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Accueil > Informations > Actualités > Les Palestiniens résistent aux tentatives d’Israël de s’emparer du site emblématique en Cisjordanie les "Piscines de Salomon"
Actualités
jeudi 2 juillet 2026
Mondoweiss par Majd Jawad

Les Palestiniens résistent aux tentatives d’Israël de s’emparer du site emblématique en Cisjordanie les "Piscines de Salomon"

Le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, a promis d’arracher à l’Autorité palestinienne le contrôle du site ancien des "Piscines de Salomon". Les Palestiniens réagissent en revendiquant ce site et en résistant aux tentatives israéliennes de s’emparer d’une partie supplémentaire de la Cisjordanie.

Photo : Des habitants des environs de Bethléem relèvent le « défi de la baignade » afin d’affirmer la présence palestinienne aux "Piscines de Salomon" à Artas, en juin 2026. Crédit : Majd Jawad.

Quelques jours seulement après que le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, a fait irruption fin mai aux "Piscines de Salomon" à Bethléem, accompagné du député de la Knesset Zvi Sukkot, partisan de la ligne dure, et qu’ils se sont tous deux baignés dans l’un des bassins par geste de provocation, la communauté palestinienne locale a réagi. Un groupe d’habitants du camp de réfugiés de Dheisheh s’est rendu sur place, drapeaux palestiniens à la main, et s’est jeté à l’eau. La réponse de la communauté était bien plus qu’une simple réaction instinctive face aux Israéliens : c’était un acte de défi.

Depuis cette première manifestation, ce site antique est devenu presque méconnaissable. Trois des bassins qui composent l’ancien réservoir d’eau, normalement interdits à la baignade en raison de leur profondeur de plus de 20 mètres, ont été transformés en un espace où les Palestiniens se livrent chaque jour à des compétitions de natation. L’activité autour des bassins commence désormais dès les premières heures du matin. Les pêcheurs arrivent pour jeter leurs filets dans les eaux calmes, comme s’ils reprenaient un rituel quotidien hérité des générations précédentes. Au fil de la journée, le lieu devient un centre animé de la vie communautaire. Des familles de Bethléem, des jeunes hommes issus des camps de réfugiés de la ville qui ne disposent d’aucun espace public qui leur soit propre, ainsi que des visiteurs venus de différentes régions de la Cisjordanie, s’installent le long des berges en pierre des bassins ou sur les chemins de terre qui les entourent. Tout le monde ne vient pas pour nager ; certains viennent se reposer, d’autres simplement prendre des photos. Mais au final, tous sont là pour faire passer le même message : Smotrich et les colons ne sont pas les bienvenus.

Situées dans le village d’Artas, au sud-ouest de Bethléem, les piscines de Salomon font partie d’un ancien système d’adduction d’eau qui s’est développé au fil des époques et qui faisait partie d’un réseau de collecte et de transport d’eau desservant Bethléem et Jérusalem, ce qui leur confère une importance durable pour les Palestiniens.

Ces piscines constituent désormais le dernier site archéologique et historique de la Cisjordanie occupée à être menacé d’une prise de contrôle israélienne.

Sur les pentes des montagnes jouxtant les bassins, à moins de quatre kilomètres de là, dominant le village, se dresse la méga-colonie d’Efrat, l’une des plus grandes colonies du bloc de Gush Etzion, au sud de Bethléem. La proximité d’Efrat avec Bethléem et Jérusalem en fait un élément clé d’un projet israélien plus vaste visant à redessiner l’espace géographique autour de Jérusalem par une expansion de la colonisation israélienne vers le sud et l’ouest.

La récente visite de responsables israéliens aux "Piscines de Salomon" n’était pas un incident isolé. Lors d’une précédente visite sur le site, Smotrich avait insisté sur la nécessité de prendre le contrôle des Piscines. « Il est inacceptable qu’un site aussi important reste sous le contrôle de l’Autorité palestinienne » avait-il déclaré. « Nous allons bientôt changer cette situation et veiller à ce qu’il soit rouvert à tous les citoyens d’Israël. »

Les déclarations de Smotrich font écho à celles, similaires, formulées par d’autres responsables israéliens au sujet d’autres sites archéologiques sous contrôle palestinien, comme les ruines de l’époque romaine dans le village de Sebastia, au nord de la Cisjordanie, que le gouvernement israélien a prévu d’exproprier, invoquant la "négligence" dont le site ferait l’objet.

