Aux terribles massacres menés par Israël contre la population palestinienne, a répondu une vaste solidarité internationale avec le peuple palestinien. Des universités européennes et américaines aux rues de villes aux quatre coins du monde, l’internationalisation de la cause palestinienne est apparue à tous.
Dans plusieurs pays, des universités prestigieuses sont devenues un terrain central de cette mobilisation. Aux États-Unis notamment, les étudiants se sont mobilisés sur les campus pour protester contre les liens financiers entre universités et entreprises liées à l’industrie militaire israélienne. Bousculé, le lobby pro-israélien a pesé de tout son poids en France avec son arme traditionnelle : le chantage à l’antisémitisme face à la mobilisation étudiante à Sciences Po, à l’ENS et dans d’autres campus pour contrer la critique de l’État d’Israël.
La solidarité internationale se traduit aussi en Palestine, depuis plus de vingt ans, par la participation de militants à des actions de protection civile et de documentation des violations des droits humains dans les territoires occupés. Des organisations palestiniennes et israéliennes accueillent des volontaires d’Europe, d’Amérique ou d’Asie pour accompagner des communautés palestiniennes menacées, observer les opérations militaires et relayer des témoignages de Palestiniens vers l’extérieur. Mais leur situation est très précaire : Israël qui interdit toute présence d’étrangers à Gaza, a renforcé les restrictions d’accès en Cisjordanie. Et ceux qui y accèdent sont surveillés, réprimés et laissés à la merci de colons extrémistes qui n’hésitent pas à les agresser physiquement.
Israël qui sait avoir perdu la bataille de l’opinion publique, notamment grâce aux témoignages des journalistes palestiniens, dont des centaines ont payé de leur vie leur présence pour témoigner des crimes de l’occupant, a déployé d’énormes ressources pour faire taire ceux qui le dénoncent, tant localement qu’au plan international.
Sur place, il s’attaque à toutes les ONG palestiniennes qui documentent au quotidien les crimes israéliens en fermant leurs locaux, en arrêtant leurs militants, en s’opposant à leur liberté de mouvement, en leur interdisant de se rendre à l’étranger (telles Al-Haq, Addameer, ou UAWC…). Il mène également une campagne féroce contre les ONG israéliennes des droits de l’homme en interdisant leur financement et en les qualifiant de traîtres.
Sur le plan international, Israël a mobilisé ses relais, notamment en Europe et en Amérique du Nord, pour criminaliser les réseaux de solidarité avec la Palestine en tentant d’assimiler toute critique de la politique israélienne à de l’antisémitisme et en limitant, par la loi, l’expression même de cette solidarité. En France, Israël a pu compter sur l’État français, qui ne manque pas d’apporter soutien et renfort aux lobbys habituels (CRIF, LICRA, UEJF, ELNET…), de même que des députés et sénateurs de la droite, de l’extrême droite de la macronie et voire de la « gauche », pour s’attaquer au mouvement de solidarité. Plusieurs manifestations ont été interdites, des réunions publiques, des colloques universitaires ont été annulés et la proposition de loi Yadan veut réduire au silence ceux qui s’opposent à la politique israélienne.
Le 14 octobre 2025, la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) a publié un rapport majeur sur un phénomène devenu global : la répression du mouvement de solidarité avec la Palestine. À travers l’étude des États-Unis, du Royaume-Uni, de l’Allemagne et de la France, elle montre comment gouvernements, institutions et médias visent peu à peu à faire taire les voix dissidentes et à criminaliser les soutiens au peuple palestinien.
Malgré ces obstacles, la mobilisation transnationale continue de se structurer. Elle s’appuie sur des réseaux militants, syndicaux et associatifs, mais aussi sur une circulation massive d’informations via les réseaux sociaux. Et se mène aussi sur le terrain juridique : saluons la relaxe par la Cour d’appel de Douai de Jean-Paul Delescaut, syndicaliste CGT condamné en 2024 pour « apologie de terrorisme » pour son soutien à la Palestine.
Pour de nombreux militants, l’enjeu dépasse désormais le seul conflit israélo-palestinien. Devant la démission de la communauté internationale face aux crimes israéliens, son abandon de toute référence au droit international lorsqu’il s’agit d’Israël et le « deux poids deux mesures » concernant le sort de l’Ukraine et la Palestine, le mouvement de solidarité s’emploie à rappeler le droit.
La cause palestinienne est le symbole plus large des luttes pour le droit, contre la domination, la colonisation et l’apartheid, ce qui explique l’ampleur internationale de la solidarité actuelle. Cela donne au mouvement de solidarité une immense responsabilité et le place face à des défis qu’il a l’obligation de relever.
Taoufiq Tahani
Photo : © Fred Sochard




