Photo : Le nettoyage ethnique à Masafer Yatta, destruction des maisons, des puits d’eau et des bergeries par les soldats israéliens, 5 mai 2025 © Sami Huraini
Les Palestiniens de Masafer Yatta, dans les collines du sud d’Hébron, sont confrontés à des coupures d’eau répétées après que des colons israéliens ont endommagé les infrastructures d’approvisionnement en eau des familles de la région. Selon le gouverneur d’Hébron, Khaled Dudin, cette attaque s’inscrit dans une série persistante d’actes menés par des colons visant directement l’approvisionnement en eau, ce qui en est désormais à la cinquième fois.
Masafer Yatta est une zone vallonnée semi-désertique de 36 kilomètres carrés située dans la région sud d’Hébron, en Cisjordanie occupée. Elle surplombe directement le désert du Naqab et s’étend vers l’ouest jusqu’aux confins de la vallée de la mer Morte. Ces collines sont adjacentes à la ligne d’armistice de 1949, connue aujourd’hui sous le nom de « ligne verte » et considérée au niveau international comme la frontière du territoire israélien proprement dit. Cette situation stratégique en fait un lieu crucial pour le développement urbain et agricole au sud de la Cisjordanie. Pour Israël, Masafer Yatta est considérée comme une zone tampon séparant le territoire israélien proprement dit d’une présence démographique palestinienne plus dense — une zone dont il faut évacuer les Palestiniens.
Samedi dernier, lors d’une visite sur le terrain à Masafer Yatta, le gouverneur Dudin a déclaré aux médias que 1 600 familles palestiniennes vivant dans ces 14 hameaux palestiniens étaient confrontées à des conditions de vie difficiles en raison de canalisations d’eau endommagées, les familles étant contraintes de recourir à des réservoirs d’eau. Dudin a également souligné que ces canalisations avaient déjà été remises en état avec le soutien d’organisations internationales.
Les attaques des colons israéliens contre les moyens de subsistance des Palestiniens à Masafer Yatta se poursuivent depuis avant octobre 2023, mais elles se sont intensifiées au cours des trois dernières années, et plus particulièrement ces dernières semaines. Sami Hureini, militant local et habitant de la région, a déclaré à Mondoweiss que « les villages de Masafer Yatta subissent une vague incessante d’attaques menées par des groupes de colons, mais aussi de démolitions perpétrées par l’armée israélienne elle-même ».
M. Hureini a expliqué qu’il n’existe pas de véritable infrastructure de services à Masafer Yatta, car l’armée israélienne ne l’autorise pas. « Ces dernières années, les communautés ont réussi à prolonger une conduite d’eau depuis la limite de la zone où l’armée israélienne exerce un contrôle strict, et à l’étendre jusqu’aux 14 villages », a déclaré M. Hureini. « Mais les colons israéliens n’ont cessé de l’endommager, et parfois, l’armée israélienne l’a détruite au bulldozer. »
La conduite d’eau principale de la région a été prolongée en 2018. Elle a d’abord été sectionnée par l’administration civile de l’armée israélienne en 2019, mais a été réparée par la municipalité commune de Masafer Yatta. Elle a ensuite été partiellement endommagée par des colons israéliens et réparée à plusieurs reprises.
En janvier, l’armée israélienne l’a de nouveau sectionnée, et depuis lors, elle a été endommagée à cinq reprises par des colons israéliens ou par l’armée.
Les démolitions de biens palestiniens à Masafer Yatta se sont intensifiées depuis 2023, mais plus particulièrement depuis le début de l’année 2026.
Cette zone, placée sous un contrôle militaire israélien strict, a été désignée « zone de tir » (zones de Cisjordanie interdites aux civils et contrôlées par l’armée israélienne) en 1980, et les Palestiniens ne sont pas autorisés à construire ni à aménager des infrastructures autour de leurs habitations. Depuis plus de 20 ans, des familles palestiniennes mènent une bataille juridique devant les tribunaux israéliens contre l’armée israélienne pour défendre leur droit de vivre dans leurs villages. En mai 2022, le tribunal israélien a rendu son jugement définitif dans cette affaire — en défaveur des résidents palestiniens, donnant ainsi le feu vert à leur expulsion. Cette expulsion, a affirmé M. Hureini, se déroule de manière progressive, mais s’accélère depuis avant même le jugement.
Il y a deux semaines, les forces israéliennes ont démoli plusieurs constructions à Fakhit, un hameau qui compte 70 habitants et 12 familles d’agriculteurs, laissant 30 personnes sans logement. Selon des témoignages publiés par le site d’information arabe Alaraby Al-Jadeed, les forces israéliennes n’ont accordé aux habitants que 20 minutes pour évacuer les lieux. Au cours des deux derniers jours seulement, les forces israéliennes ont procédé à 24 démolitions dans trois villages : Fakhit, Tabban et Jinba, laissant 300 personnes sans abri.
« Les gens ne sont pas partis », a expliqué Hureini. « Ils vivent dans des tentes et des grottes qu’ils ont nettoyées et aménagées en habitations, mais les conditions de vie sont très précaires et ne cessent de s’aggraver de jour en jour. »
Hureini a également souligné que des groupes de colons israéliens volaient l’eau des puits palestiniens et que de nombreux habitants de la région avaient été contraints de vendre une partie de leur cheptel. Les familles palestiniennes de Masafer Yatta sont pour la plupart des éleveurs qui dépendent des moutons pour subvenir à leurs besoins. Nidal Younis, le maire de Masafer Yatta, a déclaré à Mondoweiss qu’« en plus de la consommation d’eau à usage humain à Masafer Yatta, il y a plus de 4 000 têtes de bétail qui ont besoin d’être abreuvées ».
