Photo : Hind Rajab
Une importante association juridique pro-palestinienne et la famille de Hind Rajab ont rejeté l’enquête militaire israélienne sur son assassinat, exigeant une enquête internationale indépendante après que l’armée a admis pour la première fois que ses soldats avaient tiré sur la voiture transportant l’enfant palestinienne.
La grand-mère de Hind a déclaré jeudi que la famille n’avait aucune confiance dans les enquêtes militaires israéliennes ni dans le système judiciaire israélien, au lendemain de l’annonce par l’armée d’une enquête pénale sur cet assassinat survenu en janvier 2024.
« Nous ne réclamons pas [une enquête] au nom de Hind seule, en tant qu’enfant de Gaza, mais au nom de tous nos enfants martyrs à Gaza », a-t-elle déclaré à Anadolu, appelant à ce que les responsables de ces meurtres soient traduits en justice.
La fillette de six ans a été retrouvée morte à l’intérieur d’une voiture criblée de centaines de balles à Gaza, aux côtés de six membres de sa famille, quelques jours après avoir désespérément appelé à l’aide lors d’un appel téléphonique de plusieurs heures avec le Croissant-Rouge palestinien.
Sa cousine Layan, qui se trouvait également dans le véhicule, avait auparavant appelé des proches pour implorer de l’aide avant d’être tuée. Hind est restée coincée vivante à l’intérieur de la voiture, parmi les corps de ses proches, et est restée en contact avec les secouristes pendant des heures.
Deux secouristes du Croissant-Rouge palestinien envoyés à son secours ont également été tués lorsque leur ambulance a essuyé des tirs israéliens près de la voiture. Leurs corps ont été retrouvés près de deux semaines plus tard, après le retrait des forces israéliennes de la zone.
L’armée israélienne avait nié à plusieurs reprises que ses forces aient été présentes dans la zone au moment où Hind, ses proches et les secouristes ont été tués. Ces affirmations ont été contredites par plusieurs enquêtes indépendantes, qui ont mis en évidence des preuves indiquant que des chars israéliens opéraient sur les lieux.
Mercredi, l’armée a finalement reconnu que ses soldats avaient tiré sur le véhicule de la famille.
Elle a déclaré qu’une enquête interne avait mis en évidence des défaillances présumées concernant la coordination avec l’ambulance du Croissant-Rouge palestinien et que l’affaire serait désormais transmise à la Division des enquêtes criminelles de la police militaire.
La grand-mère de Hind a rejeté l’idée que l’armée israélienne enquête sur ses propres forces, affirmant que la famille estimait que le véhicule civil, qui transportait plusieurs enfants, avait été délibérément pris pour cible.
La Fondation Hind Rajab, un groupe juridique pro-palestinien basé à Bruxelles, a également déclaré n’avoir « aucune confiance » dans l’enquête menée par l’armée israélienne.
« Ces enquêtes annoncées, même si elles ont lieu, ne doivent pas être confondues avec un véritable pas vers la justice », a déclaré la fondation dans un communiqué, qualifiant les enquêtes internes israéliennes de « fondamentalement viciées ».
La fondation, qui intente des actions en justice contre des soldats israéliens accusés de crimes de guerre commis pendant la guerre génocidaire menée par Israël contre Gaza, a déclaré que l’armée ne pouvait pas mener de manière crédible des enquêtes sur des allégations impliquant ses propres forces.
Hind et sa famille sont devenus l’un des cas les plus médiatisés de civils palestiniens tués par les forces israéliennes pendant la guerre, suscitant l’indignation internationale.
Les enregistrements audio originaux de son appel d’urgence ont par la suite été utilisés dans le film « The Voice of Hind Rajab », nominé aux Oscars.
« À la suite de l’examen des conclusions et en raison de défaillances présumées dans la coordination des déplacements de l’ambulance du Croissant-Rouge palestinien, il a été décidé d’ouvrir une enquête pénale sur cet incident, menée par la Division des enquêtes criminelles de la police militaire », a déclaré mercredi l’armée.
Mais les enquêtes militaires internes menées par Israël ont été critiquées à maintes reprises par des associations de défense des droits de l’homme et des organisations juridiques, qui leur reprochent de protéger les soldats de toute responsabilité et de déboucher rarement sur des poursuites ou des sanctions significatives.
Selon Action on Armed Violence, dans près de 90 % des 52 enquêtes rendues publiques, l’armée a soit classé les dossiers sans constater d’infraction, soit omis d’annoncer le résultat.
« Les enquêtes sur les violations commises par les forces israéliennes se terminent dans la grande majorité des cas sans examen, poursuites ou sanctions significatives », a déclaré la Fondation Hind Rajab.
« Dans les rares cas où des soldats ont été reconnus coupables de crimes, les sanctions infligées ont souvent été exceptionnellement clémentes ou de nature administrative. »
Mercredi, l’armée israélienne a également publié les conclusions de ses enquêtes sur quatre autres meurtres très médiatisés à Gaza et a annoncé l’ouverture d’une enquête pénale sur le massacre de 15 travailleurs humanitaires palestiniens à Rafah en 2025.
Elle a toutefois refusé d’ouvrir des enquêtes pénales sur trois autres affaires, notamment le meurtre de sept employés de World Central Kitchen et de quatre membres du personnel de Médecins Sans Frontières.
World Central Kitchen a qualifié cette décision de « profondément choquante » et a déclaré qu’Israël ne pouvait pas enquêter de manière crédible sur ses propres agissements.
« Nous continuons d’exiger la mise en place d’une commission indépendante chargée d’enquêter sur les frappes aériennes, car l’armée israélienne ne peut pas enquêter de manière crédible sur ses propres agissements », a-t-elle déclaré dans un communiqué.
La ministre australienne des Affaires étrangères s’est dite « outrée » par cette décision et a annoncé qu’elle convoquerait l’ambassadeur israélien Hillel Newman.
Lalzawmi « Zomi » Frankcom, une travailleuse humanitaire australienne, figurait parmi les employés de World Central Kitchen tués lors de cette attaque.
Depuis le début de la guerre menée par Israël contre Gaza, le mécanisme interne d’enquête de l’armée a examiné environ 150 incidents et les a transmis au parquet militaire, selon le site d’information israélien Ynet.
Des dizaines de ces dossiers ont ensuite été classés sans suite par le parquet militaire, ce qui renforce l’idée, répandue de longue date, selon laquelle le système interne de responsabilité d’Israël sert à protéger ses forces d’un examen international indépendant.
Traduction : AFPS




