Photo : Bombardement israélien sur Gaza le 2 aout 2026. Ahmed_Khaeel0 / Eye on Palestine.
Les forces israéliennes ont intensifié leurs opérations militaires dans la bande de Gaza depuis que la feuille de route pour la deuxième phase du "cessez-le-feu" dans l’enclave palestinienne a été annoncée la semaine dernière.
Le président américain Donald Trump a qualifié l’acceptation par le Hamas de l’accord sur Gaza d’étape monumentale vers la sécurité et la stabilité.
À Gaza, la réalité est bien différente : au moins 19 Palestiniens ont été tués samedi lors d’attaques israéliennes, portant le bilan du week-end à 26 morts, dont des femmes et des enfants.
Bien que le Hamas ait accepté un désarmement progressif, le gouvernement israélien affirme avoir de "sérieuses préoccupations en matière de sécurité" concernant ce plan, et les responsables politiques israéliens ont manifesté une forte opposition à cet accord.
Les bombardements continus sur Gaza, contribuant aux violations continuent par Israël de l’accord de "cessez-le-feu" d’octobre, risque fort de compromettre le plan de paix de Trump et d’aggraver la situation humanitaire déjà extrême des Palestiniens dans l’enclave.
Mort subite
Il y a eu une énorme recrudescence des attaques contre Gaza depuis l’annonce de Trump.
Cela contraste fortement avec les progrès diplomatiques annoncés par Washington. Le Conseil de la paix et la Force internationale de stabilisation (FIS), chargés de gérer la situation à Gaza après la guerre, avaient annoncé un accord visant à mettre en œuvre la prochaine phase du "cessez-le-feu" sur la base d’une feuille de route détaillée en 15 points.
Bien que le Hamas ait officiellement accepté ce document, des questions ont été soulevées quant à la possibilité que les factions palestiniennes finissent par se retirer de l’accord en raison des attaques israéliennes incessantes sur Gaza.
Eyad al-Qarra, analyste politique palestinien basé à Gaza, a déclaré à Al Jazeera que cette démarche constituerait un risque inconsidéré pour le Hamas et les autres groupes palestiniens.
« Il y a encore de l’espoir que les factions n’en arrivent pas là. Sinon, on craint que le prix à payer ne soit encore plus élevé, car Israël exploiterait cette situation pour lancer une guerre encore plus vaste contre Gaza » a déclaré M. al-Qarra.
« Il est essentiel que les factions ne donnent à Israël aucun prétexte ni aucune excuse pour faire croire que les deux parties sont également responsables de l’échec. »
Le prétexte des armes
Plutôt que d’adhérer à la feuille de route, le gouvernement israélien s’est activement employé à imposer de nouvelles exigences.
Les médias israéliens ont rapporté que le gouvernement exigeait le désarmement total du Hamas et que les armes soient remises à un État occidental. Ils insistent également pour qu’aucune entité palestinienne ne joue un rôle dans la gestion du processus de désarmement.
Doron Spielman, porte-parole du cabinet du Premier ministre Benjamin Netanyahou, a déclaré que les forces israéliennes ne se retireraient pas tant que le Hamas n’aurait pas été entièrement démilitarisé, ce qui complique encore davantage le processus.
« La priorité du Hamas et des autres factions aujourd’hui est de soulager la population, et non de reconstituer leurs stocks d’armes ou de remettre en état leurs ateliers militaires » a déclaré al-Qarra.
« Cependant, même si les factions ont accepté de limiter ces armes sous supervision internationale ou régionale afin de mettre fin à la guerre, elles ne légitimeront jamais l’élimination totale du concept de résistance palestinienne. »
Manœuvres électorales
Les experts soulignent que la position opaque de M. Netanyahu sur la question de Gaza repose sur des calculs politiques internes profondément enracinés, d’autant plus que les élections législatives sont prévues en octobre.
Mtanes Shehadeh, expert des affaires israéliennes, a observé que le gouvernement considérait les accords sur Gaza strictement comme une manœuvre tactique.
« Israël cherche à poursuivre les massacres, la famine et le siège dans la bande de Gaza, et à faire obstacle à tout progrès réel et concret dans la deuxième phase de l’accord, sans pour autant annoncer explicitement son rejet de la feuille de route » a déclaré Shehadeh.