Ce n’est pas la première fois que les Palestiniens de Masafer Yatta sont confrontés à des pénuries d’eau en raison des dégâts causés par Israël aux canalisations. En décembre 2023, des colons israéliens ont endommagé une canalisation qui alimentait les hameaux d’Isfaya, de Maghayer al-Abid et de Tuba. En mai 2025, les forces de l’armée israélienne ont démoli sept puits et dix réservoirs d’eau dans le hameau de Khalet Al-Dabe’.
« L’objectif est de pousser les gens à partir »
Selon le maire local, Nidal Younis, la municipalité commune de Masafer Yatta a pu raccorder en 2018 les 14 villages à la conduite d’eau principale grâce à un financement européen, fournissant ainsi une eau de grande qualité à un prix abordable. « Début 2019, l’administration civile de l’armée israélienne a coupé la conduite pour la première fois, puis des groupes de colons israéliens l’ont à nouveau endommagée la même année, mais nous avons pu la réparer à chaque fois », a-t-il déclaré.
« Cette fois-ci, la situation est plus difficile, car l’escalade des démolitions et des restrictions imposées par l’armée israélienne à Masafer Yatta rend pratiquement vaines toute nouvelle tentative de réparation de la conduite d’eau. Les habitants sont donc contraints de compter sur de vieux puits, que les colons endommagent régulièrement ou dont ils détournent l’eau, et sur des citernes d’eau hors de prix, très difficiles à acheminer vers les zones reculées de Masafer Yatta. »
Masafer Yatta n’est pas le seul endroit où les Palestiniens sont confrontés à des restrictions d’eau imposées par les forces israéliennes ou les colons. Depuis 2025, des groupes de colons israéliens ont endommagé à plusieurs reprises les pompes à eau de la source d’Ain Samia, à l’est de Ramallah, qui alimente en eau courante 20 villages. En mai dernier, des colons israéliens se sont emparés de la source d’Ain Al-Auja, au nord-est de Jéricho, privant ainsi les agriculteurs palestiniens d’une source d’irrigation vitale. Actuellement, 47 familles palestiniennes se retrouvent privées d’accès à l’eau en raison de projets d’infrastructures militaires israéliens à l’est de Tubas, dans le nord de la vallée du Jourdain.
Ces pratiques ont été dénoncées par Amnesty International, ainsi que par B’Tselem, la principale organisation israélienne de défense des droits humains, qui a qualifié cette situation de « campagne systématique et cruelle visant à priver de leurs sources d’eau les communautés palestiniennes les plus vulnérables vivant dans les régions les plus chaudes et les plus arides de la Cisjordanie ».
En septembre 2011, le groupe Emergency Water, Sanitation and Hygiene (EWASH), un organisme de coordination regroupant 28 ONG internationales et locales ainsi que des agences des Nations unies, a publié un rapport conjoint avec l’organisation palestinienne de défense des droits de l’homme Al-Haq, affirmant que les restrictions d’eau imposées par Israël aux Palestiniens constituaient un moyen de les chasser de leurs terres.
Pour Nidal Younis, il s’agit d’une politique claire, avec un objectif précis. « Les habitants de Masafer Yatta s’accrochent à leurs terres contre vents et marées », a-t-il déclaré. « Mais tenir bon dans ces conditions devient chaque jour plus difficile. Le but est de pousser les gens à partir ; l’occupation israélienne ne veut rien avoir à faire avec les Palestiniens de cette région. »
Younis a expliqué que la canalisation d’eau et les puits avaient été remis en état grâce à un financement de l’Union européenne, et qu’ils avaient été endommagés à plusieurs reprises depuis janvier, soit par des colons israéliens, soit par l’armée israélienne. « Ces puits et cette conduite d’eau fournissaient de l’eau à la population au prix de six shekels [environ 2 dollars] le mètre cube, ce qui est abordable, et d’une bonne qualité, mais aujourd’hui, l’accès à l’eau est devenu un véritable défi pour toutes les familles de Masafer Yatta, en particulier dans les zones les plus reculées. »
« Le village de Jinba, par exemple, est situé au cœur de la soi-disant "zone de tir", à 24 kilomètres de la ville la plus proche dotée de services », a expliqué le maire. « Cela rend même difficile l’accès des camions-citernes, puisque l’armée israélienne a bloqué la plupart des routes menant à cette zone. »
Le maire a ajouté que les routes en question ne sont guère plus que des chemins de terre accidentés qui sillonnent les collines, et que les colons israéliens ont établi 13 avant-postes de colonisation à travers Masafer Yatta.
La « zone de tir » de Masafer Yatta s’étend sur 35 kilomètres carrés. Située à l’extrémité sud de la Cisjordanie, ses communautés de bergers réparties dans les 14 villages constituent la seule présence palestinienne dans la région. Israël affirme que les Palestiniens n’avaient pas de « présence permanente » à Masafer Yatta avant 1980, ignorant le fait que la transhumance saisonnière des familles est leur mode de vie ancestral, et qu’ils sont propriétaires des terres de pâturage et agricoles de la région, dont la plupart sont occupées par des colons israéliens depuis 2023.
Les « zones de tir » jouent un rôle central dans les projets israéliens d’extension des colonies en Cisjordanie. Comme l’ont révélé les procès-verbaux déclassifiés d’une réunion de 1979 entre l’Organisation sioniste mondiale et Ariel Sharon, alors ministre israélien de l’Agriculture, au cours de laquelle il avait déclaré que les « zones de tir » en Cisjordanie seraient utilisées comme « réserves foncières pour les colonies ». Israël a déclaré Masafer Yatta « zone de tir » l’année suivante.
Traduction : AFPS