Depuis la visite de Smotrich, les autorités israéliennes ont intensifié leurs actions contre "Piscines de Salomon". En début de semaine, l’armée israélienne est intervenue pour fermer le site, tirant des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes sur les visiteurs palestiniens et frappant trois jeunes hommes après les avoir arrêtés. L’un des militants locaux ayant contribué à l’organisation de l’initiative aux Bassins, Muhammad al-Laham, considère ces mesures comme une tentative visant à modifier la nature du site et à le vider de la présence palestinienne. « L’occupation tente de transformer les bassins, qui sont un lieu de loisirs et de repos, en une zone de confrontation, afin de dissuader les gens d’y accéder et de s’y rendre » a-t-il déclaré.

« Mais nous resterons. Nous n’accepterons pas que l’on considère comme normal de transformer cet endroit — qui représente un espace de calme et de mémoire — en une menace pour la sécurité. »

Bien plus qu’un simple site historique

Les historiens et les archéologues font remonter la construction des bassins de Salomon aux IIe et Ier siècles avant J.-C. Ces bassins ont été construits pour former un immense système de réservoirs d’eau à ciel ouvert, destiné à collecter, stocker et gérer l’eau pour les régions de Jérusalem et de Bethléem.

« Elles se composent de trois bassins en terrasses construits pour collecter et stocker l’eau au sein d’un système hydraulique complexe qui était historiquement lié à l’approvisionnement de Bethléem et de Jérusalem » a expliqué à Mondoweiss Ibrahim Mashaela, ingénieur agronome et guide touristique à Bethléem. « Leur capacité totale dépasse le quart de million de mètres cubes, ce qui en fait non seulement un site archéologique emblématique, mais aussi un élément à part entière de l’infrastructure hydraulique et de la mémoire collective de la région. »

Un visiteur qui se rendrait aujourd’hui aux "Piscines de Salomon" verrait de vastes espaces verts s’étendre vers les terres agricoles d’Artas, au sud. À l’ouest, des vestiges de constructions historiques et islamiques parsèment le paysage — notamment le château ottoman de Murad — tandis que montagnes et vallées entourent les bassins, donnant à cet espace l’impression d’être suspendu dans le temps.

Jusqu’en 1967, les "Piscines de Salomon" faisaient partie d’un système hydrologique régional qui collectait les eaux de pluie et les distribuait par des canaux en pierre vers les terres d’Artas et les villages de Bethléem, jouant un rôle central dans le soutien de l’agriculture locale et l’approvisionnement en eau des communautés rurales.

Mais après qu’Israël a occupé la Cisjordanie et Gaza et réorganisé la gestion des ressources en eau en Cisjordanie, le rôle de ces systèmes traditionnels a progressivement décliné au profit de réseaux d’approvisionnement en eau modernes et centralisés, a fait remarquer Mashaela. Cela a entraîné une diminution de la dépendance directe vis-à-vis des bassins en tant que sources d’eau principales, les reléguant au rang d’attractions touristiques.

Mais pour les habitants de la région de Bethléem, ces bassins font partie intégrante du tissu social de la communauté locale.

« Nous considérions ces bassins comme le prolongement naturel de nos maisons et de nos champs » a déclaré Hasna Rabaiyya, une agricultrice locale, à Mondoweiss. « Pendant les saisons des semailles, la journée commençait ici et s’y terminait. Nous venions à l’aube pour vérifier le niveau de l’eau ou prélever ce dont nous avions besoin pour l’irrigation. »

Se retrouver autour des bassins, a ajouté Mme Rabaiyya, n’était pas moins important que le travail lui-même, car le site servait en quelque sorte de lieu de rencontre avant que chaque agriculteur ne parte vaquer à ses occupations. « Nous y rencontrions les voisins et échangions les nouvelles de la saison, comme si les bassins étaient avant tout un lieu de rencontre pour les gens, bien avant d’être simplement une source d’eau. »

Cette connexion avec la terre est devenu un élément central des efforts palestiniens pour résister à la colonisation israélienne, et a inspiré des actions communautaires telles que celle menée aux "Piscines de Salomon".

