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Accueil > Informations > Analyses > Comment les Palestiniens de Cisjordanie sont devenus si vulnérables à la terreur répandue par les colons israéliens
Analyses
samedi 1er août 2026
Mondoweiss par Qassam Muaddi

Comment les Palestiniens de Cisjordanie sont devenus si vulnérables à la terreur répandue par les colons israéliens

Le plan "décisif" d’Israël visant à annexer la Cisjordanie est en train d’atteindre son apogée alors que le gouvernement israélien s’efforce de dépeupler les villages palestiniens sur l’ensemble du territoire. Autrefois bastion de la résistance, les Palestiniens de Cisjordanie se retrouvent aujourd’hui sans défense.

Photo : Un jeune Palestinien regarde à travers la fenêtre brisée de sa maison après une attaque menée par des colons israéliens la nuit précédente dans le village d’At-Tuwani, à Masafer Yatta, dans le sud de la Cisjordanie occupée, le 19 juillet 2026. Crédit : Mosab Shawer/Activestills.

Les Palestiniens de Cisjordanie sont au point le plus bas de leur histoire, et ils font aujourd’hui face l’accélération de la campagne d’Israël de nettoyage ethnique du reste de la Palestine, avec le fantome d’une seconde Nakba planant sur les villages du territoire.

Les pogroms perpétrés par les colons israéliens ont atteint un niveau sans précédent à la fin de la semaine dernière. Ces derniers ont semé la terreur parmi les Palestiniens dans les villages et les villes, de Naplouse au nord à Masafer Yatta au sud, y compris dans les zones relevant de la juridiction de l’Autorité palestinienne (AP). À maintes reprises, l’armée israélienne - présente lors de la plupart des attaques des colons - a clairement indiqué que l’intervention visant à mettre fin à leur violence ne faisait pas partie de ses missions. Au contraire, elle est prête à infliger de sévères sanctions collectives à toute communauté palestinienne qui oserait se défendre en ripostant. Aujourd’hui, l’armée se prépare à lancer une opération militaire de grande envergure sur l’ensemble de la Cisjordanie, parallèlement aux pogroms en cours.

Ces escalades surviennent quelques jours après un raid de colons sur le village palestinien de Til, au sud de Naplouse, qui a fait quatre morts parmi les Palestiniens et deux parmi les Israéliens aprés qu’un habitant palestinien ait arraché le fusil à l’un des colons assaillants et tiré sur lui, tandis que des soldats israéliens présents à proximité ont également ouvert le feu. On ignore encore si le deuxième colon tué lors de cette même mêlée a trouvé la mort de la main des Palestiniens ou des Israéliens.

Pourtant, immédiatement après les événements de Til, le gouvernement israélien et plusieurs responsables politiques israéliens ont mobilisé l’opinion publique en soutenant le récit selon lequel les colons avaient été tués lors d’une "attaque terroriste" palestinienne contre des "randonneurs" israéliens, exigeant une action militaire de grande envergure pour "démanteler les infrastructures terroristes" dans plusieurs villes palestiniennes, selon un communiqué conjoint du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et du ministre de la Défense Israel Katz.

Lundi, M. Katz a déclaré avoir donné l’ordre à l’armée de se préparer à mener un raid contre "un autre camp de réfugiés" en Cisjordanie - dont le nom n’a pas été révélé - à l’instar des raids menés à Jénine, Tulkarem et Nur Shams au cours des deux dernières années, qui ont entraîné le déplacement forcé de plus de 40 000 Palestiniens qui attendent toujours de pouvoir rentrer chez eux. Une opération de plus grande envergure a été reportée jusqu’au retour de Netanyahou de sa rencontre avec le président Trump à Washington, ont rapporté dimanche les médias israéliens. Dans le même temps, le ministre des Finances Bezalel Smotrich - qui dirige également l’Administration civile régissant la vie des Palestiniens en Cisjordanie - a déclaré que les Palestiniens des villages autour de Naplouse devraient subir le même sort que ceux de Jénine et de Tulkarem, présentant le vidage de ces camps par Israël comme un modèle pour dépeupler la campagne cisjordanienne.

Alors que les Palestiniens se préparent à affronter les jours sombres qui s’annoncent, ils continuent de subir quotidiennement la terreur infligée par les colons, sans aucune protection et sans aucun moyen de repousser l’offensive qui ne cesse de progresser.

La société palestinienne en Cisjordanie n’a pas toujours été aussi sans défense. Mais alors que la vulnérabilité des Palestiniens a atteint un pic historique, Israël resserre également l’étau : il met en œuvre un effort sans précédent visant à procéder à un nettoyage ethnique de ce qui reste de la patrie palestinienne, avec pour objectif immédiat de dépeupler les zones rurales situées au-delà des grandes villes. Historiquement, cette campagne s’est déroulée progressivement, se heurtant à une résistance à chaque étape. Aujourd’hui, c’est l’inverse qui se produit : les accaparements de terres et les expulsions s’accélèrent à un rythme effréné, et les Palestiniens ne disposent plus que de maigres moyens pour riposter.

Qu’est-ce qui a conduit les Palestiniens de Cisjordanie à cette situation ? Et comment leurs efforts pour résister à la colonisation se sont-ils affaiblis au point que leur existence même sur leur terre soit désormais menacée ?

