les familles des mil­liers de pri­son­niers pales­ti­niens ont les mêmes sen­ti­ments , les mêmes angoisses et la même colère.

J’ imagine sans mal vos attentes, l’ espoir d’ un signe…

Avant l’ arres­tation de mon fils , je croyais à la paix et aà l’ entente entre les 2 peuples mais depuis j’ ai de plus en plus de mal à y croire , je ren­contre des familles de pri­son­niers lors des visites en prison ou au tri­bunal et la paix ou n’ importe quel accord ne pourront exister tant que le pro­blème des pri­son­niers ne sera pas résolu. Nos enfants doivent rentrer à la maison et votre fils aussi.

Je sou­hai­terais vraiment que vous puissiez assister à une audience au tri­bunal mili­taire , vous pourriez ainsi constater la souf­france et l’ humi­liation des pri­son­niers et de leurs familles , peut-​​ on parler de justice quand un Pales­tinien risque de longues années de prison pour avoir eu des pensées sans passer à l’ acte alors que pour des faits bien plus graves, les Israé­liens sont soit traités de malades mentaux, soit gardés en rési­dence surveillée ?

L’ espoir fait vivre , j’ espère que tous nos pri­son­niers et votre fils ren­treront chez eux bientôt

Cordialement

[1] Salah a depuis été déplacé et transféré à la prison de Rimonim