17 avril, Journée des Prisonniers : les prisonniers palestiniens

Jean-​​Claude Lefort, jeudi 17 avril 2008

Ce 17 avril est comme chaque année la Journée des Pri­son­niers, l’occasion de rap­peler la situation de vio­lence et d’arbitraire à laquelle sont soumis plus de 10 000 Pales­ti­niens. Outre l’aspect humain, "la question est poli­tique et globale : il ne peut y avoir de solution sans libé­ration des pri­son­niers palestiniens".

On compte actuel­lement de 11.700 à 12.000 pri­son­niers pales­ti­niens qui crou­pissent dans les prisons israé­liennes. L’imprécision du chiffre tient au fait que c’est chaque jour que les arres­ta­tions mas­sives ont lieu qui se ter­minent géné­ra­lement par des peines d’emprisonnement ou de réten­tions dites « admi­nis­tra­tives ». Rien qu’en janvier ce sont ainsi 540 pales­ti­niens qui ont été arrêtés et on ne connaît pas le sort réservé à chacun. En tout cas c’est un nombre consi­dé­rable de per­sonnes qui se trouvent empri­sonnées et on notera qu’un un mois c’est plus d’arrestations com­mises que le nombre de libé­ra­tions qui avaient été annoncées dans le cadre d’Annapolis, soit 441.

D’une façon générale le nombre de pri­son­niers pales­ti­niens ne cesse d’augmenter ces der­nières années.

Ren­contré à Ramallah fin janvier 2008, le ministre pales­tinien des pri­son­niers actuel­lement à Paris, donnait ces chiffres précis : sur l’ensemble des pri­son­niers, 333 sont des enfants de moins de 18 ans ; 115 sont des femmes et l’une d’entre elle vient d’accoucher, menottée, en prison où elle reste avec son bébé ; 900 sont comp­ta­bi­lisés comme étant en « rétention admi­nis­trative » c’est-à-dire en attente de leur sort ; 356 étaient déjà en prison avant « Oslo » ; 70 ont déjà fait plus de 20 ans de prison. Le plus ancien ayant passé aujourd’hui 33 ans en prison et sa sœur sera pré­sente à la ren­contre prévue avec le ministre la semaine pro­chaine. On compte aussi 46 par­le­men­taires parmi les détenus, dont le Pré­sident du Conseil légis­latif qui compte 132 députés.

Voilà pour les chiffres disponibles.

A cela s’ajoute le sort qui leur est réservé : juge­ments expé­ditifs ; mauvais trai­te­ments, tor­tures ; mort. En 2007, 6 pri­son­niers sont morts faute de soins. Et la semaine der­nière encore un autre a connu le même destin. Des rap­ports existent sur tout cela et sont connus. A cela s’ajoute les dif­fi­cultés volon­taires, et contraires au droit, pour les familles : éloi­gnement des pri­son­niers du lieu où vivent leurs familles. C’est ainsi par exemple que les parents du jeune Salah Hamouri doivent mettre 1 heure 30 pour rendre visite à leur fils et autant pour revenir.

La question des pri­son­niers est un des volets les plus sen­sibles, parmi la popu­lation. On sait que depuis 1967 ce sont en effet 750.000 Pales­ti­niens qui ont été arrêtés, soit plus de 20 % de la popu­lation avec des réper­cus­sions énormes et de toutes sortes. Toutes les familles pales­ti­niennes ont connu au moins un empri­sonné depuis cette date. Ima­ginons, pour la France, que 12 mil­lions de per­sonnes aient été arrêtées. Insupportable.

Cette situation pose au moins trois séries de questions pour nous.

La pre­mière c’est la place accordée à cette réalité parmi les éléments consti­tutifs néces­saires pour un règlement du pro­blème israélo-​​palestinien.

On évoque géné­ra­lement, et à juste titre, 3 para­mètres prin­cipaux (les fron­tières de 67 ; Jéru­salem et le droit au retour). Il me semble que nous devrions mettre plus en évidence que la question de la libé­ration des pri­son­niers constitue, aussi, un des éléments indispensables.