« Nous revendiquons notre droit sur les Piscines »

En vertu des accords d’Oslo de 1993, les Piscines se trouvent dans la zone A de Bethléem, sous le contrôle apparemment total de l’Autorité palestinienne. Cela a conduit Israël à affirmer que les "Piscines de Salomon" constituent un site archéologique « insuffisamment géré » qui « a besoin d’être aménagé et réhabilité », soulignant le manque d’infrastructures touristiques et le qualifiant de site dangereux et sous-utilisé.

En réponse à ces affirmations, les Palestiniens ont lancé une initiative visant à nettoyer le site, et les habitants ont également lancé ce qui est devenu connu sous le nom de « défi de la baignade » — un appel public à se rendre aux Piscines.

« L’initiative de la baignade a été lancée en réponse à la visite de la délégation israélienne et pour appeler la population palestinienne à multiplier ses visites sur le site » a déclaré à Mondoweiss Muhammad al-Laham, le journaliste à l’origine de l’idée et l’un des habitants ayant grandi près des bassins. « Nous affirmons notre droit sur les bassins et sur notre identité nationale. »

Al-Lahham a déclaré que la protection de ce lieu ne repose pas uniquement sur des décisions officielles, mais aussi sur la présence des gens ordinaires et sur l’approfondissement de leur lien quotidien avec ce site. « Ces bassins n’ont jamais été un lieu abandonné, comme certains tentent de le faire croire » a-t-il affirmé. « Nous avons grandi ici, nous avons joué autour d’eux. Nous connaissons leurs eaux et leurs saisons. Ils font partie de nos vies et de notre mémoire. »

« Quand quelqu’un vient nous dire que cet endroit a besoin d’être protégé, nous lui demandons : qui l’a préservé toutes ces années ? C’est nous qui sommes restés » a-t-il ajouté.

Les bassins attiraient déjà des Palestiniens venus d’autres régions de la Cisjordanie bien avant le « défi de la baignade » lancé au grand public.

Pendant la saison automnale de migration des oiseaux, des excursions pédagogiques vers le site sont organisées, attirées par la possibilité d’observer la diversité des espèces d’oiseaux palestiniens indigènes et la biodiversité qui entoure les bassins.

Hamdan Ghazi, un visiteur originaire de Naplouse venu aux bassins en juin avec 60 étudiants de l’université nationale An-Najah, a déclaré que les "Piscines de Salomon" avaient toujours été leur première destination. « Elles allient l’importance historique de la Palestine à un environnement vivant » a-t-il déclaré. « Ici, on peut se promener au milieu des montagnes et découvrir la biodiversité ainsi que les plantes et animaux rares qui y font leur apparition de façon saisonnière. »

Plus qu’une simple attraction touristique, les visites aux « Pools de Salomon » sont considérées comme un moyen de renouer avec un patrimoine aujourd’hui menacé par l’intensification des mesures d’annexion prises par Israël en Cisjordanie.

Alors que Ghazi se promenait autour des bassins et désignait d’un geste les colonies environnantes, il a ajouté : « Tous les voyages éducatifs devraient être orientés vers des zones menacées de confiscation ou d’effacement. »

« L’éducation ne peut être dissociée de la réalité politique difficile dans laquelle nous vivons » a-t-il déclaré.

La colonisation israélienne a jeté son dévolu sur les "Piscines de Salomon"

La colonisation israélienne de la zone entourant les bassins de Salomon bat son plein depuis 2004, date à laquelle un ordre militaire a été émis pour saisir environ 1 700 dunams de terres appartenant aux villages d’al-Khader et d’Artas, sous prétexte qu’il s’agissait de « terres de l’État ». Malgré une vague d’objections juridiques généralisées, le tribunal militaire israélien a rejeté la plupart des recours palestiniens en 2009 — huit des neuf requêtes déposées contre cet ordre — consolidant ainsi son contrôle administratif sur de vastes étendues de terres entourant les bassins.

