L’armée israélienne continue d’utiliser des drones quadricoptères armés pour commettre des assassinats ciblés de civils palestiniens dans la bande de Gaza. Euro-Med Human Rights Monitor a recensé la mort d’au moins 60 civils, tués par des tirs provenant de ces drones ou par des munitions larguées par ceux-ci, depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu le 10 octobre 2025 jusqu’au début du mois de septembre 2026.
La répétition de ces incidents après le cessez-le-feu, ainsi que le fait que les cibles soient des enfants, des personnes déplacées, des agriculteurs, des bergers et des personnes revenant sur les lieux pour vérifier l’état de leur domicile, révèlent une pratique persistante d’assassinats délibérés de civils palestiniens, dans le cadre de laquelle Israël utilise une technologie militaire capable d’identifier des individus spécifiques, de suivre leurs déplacements et de les frapper avec précision, malgré le statut clairement civil des personnes visées et le fait qu’elles ne participent pas aux hostilités ni ne constituent une menace imminente pour les forces israéliennes ou d’autres personnes.
Les quadricoptères sont de petits drones tactiques multirotors, dont certains systèmes peuvent être pilotés par un seul soldat. Ils peuvent être équipés de caméras diurnes et thermiques, de systèmes d’identification et de suivi des cibles, ainsi que de systèmes de stabilisation des armes. Selon la mission, certains modèles peuvent également être équipés d’armes de calibre 5,56 mm et 7,62 mm ou de munitions explosives de 40 mm, ce qui permet à l’opérateur de surveiller de près des individus, de suivre leurs déplacements, puis de tirer sur eux ou de larguer des munitions à leur encontre avec une grande précision.
Ces capacités techniques permettent à l’opérateur d’observer la personne visée, de vérifier son identité et de suivre ses mouvements avant d’ouvrir le feu. Cela réduit considérablement la marge d’erreur dans l’identification de la cible et renforce l’obligation de s’abstenir de toute attaque lorsque le caractère civil de la cible apparaît clairement ou lorsqu’il existe le moindre doute quant à son statut. Les meurtres répétés d’enfants, de personnes déplacées, d’agriculteurs et de bergers, par des tirs directs ou des munitions larguées depuis ces drones, malgré leur statut clairement civil et l’absence de toute participation directe aux hostilités ou de menace imminente, constituent donc, pris dans leur ensemble, des preuves solides que des civils ont eux-mêmes été intentionnellement choisis comme cibles d’attaque, plutôt que d’avoir été tués à la suite d’une identification erronée ou touchés accidentellement. De telles attaques sont interdites en elles-mêmes et ne peuvent être justifiées par la nécessité militaire ni faire l’objet d’une évaluation de la proportionnalité, puisqu’une attaque directe contre un civil est interdite d’emblée et ne peut être rendue licite en invoquant la nécessité militaire ou les règles de proportionnalité.
Les données recueillies par Euro-Med Monitor montrent qu’au moins 60 civils ont été tués lors d’attaques menées par des quadricoptères depuis le cessez-le-feu, tandis que le ministère de la Santé de Gaza a indiqué que le nombre total de Palestiniens tués par les forces israéliennes au cours de la même période s’élevait à 1 368 à la date de la déclaration.
Le suivi sur le terrain a mis en évidence trois schémas principaux dans l’utilisation de ces drones. Le premier consistait à tirer de manière précise et directe sur des individus que l’opérateur pouvait voir et distinguer ; le deuxième consistait à larguer des munitions explosives sur des rassemblements de civils et des tentes abritant des personnes déplacées ; et le troisième consistait à utiliser ces drones pour exercer un contrôle des tirs sur des zones adjacentes à ce qu’on appelle la « ligne jaune », en prenant pour cible des civils alors qu’ils tentaient de rejoindre leurs foyers et leurs terres ou d’y exercer leur activité professionnelle.
Dans le cadre du premier schéma, l’équipe de terrain d’Euro-Med Monitor a documenté le meurtre d’Abdullah Nour Saeed Dawas, âgé de 12 ans, dans la soirée du 11 avril 2026, après qu’un quadricoptère eut ouvert le feu directement sur des personnes déplacées à proximité des écoles Abu Hussein et du centre de santé Al-Fakhoura, dans le camp de réfugiés de Jabalia, au nord de la bande de Gaza. Elle a également documenté la mort de Fatima Al-Zahra Ramzi Ahmed Al-Ma’ni, âgée de 26 ans, tuée par des tirs provenant d’un drone du même type à l’est de Deir al-Balah, le 21 mai 2026. Il a en outre documenté la mort de Nidal Eid Salmi Abu Halib, âgé de 62 ans, le 11 octobre 2025, après qu’un quadricoptère israélien eut ouvert le feu directement sur lui alors qu’il se rendait inspecter la maison familiale à Al-Qarara, au nord-est de Khan Younis.