Netanyahu tente également d’éviter un affrontement public avec Trump en cherchant à l’apaiser, peut-être en autorisant des augmentations limitées de l’aide à Gaza tout en faisant traîner les choses sur des questions fondamentales telles que le retrait militaire.
« Le gouvernement de Benjamin Netanyahu poursuivra sa politique de tergiversation, d’esquive et de perturbation jusqu’à la date des élections israéliennes, le 27 octobre, car toute mise en œuvre sérieuse de la feuille de route convenue entraînerait un préjudice électoral pour Netanyahu » a ajouté Shehadeh.
L’analyste politique Ahmed al-Hila a fait écho à cette analyse, anticipant une période prolongée d’ambiguïté délibérée visant à saper l’accord par la force militaire sur le terrain.
« Netanyahou et la coalition gouvernementale considèrent l’acceptation de l’accord comme un revers politique et électoral, car celui-ci préserve le principe du droit à la résistance des Palestiniens, empêche les déplacements de population et ouvre la voie à la reconstruction de Gaza » a déclaré al-Hila à Al Jazeera.
Par conséquent, le refus d’Israël de formaliser sa position signifie que la période critique de négociation de 14 jours pour les protocoles de mise en œuvre reste entièrement gelée, a-t-il ajouté.
Gérer des ruines
L’armée israélienne refuse également de se retirer de la première zone de la "ligne jaune", un territoire qui représente environ 52 % de l’ensemble de la bande de Gaza. Elle souhaite par ailleurs bénéficier d’une totale liberté d’action militaire sur l’ensemble de l’enclave.
La feuille de route, à l’inverse, prévoit de confier à une administration palestinienne indépendante et technocratique la gestion des affaires civiles et de la reconstruction dans l’enclave. Al-Qarra affirme que le fait d’accorder à Israël une liberté d’action militaire rendrait toute administration palestinienne totalement inutile.
« La liberté d’action d’Israël à Gaza signifie, dans la pratique, une occupation totale. Un comité administratif ne peut pas fonctionner dans le vide ; il a besoin de matériel lourd, de points de passage frontaliers ouverts et d’un environnement propice à la reconstruction des infrastructures et des écoles » a déclaré Al-Qarra.
« Si un comité administratif opère dans des zones sous contrôle militaire israélien, il sera perçu par la population comme rien de plus qu’une milice collaboratrice. »
Isolement diplomatique
Israël a également formulé des objections officielles contre la participation du Qatar et de la Turquie aux mécanismes de vérification de la feuille de route et a exigé leur exclusion du processus de contrôle. Al-Qarra y voit une tentative visant à priver les Palestiniens de leur poids diplomatique régional.
« Israël estime que l’une des sources de force actuelles du Hamas sur le plan diplomatique réside dans ses relations solides avec le Qatar et la Turquie » a déclaré M. al-Qarra. « En attisant la controverse autour du rôle du Qatar, Tel-Aviv tente d’isoler la partie palestinienne et de la priver de tout soutien politique régional susceptible de forcer le respect par Israël de ses obligations. »
Alors que le processus diplomatique est au point mort, la confiance dans le rôle des États-Unis en tant que médiateur impartial continue de s’éroder. S’exprimant sur la plateforme de réseaux sociaux X, Nickolay Mladenov, envoyé spécial du Conseil pour la paix, a condamné l’escalade militaire, tout en s’abstenant de citer Israël nommément comme auteur des attaques.
« Deux jours de frappes dans tout Gaza ont tué des civils et détruit les fournitures médicales dont dépend la population » a écrit M. Mladenov. « Parvenir à une paix durable est difficile, mais réalisable si chacun met tout en œuvre » a-t-il ajouté, rappelant de manière générale aux deux parties leurs obligations contraignantes.
Commentant le rôle des États-Unis, M. al-Qarra a souligné que les dirigeants palestiniens ne se faisaient aucune illusion quant au parti pris de Washington.
« La question n’est pas celle de la confiance, mais plutôt de la capacité à empêcher les États-Unis d’être un partenaire à part entière d’Israël » a déclaré al-Qarra.
« Les factions comprennent bien le conflit régional dans son ensemble. Leur objectif est de maintenir la communication, de fournir des informations sur les violations israéliennes et d’empêcher Washington de donner le feu vert à Israël pour détruire complètement ce qui reste de Gaza. »
Traduction : AFPS