Une analyse détaillée de l’arrêté militaire, menée par l’Institut de recherche appliquée de Jérusalem (ARIJ), a révélé que les terrains visés s’inscrivent dans le plan d’urbanisme de la colonie d’Efrat, au sud-ouest de Bethléem. Ces terrains ne se trouvent pas dans les zones isolées par le mur de séparation dans la région de Gush Etzion ; et bien qu’Efrat soit elle-même située au sein de ce bloc de colonies, la zone déclarée comme terrain appartenant à l’État se trouve en dehors de la zone isolée.

Efrat continue de connaître une expansion urbaine massive, avec des centaines de nouveaux logements en construction et des projets à grande échelle tels que Givat Eitam E2 qui avancent.

Munther Amira, responsable du Comité de coordination de la résistance populaire en Cisjordanie, a déclaré à Mondoweiss que ces projets ne peuvent être dissociés de la vision stratégique israélienne plus large visant à consolider le projet du « Grand Jérusalem ». Le principal moyen d’y parvenir consiste à étendre les blocs de colonies existants à Gush Etzion et à les relier géographiquement à Jérusalem.

Il a ajouté que cette expansion vise concrètement à empêcher la croissance naturelle de Bethléem vers le sud, en contrôlant les collines environnantes et en créant une expansion continue des colonies qui redessine la carte géographique et démographique de la région, empêchant ainsi toute possibilité de croissance pour les communautés palestiniennes voisines.

Des groupes de colons israéliens ont également tenté d’affirmer leur présence sur le site, en organisant plusieurs visites guidées des bassins. En 2013, une visite israélienne des bassins pendant la Pâque a été annoncée, accompagnée d’une note précisant que le voyage se déroulerait avec l’accord de l’armée israélienne, bien que le site se trouve dans la zone A, censée être sous le contrôle total de l’Autorité palestinienne. Les supports promotionnels israéliens présentaient les bassins comme un site historique lié aux anciens systèmes d’adduction d’eau qui alimentaient Jérusalem.

Ces initiatives se sont depuis répétées sous une forme plus organisée : en avril 2025, les organismes touristiques israéliens de Gush Etzion ont annoncé une visite familiale des trois bassins pendant la Pâque, qui comprenait un accès par des bus blindés et nécessitait une autorisation spéciale de l’armée israélienne.

Les habitants de la région ont tenté, dans la mesure de leurs moyens limités, d’organiser des sit-in pour protester contre ces visites. « Nous avons organisé plusieurs sit-in et manifestations dans la zone après avoir constaté que des colons et d’autres groupes politiques visitaient les bassins et y récitaient des prières talmudiques » a déclaré Munther Amira. « Nous avons maintenu une présence quasi quotidienne pour empêcher les colons de s’emparer des lieux. »

Bien qu’il ait été touché à plusieurs reprises par des tirs réels de soldats israéliens alors qu’il travaillait au sein du comité de coordination, Munther Amira continue de se rendre aux "Piscines de Salomon" aux côtés des habitants de Bethléem. Il explique que sa présence sur place va au-delà du simple sens du devoir de défendre le site ; elle trouve ses racines dans un lien personnel qui remonte à son enfance.

Ces bassins ne sont pas simplement un lieu sur une carte, mais font partie intégrante de sa mémoire et de son identité, intimement liés à ce qu’il est. « Si je suis ici, ce n’est pas seulement parce que j’ai la responsabilité de défendre cet endroit » explique-t-il. « C’est quelque chose de profondément personnel. Ces bassins font partie de ma mémoire. J’ai grandi avec eux. »

Majd Jawad est un journaliste et chercheur originaire de Jénine, en Palestine. Il est titulaire d’un master en démocratie et droits de l’homme de l’université de Birzeit et d’une licence en journalisme.

Traduction : AFPS

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Mots clés

  • Colonies et colonisation
  • Politique et société palestiniennes
  • Chronique de l’occupation

Source

Publié par : Mondoweiss

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