Dans le cadre du deuxième schéma, Euro-Med Monitor a documenté la mort d’au moins trois civils le 6 décembre 2025 après qu’un quadricoptère eut largué une munition explosive sur un groupe de civils près du rond-point d’Al-Atatra à Beit Lahia. L’organisation a également documenté la mort de Fadi Adel Khalif le 20 février 2026, après qu’un drone israélien eut largué une bombe sur sa tente dans le nord de la bande de Gaza, ainsi que celle d’Inaam Abdullah Al-Attar, âgée de 52 ans, le 17 juillet 2026, après qu’une bombe eut été larguée près de l’école Abu Tammam à Beit Lahia.
Le troisième schéma concernait l’utilisation de quadricoptères pour exercer un contrôle des tirs sur les zones adjacentes à la « ligne jaune » et prendre pour cible des civils alors qu’ils tentaient de rejoindre leurs terres et leurs moyens de subsistance. Euro-Med Monitor a documenté la mort du berger Raafat Adel Ibrahim Barika, âgé de 42 ans, tué par des tirs provenant d’un drone de ce type dans la région d’Al-Shakoush, près de la « ligne jaune », au nord-ouest de Rafah, le 22 mai 2026. L’organisation a également documenté la mort de l’agriculteur Hamouda Fayeq Al-Attar, le 29 août 2026, alors qu’il travaillait sur ses terres à l’est du village d’Al-Masdar, coïncidant avec l’avancée des forces israéliennes le long de la ligne dans cette zone.
Des enfants figuraient parmi les victimes de cette arme de précision. La documentation de terrain d’Euro-Med Monitor correspond, en termes de schéma, aux conclusions d’un rapport multidisciplinaire publié le 17 juin 2026 par le projet « Costs of War » de l’Institut Watson de l’université Brown. Ce rapport s’appuyait sur 18 cas d’enfants tués ou blessés par des tirs, examinés et documentés par une médecin ayant participé à sa rédaction lors de son travail dans des hôpitaux de la bande de Gaza entre août et septembre 2024. Les témoins qui ont amené les enfants à l’hôpital ont indiqué que des quadricoptères étaient à l’origine des tirs dans 90 % des cas, tandis que la plupart des blessures étaient causées par des balles isolées de petit calibre ayant atteint la tête, le cou, la poitrine ou l’abdomen.
Le rapport présentait cinq cas détaillés, étayés, dans chaque cas, par des radiographies ou des schémas basés sur des photographies cliniques et des témoignages. L’un de ces cas concernait un enfant de sept ans blessé à l’intérieur d’une zone désignée comme humanitaire alors qu’il jouait dans la rue, aucune autre personne présente aux alentours n’ayant été touchée par des tirs. Les analyses médicales, d’imagerie et balistiques menées dans trois cas ont conclu que les angles d’entrée et les trajectoires des balles provenaient d’en haut, ce qui correspond à des tirs provenant d’un drone. Bien que ces incidents se soient produits en 2024, ces conclusions concordent avec le schéma documenté par Euro-Med Monitor à une date ultérieure et constituent des preuves solides de l’utilisation de tirs précis et ciblés, dirigés directement et délibérément contre des enfants.
Euro-Med Monitor a documenté les circonstances de la blessure d’un enfant qui a entraîné une incapacité permanente de mobilité après qu’il eut été directement touché par un quadricoptère, apportant ainsi des preuves supplémentaires que les forces israéliennes ont délibérément utilisé ces drones pour tuer et infliger des blessures graves sans aucune justification.
Dans un témoignage recueilli par l’équipe d’Euro-Med Monitor, le père d’Amir Mohammed Khalil Shaath, âgé de 11 ans, habitant de Qizan Rashwan au sud de Khan Younis et déplacé vers une zone proche d’Al-Sikka, adjacente à la Ligne jaune, a décrit ce qui s’était passé en ces termes : « Ce jour-là, le 12 août 2026, j’ai reçu un SMS nous invitant à venir chercher un colis alimentaire ; je me suis donc rendu avec mon fils Amir à l’entrepôt désigné dans l’après-midi. Alors que nous rentrions à pied vers notre quartier résidentiel d’Al-Sikka, vers 17 heures, nous avons essuyé des tirs aléatoires et intenses provenant d’un quadricoptère volant à basse altitude entre des immeubles résidentiels abandonnés. Cette attaque a été suivie du largage d’une bombe explosive, qui a provoqué une violente explosion et projeté des éclats d’obus. Des fragments métalliques se sont logés dans le crâne et la cuisse de mon fils Amir, lui causant des fractures et de graves lésions aux os du crâne ; il a ainsi perdu connaissance pendant une longue période. Il a été transporté à l’hôpital Nasser, où les médecins ont déclaré que s’il était arrivé quelques minutes plus tard, il serait mort d’une hémorragie cérébrale interne. Les équipes médicales ont réussi à maîtriser l’hémorragie, mais les fragments logés dans son crâne n’ont pas pu être retirés avec les moyens disponibles localement. L’enfant a subi une invalidité motrice permanente, perdant la capacité de marcher ou de se tenir debout. Les équipes médicales ont déclaré que les options thérapeutiques locales disponibles avaient été épuisées et ont recommandé qu’il se rende à l’étranger pour subir un traitement visant à retirer les fragments logés dans son crâne. »
La capacité de l’opérateur à voir clairement la personne visée, à déterminer son statut et à suivre ses mouvements avant d’ouvrir le feu, puis à la toucher d’une seule balle ou d’une munition guidée, élimine de fait le prétexte d’une identification erronée de la cible, en particulier lorsque celle-ci est un enfant, un agriculteur ou un berger non armé et ne représentant aucune menace. Cela démontre que ces civils n’ont pas été touchés accidentellement, mais qu’ils ont été délibérément choisis comme cibles d’attaque.