La position fran­çaise sur cette question est, jusqu’à présent, l’exigence sou­lignée d’un élar­gis­sement sen­sible de pri­son­niers afin de créer des éléments de confiance entre les deux parties. Certes, si l’on considère cela comme une étape, on peut sous­crire. Mais le pro­blème va au-​​delà de la question de créer un climat de confiance dont les événe­ments de Gaza montrent qu’on en est très loin.

La question est poli­tique et globale : il ne peut y avoir de solution sans libé­ration des pri­son­niers palestiniens.

La seconde série de pro­blème tourne autour des moyens à réunir pour par­venir à faire pro­gresser cette idée dans le contexte d’aujourd’hui où l’offensive idéo­lo­gique vise à ren­verser les termes du débat et à rendre Israël légitime dans toutes ses actions. Cette entre­prise lar­gement engagée ne va pas sans laisser des traces dans les esprits, c’est évidemment fait pour cela. C’est une question majeure de la bataille poli­tique qui nous est posée.

Nous avons eu un échange par mails sur la position fran­çaise rela­ti­vement à Salah Hamouri qui ne nous éloigne pas du sujet. Pour Shalit, un soldat capturé en uni­forme sur son char, la France demande la libé­ration. Sous entendu il est aux mains de ter­ro­ristes, c’est un otage. Pour Salah elle demande un procès rapide. Autrement dit Israël est un Etat de droit (dixit Rama Yade) qui est agressé et qui doit se défendre. Autrement dit, encore, Israël est légitime dans cette affaire.

C’est une énorme question qui va au-​​delà du cas de Salah Hamouri et qui touche au ren­ver­sement des fon­da­mentaux et des res­pon­sa­bi­lités qui peut pro­duire des effets consi­dé­rables très péna­li­sants pour notre combat.

On veut faire admette l’idée que l’occupant a le droit non seulement d’occuper mais aussi le droit de juger l’occupé. C’est pourquoi je pense aussi que la question des pri­son­niers doit faire partie de notre contre-​​offensive. La question du por­trait Shalit apposé sur les mairies doit être, selon moi, consi­dérée en tenant compte de cette donnée. On ne peut avoir une réponse qui ne tienne pas compte du temps.

Enfin, troi­sième et dernier point que je veux aborder, le cas de Salah qui est un franco-​​palestinien et dont le cas est exem­plaire de tout cela. Cela fait 3 ans qu’il est en prison sans être jugé du fait que les 25 ou 26 audiences où il a été convoqué ont été annulées faute de pré­sence du témoin attendu. Ces témoins sont pourtant faci­lement « trou­vables » : ce sont tous des prisonniers.

Il est accusé non pas d’avoir commis un acte par­ti­culier contre le rabbin extré­miste – Yossef Ovadia – qui sou­tient Olmert avec son parti « Shass » et qui est bien en vie.

Il veulent prouver, d’où ces témoins attendus mais jamais pré­sents, d’être membre du FPLP (ce qui n’est pas le cas) et donc, comme il est passé en voiture devant la maison dudit rabbin 3 mois avant son arres­tation, d’avoir pu nourrir l’intention de porter atteinte à la vie de ce rabbin.

La question c’est que Kouchner ren­con­trant les diri­geants israé­liens le dimanche 27 février a fait valoir auprès d’eux cette exi­gence d’un procès rapide.

Cela n’a pas manqué de pro­duire ses effets puisque le len­demain, dimanche, juste après ma visite à Salah ses parents m’apprenaient que le Pro­cureur avait appelé l’avocate pour lui pro­poser le marché suivant : « 7 ans de prison si vous acceptez qu’on en termine rapi­dement ou sinon ce peut être plus ».

Il faut savoir que c’est un type de règlement de pro­blèmes qui est clas­sique là-​​bas.

Voilà donc un cas qui illustre et éclaire tout le reste et qui mérite sans aucun doute que nous pour­sui­vions acti­vement notre combat pour sa libération.

Voilà les trois points que je voulais évoquer et soumettre à votre réflexion.