Photo : Le ministre de la sécurité nationale d’extrême-droite, Itamar Ben Gvir © Quds News Network
Un nouveau sondage diffusé sur la chaîne israélienne Channel 12 montre que les électeurs juifs israéliens qui votent pour la première fois et qui doivent participer aux prochaines élections gouvernementales cette année ont des opinions plus à droite et plus nationalistes-religieuses que les électeurs plus âgés.
Channel 12 est considérée comme une chaîne centriste et est la chaîne d’information commerciale la plus regardée en Israël.
Le gouvernement actuel de Netanyahu est le plus à droite de l’histoire d’Israël, et il est resté en place depuis son élection le 1er novembre 2022. De nouvelles élections auront probablement lieu entre mai et octobre.
Les nouveaux électeurs participant au sondage sont des Israéliens juifs âgés de 18 à 21 ans, excluant notamment les Palestiniens ayant la citoyenneté israélienne, ce qui lui a valu d’être critiqué comme étant un « sondage d’apartheid ».
Ce n’est pas faux, mais lorsqu’une réalité d’apartheid existe de la rivière à la mer, les tendances politiques des membres de la race qui se décrit comme supérieure ne sont pas insignifiantes.
Le sondage a révélé que 75 % des électeurs se décrivent comme « de droite », contre 68 % parmi les électeurs plus âgés. Les 25 % restants s’identifient comme « de centre-gauche », et ceux qui se déclarent « de gauche » ne représentent que 5 %.
Il est important de noter ici la relativité des concepts de droite et de gauche dans la politique israélienne. Le chef de l’opposition Yair Lapid, qui dirige le parti centriste Yesh Atid, a récemment affirmé qu’il partageait l’avis de l’ambassadeur américain en Israël Mike Huckabee, selon lequel Israël a le droit biblique de conquérir la Palestine, la Jordanie, le Liban, la Syrie et certaines parties de l’Égypte et de l’Arabie saoudite. C’est ce qu’on appelle la vision du « Grand Israël » pour les futures frontières d’Israël, qui s’étendraient du Nil à l’Euphrate.
Dans le même ordre d’idées, le leader du seul parti « de gauche » du spectre sioniste, Yair Golan, a préconisé en décembre 2023 d’affamer la population de Gaza. « Nous aimerions tous nous réveiller un matin de printemps et constater que les 7 millions de Palestiniens qui vivent entre la mer et le fleuve ont tout simplement disparu », a déclaré Golan en 2025. Mais revenons à ces jeunes électeurs sionistes.
Ce nouveau groupe électoral représenterait un ajout numérique important d’un demi-million d’électeurs au paysage électoral, le plus important de l’histoire d’Israël. Cela équivaut à 17 sièges sur les 120 que compte la Knesset.
Le parti Likoud de Netanyahu est de loin le plus populaire parmi eux, avec 20 % des intentions de vote. Vient ensuite, avec 11 %, le parti United Torah Judaism, un parti juif ashkénaze (d’origine européenne) ultra-orthodoxe, devenu ultra-sioniste. Puis il y a le parti de Naftali Bennett, qui recueille 10 % des voix, et qui est encore plus fanatique sioniste religieux que Netanyahu. Enfin, il y a le parti Jewish Power d’Itamar Ben-Gvir, en tête avec 7 %. Les autres partis obtiennent des pourcentages plus faibles, de 5 % ou moins.
Parmi ces jeunes électeurs, 59 % préfèrent le bloc de droite actuellement au pouvoir, tandis que 41 % préfèrent l’opposition. Sur la question de Netanyahu contre Bennett pour le poste de Premier ministre, 49 % soutiennent Netanyahu et seulement 24 % soutiennent Bennett.
L’autre point notable du sondage de Channel 12 est la transformation vers le fanatisme religieux. Pas moins de 80 % des jeunes électeurs se considèrent comme religieux (contre 75 % des électeurs plus âgés). Afin de présenter les données du sondage de manière plus théâtrale, Channel 12 a invité 12 jeunes électeurs potentiels à son journal télévisé du samedi. Tous ont clairement indiqué être devenus plus religieux depuis le 7 octobre 2023.
Lorsqu’on leur a demandé directement si le 7 octobre les avait rendus plus religieux, 11 sur 12 ont levé la main.
La religiosité va ici de pair avec une forme radicale de sionisme. Les électeurs ont tous adopté une vision plus militarisée et, lorsqu’on leur a demandé s’ils étaient contre la présence de « partis arabes » à la Knesset israélienne, 11 sur 12 ont une fois de plus répondu par l’affirmative.
Oz, 18 ans, qui dit vouloir voter pour le parti sioniste religieux du ministre des Finances Bezalel Smotrich, partisan d’une ligne dure, a déclaré que la génération de ses parents avait grandi au son de chansons en faveur de la paix, tandis que les enfants d’aujourd’hui grandissent en écoutant « Harbo Darbo », une chanson génocidaire populaire datant de novembre 2023. « Autrefois, nous rêvions de paix », a-t-il déclaré. « Et aujourd’hui, nous sommes plutôt du genre "vivre par l’épée" ».
On est souvent habitué à ce que la jeune génération soit un peu plus progressiste que ses parents. Pour la société juive israélienne, c’est l’inverse.
Neuf Israéliens sur dix sont génocidaires
Les sondages réalisés tout au long du génocide à Gaza ont révélé une tendance générale constante dans la société juive israélienne. Environ 4 Israéliens juifs sur 5 ont soutenu le génocide sous diverses formes, depuis les 79 % qui ne se souciaient pas de la famine à Gaza (août 2025) jusqu’aux plus de 75 % qui estimaient qu’il n’y avait « aucun innocent à Gaza » (juin 2025) et aux 82 % qui soutenaient l’expulsion totale des habitants de Gaza (mai 2025).
Dans ce dernier sondage, commandé par l’université d’État de Pennsylvanie, les auteurs Shai Hazkani et Tamir Sorek ont noté que seuls 9 % des hommes de moins de 40 ans, principale tranche d’âge servant dans l’armée israélienne à Gaza, « rejetaient toutes les idées de déportation et d’extermination qui leur étaient présentées ».
En d’autres termes, si vous êtes Palestinien à Gaza, il y a 9 chances sur 10 pour que le soldat israélien qui contrôle votre vie souhaite votre mort.
Ces jeunes nouveaux électeurs font partie de ce virage génocidaire. Ils ne font pas seulement leur entrée sur la scène électorale, ils entrent aussi dans l’armée. Le service militaire risque également de les radicaliser davantage. Ils sont prêts à vivre par l’épée.
Traduction : AFPS