Le fait de prendre ces civils pour cibles établit l’intention de les tuer et constitue un homicide volontaire ainsi que des attaques directes contre des civils, deux actes qui constituent des crimes de guerre. Étant donné que ce comportement s’inscrit dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique dirigée contre la population civile de Gaza, en connaissance de cause de cette attaque, il constitue également le crime contre l’humanité qu’est le meurtre. Dans le contexte du génocide commis par Israël, cela relève de l’acte matériel consistant à tuer des membres du groupe palestinien protégé et, parallèlement aux autres actes, politiques et déclarations, constitue une preuve supplémentaire de l’intention spécifique de détruire les Palestiniens de Gaza en tant que partie substantielle du groupe palestinien.
Euro-Med Monitor appelle la communauté internationale, en particulier les États parties à la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, à prendre des mesures immédiates et coordonnées pour mettre fin à tous les crimes internationaux commis par Israël à l’encontre des Palestiniens de la bande de Gaza, au premier rang desquels figure le crime de génocide sous ses divers actes et moyens de mise en œuvre, y compris le meurtre délibéré de civils à l’aide de quadricoptères armés. Nous appelons ces États à employer tous les moyens politiques, économiques, diplomatiques et juridiques à leur disposition pour s’acquitter de leur obligation de prévenir le génocide et de garantir le respect du droit international humanitaire, et à s’abstenir de fournir tout soutien ou toute assistance contribuant à la poursuite de ces crimes.
Euro-Med Monitor appelle également les États, les Nations unies et les mécanismes d’enquête internationaux à prendre des mesures urgentes pour garantir la préservation et la collecte de toutes les preuves liées à ces attaques, notamment les enregistrements des caméras des drones, les données de vol et de positionnement, les registres de tir, les types de munitions utilisées, les ordres de mission, les règles d’engagement et les données de ciblage, ainsi que les noms des opérateurs et des commandants qui ont ordonné ou autorisé les attaques, et pour empêcher la destruction, l’altération ou la dissimulation de ces preuves.
Nous exhortons en outre le Procureur de la Cour pénale internationale à inclure l’utilisation de quadricoptères armés dans l’enquête en cours sur la situation en Palestine et à enquêter sur la responsabilité pénale individuelle des opérateurs et de ceux qui ont émis ou autorisé les ordres de ciblage, ainsi que sur la responsabilité des commandants qui savaient ou auraient dû savoir que ces crimes étaient commis et qui n’ont pas pris les mesures nécessaires pour les empêcher ou punir les responsables.
Euro-Med Monitor appelle également la Commission d’enquête internationale indépendante sur le territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, et Israël à enquêter sur ces incidents en tant que pratique systématique d’assassinats délibérés, à identifier les types de drones et de munitions utilisés, leurs fabricants et fournisseurs, ainsi que les chaînes d’approvisionnement concernées, et à exiger tous les enregistrements, données numériques et ordres militaires y afférents.
Nous appelons également les États à imposer une interdiction immédiate et totale de l’exportation, du transfert, de la réexportation ou du financement de drones armés vers Israël, y compris leurs composants, munitions, capteurs, logiciels de ciblage et de suivi, services de maintenance, formations, mises à niveau techniques, pièces de rechange et activités de courtage, ainsi qu’à suspendre les licences et contrats existants et à mettre fin à toutes les formes de coopération militaire et de sécurité susceptibles de contribuer à la commission de ces crimes ou de la faciliter.
Euro-Med Monitor appelle également les fabricants et les fournisseurs à mettre fin à tout soutien direct ou indirect susceptible de permettre de telles utilisations, à retracer les composants de leurs systèmes, à conserver les registres relatifs aux ventes, aux utilisateurs finaux, à la maintenance et aux mises à niveau, et à coopérer pleinement avec les mécanismes d’enquête internationaux.
Euro-Med Human Rights Monitor exhorte également les États à enquêter sur les personnes soupçonnées d’être responsables de ces crimes et à les poursuivre devant leurs tribunaux nationaux lorsque leur juridiction est établie, y compris sur la base de la compétence universelle ; à imposer des sanctions ciblées aux responsables et entités impliqués dans ces crimes ; à œuvrer pour garantir l’accès des enquêteurs internationaux et des experts médico-légaux à la bande de Gaza ; à protéger les témoins et les survivants ; et à garantir aux victimes et à leurs familles le droit à la vérité, à la justice et à une réparation intégrale.
Traduction : AFPS
Photo : 22 000 enfants palestiniens ont été tués par Israël à Gaza, août 2026 © Mohamad Safa




