13 mars, 4 ans déjà, 4 ans de trop ; Lettre au Pré­sident de la Répu­blique française

Communiqué du Comité national de soutien à Salah Hamouri, vendredi 13 mars 2009

Le 13 mars 2005, il y a quatre ans exac­tement, le jeune franco-​​palestinien Salah Hamouri était arrêté par l’armée israé­lienne à un chek-​​point situé en Cis­jor­danie. Depuis il est en prison.

Durant trois ans où il était interné, un « procès » s’est déroulé devant le tri­bunal mili­taire israélien d’occupation, à Ofer, qui est ins­tallé dans les Ter­ri­toires pales­ti­niens. Ce « procès » cher­chait à apporter la preuve de l’appartenance sup­posée de Salah Hamouri au FPLP suite à une dénon­ciation anonyme. Plus de 20 audiences de ce procès, sur 25 qui ont eu lieu, ont été annulées faute de per­sonnes se pré­sentant à la barre du tri­bunal alors que les « témoins » annoncés étaient en fait tous des pri­son­niers qu’il était donc « facile » de faire comparaître.

Le Tri­bunal mili­taire de la « Force occu­pante » israé­lienne cher­chait à établir un lien de cause à effet entre cette appar­te­nance sup­posée au FPLP, démentie par Salah et jamais prouvée, et le fait réel que trois mois avant son arres­tation Salah était passé de nuit en voiture avec un ami devant le domicile du rabbin Yossef Ovadia.

Si ce dernier fait de son appar­te­nance au FPLP était dûment établi, alors le Tri­bunal mili­taire aurait estimé « tenir » la preuve irré­fu­table que Salah Hamouri voulait attenter à la vie de ce rabbin par ailleurs extré­miste. Il n’en a rien été.

Au bout ce ces trois ans d’incarcération sans qu’aucun délit ne soit établi, et alors que le procès était dans l’impasse, les auto­rités fran­çaises, au lieu de demander la libé­ration pure et simple de Salah aux mains d’un tri­bunal illégal, ont alors incroya­blement plaidé auprès de leurs homo­logues israé­liens pour que ce procès trouve une issue « rapide ».

Cette demande effectuée en par­ti­culier par Bernard Kouchner, ministre français des Affaires étran­gères, présent en Israël les 16 et 17 février 2008, a eu un effet immédiat.

Dès le len­demain, le 18 février, le pro­cureur de ce tri­bunal a appelé l’avocate de Salah Hamouri pour lui pro­poser le « marché » suivant, qui relève stric­tement du chantage et non pas de la justice : « Ou bien Salah Hamouri plaide cou­pable et il sera condamné à 7 ans de prison ; ou bien il refuse et ce sera le double ».

Devant cette situation que tout le monde connaît par­fai­tement, en par­ti­culier les auto­rités fran­çaises, Salah Hamouri, sur les conseils de son avocate et ainsi que le font natu­rel­lement 95% des pri­son­niers pales­ti­niens, a été évidemment contraint d’accepter ce « marché » sous peine de passer 14 ans en prison tandis qu’il n’a stric­tement rien fait de condamnable.

Et depuis cette date où la sanction de 7 ans de prison ferme a été pro­noncée par ce tri­bunal mili­taire illégal ins­tallé à Ofer en Cis­jor­danie, le 17 avril 2008, soit deux mois tout juste après l’intervention de Bernard Kouchner, les auto­rités fran­çaises ont clai­rement affiché et mani­festé un double comportement.

1. Elles ont accepté de donner « légi­timité » à la décision arrachée par ce Tri­bunal mili­taire pourtant illégal – a-​​t-​​on jamais vu un Tri­bunal mili­taire de quelque force occu­pante que ce soit ne pas condamner un membre d’un peuple occupé ? – et elles se sont alors réfu­giées der­rière une vague demande de « clé­mence » qui n’a jamais abouti. Per­sonne n’est dupe du fait que si cette demande avait été réel­lement faite par la France, avec toute la force qui convient, elle aurait évidemment abouti ;

2. Elles ont par ailleurs refusé, nous parlons là du Pré­sident de la Répu­blique, de recevoir les membres de la famille ou les par­le­men­taires de toute obé­dience poli­tique qui sou­tiennent jus­tement la libé­ration de Salah, tandis que les familles de tous les Français ayant des « dif­fi­cultés » à l’étranger ont été reçues, confor­mément à l’engagement du Pré­sident de se porter au secours de tous nos com­pa­triotes et cela « quoi qu’ils aient fait ».

Salah Hamouri est donc doublement victime.

Il est victime de l’occupation israé­lienne dont les tri­bunaux mili­taires israé­liens, illégaux, ne sont par ailleurs que l’un des moyens de cette occu­pation, pourtant condamnée par l’ONU, qu’ils entendent imposer coûte que coûte.

Il est victime, en second lieu, de l’attitude des auto­rités fran­çaises qui non seulement ont accepté de recon­naître cette parodie de « justice » tandis qu’elle est illégale mais qui se refusent à inter­venir – et c’est le seul cas où un Français est ainsi traité – avec toute la force néces­saire auprès des auto­rités israé­liennes, dont le Pré­sident Shimon Pérès. Elles ont aussi – nous parlons ici du Pré­sident – refusé for­mel­lement de recevoir la famille de notre com­pa­triote dont la mère, fran­çaise, est ori­gi­naire de Bourg-​​en-​​Bresse, affi­chant du même coup un mépris inqualifiable.

Le 13 mars 2009, Salah Hamouri aura ainsi effectué, cela contre toute justice et au mépris du respect des droits de l’Homme, quatre ans de prison tandis que rien ne peut les jus­tifier et que rien n’est venu les justifier.

Et il est lâché par la France. Il est le seul dans ce cas. Il est le seul Français pour lequel rien n’est fait et à propos duquel un refus d’agir du Pré­sident s’est mani­festé osten­si­blement jusqu’à refuser ne serait-​​ce que de recevoir la famille ou les amis de Salah.

En ce jour du bien triste « anni­ver­saire » des 4 ans de cap­tivité d’un innocent, Salah Hamouri, nous demandons ins­tamment au Pré­sident de la Répu­blique fran­çaise de recevoir la famille ou les amis de Salah qui demandent sa libé­ration immé­diate, et qui se sont regroupés dans un Comité national de soutien. Nous lui demandons d’agir en ce jour « anni­ver­saire » auprès de son homo­logue israélien pour que Salah ne passe pas une journée de prison sup­plé­men­taire et qu’il soit libéré immé­dia­tement. Salah aura 24 ans le 25 avril pro­chain. Il doit être chez lui pour fêter son anni­ver­saire avec sa famille. A Jérusalem…

Le 12 mars 2009