Démanteler l’infrastructure de la résistance

Il y a quarante ans, la Cisjordanie offrait un visage très différent. Lorsque la première Intifada a éclaté dans le camp de réfugiés de Jabalia, à Gaza, en décembre 1987, la Cisjordanie était déjà en proie à des manifestations et à des grèves générales mobilisant des milliers de personnes, organisées grâce à un réseau dense de partis politiques et de comités locaux qui avaient passé la décennie précédente à renforcer leurs capacités. Cela allait des groupes spontanés de jeunes s’engageant dans des actions de service communautaire - comme le documente le chercheur Jebril Muhammad dans son récit de ces mouvements - jusqu’aux syndicats d’agriculteurs, aux associations de femmes et aux organisations d’aide juridique. Bon nombre de ces structures faisaient office de substitut aux instances administratives militaires israéliennes qui décidaient pour les Palestiniens, leur permettant ainsi de boycotter pendant des années les institutions de l’occupation. Cette infrastructure, soutenue par la direction de l’OLP en exil sous la houlette de Yasser Arafat, a fondamentalement érodé l’emprise d’Israël sur la vie des Palestiniens.

Puis vinrent les accords d’Oslo de 1993, et la force sociale qui avait rendu l’Intifada possible commença à se désagréger - progressivement au début, puis beaucoup plus rapidement après 2005.

Oslo a créé l’Autorité palestinienne en tant qu’organe administratif offrant une autonomie limitée dans la zone A, soit environ 18 % de la Cisjordanie où se trouvent les principaux centres urbains. La zone B, zone rurale représentant 22 % du territoire où se situent la plupart des villages et des villes, a été placée sous le contrôle civil (mais pas sécuritaire) de l’Autorité palestinienne, tandis que les 60 % restants, désignés comme zone C, sont restés sous le contrôle civil et militaire total d’Israël.

D’une certaine manière, il s’agissait là d’une concession partielle d’Israël envers les Palestiniens, une reconnaissance du fait que l’autodétermination palestinienne ne pouvait être réprimée indéfiniment. Mais cette concession avait un prix : la bureaucratisation des forces populaires mêmes qui l’avaient rendue possible au départ.

« À l’époque d’Oslo, la tendance générale est passée de la logique du soulèvement à celle de la construction d’un État » a déclaré Jebril Muhammad à Mondoweiss. « L’Autorité palestinienne a remplacé les structures sociales qui avaient mené l’Intifada. L’idée que nous étions en train de construire un État impliquait que les mouvements populaires devaient progressivement se transformer en institutions professionnelles, et cela ne se limitait pas aux structures absorbées par l’Autorité palestinienne, mais s’étendait également à la société civile. »

Ce à quoi Muhammad fait référence, c’est le processus par lequel les organisations de la société civile sont passées d’institutions de base à des ONG dépendantes de donateurs étrangers.

« J’étais membre d’un de ces mouvements qui aidait les agriculteurs pendant l’Intifada » a déclaré Jamal Jumaa, coordinateur de la campagne palestinienne "Stop The Wall". « Il fonctionnait selon un leadership collectif fondé sur le consensus… et était dirigé par des membres qui étaient eux-mêmes agriculteurs. »

Ces groupes ont progressivement commencé à changer après Oslo, explique Jumaa, à mesure que des délégations d’"experts" européens poussaient les groupes locaux à se professionnaliser en adoptant des structures hiérarchiques, écartant ainsi les agriculteurs et les travailleurs qui les dirigeaient auparavant.

Jumaa explique que cela faisait partie de la procédure à suivre pour pouvoir bénéficier d’un financement étranger. C’est ainsi qu’est apparu un nouveau mode de financement des activités des groupes sociaux palestiniens - désormais des ONG. Au fil du temps, les bénévoles sont devenus des salariés professionnels, et les dons locaux ainsi que la mise en commun des ressources ont été remplacés par l’aide étrangère, tandis que le bénévolat communautaire a cédé la place à des programmes sociaux axés sur les services, soutenus par l’Autorité palestinienne ou par des ONG.

Muhammad affirme que cette évolution s’est encore accentuée après la deuxième Intifada, qui s’est déroulée de 2000 à 2005 et s’est achevée par l’affaiblissement de l’autorité de l’Autorité palestinienne à la suite du désarmement des groupes palestiniens armés qui avaient combattu Israël au cours des cinq années précédentes.

« Pendant la deuxième Intifada, l’action militaire israélienne a pris pour cible les institutions de l’Autorité palestinienne, sapant ainsi sa capacité à assumer ses responsabilités en matière de reconstruction et d’aide sociale » a précisé Muhammad. « Cela a conduit l’Autorité palestinienne à céder la place aux ONG locales et internationales. »

En 2019, l’UE a ajouté une condition supplémentaire, exigeant des ONG palestiniennes qu’elles vérifient que leur personnel et leurs bénéficiaires ne figurent pas sur une liste de groupes qu’elle désigne comme des organisations terroristes - criminalisant ainsi de larges pans de la vie politique palestinienne comme condition préalable à l’octroi de l’aide.

Cette dépendance vis-à-vis des financements étrangers a été aggravée par la dépendance vis-à-vis de l’économie israélienne elle-même : des centaines de milliers de Palestiniens comptaient sur un emploi en Israël, dont l’accès a été totalement supprimé par Israël après le 7 octobre, privant du jour au lendemain environ 200 000 travailleurs de leur emploi. Dans le même temps, Israël a mené une guerre économique contre l’Autorité palestinienne elle-même, en retenant les recettes douanières - qui représentent plus de 60 % du budget de l’Autorité palestinienne - qu’il perçoit pour le compte de celle-ci en vertu des protocoles économiques de l’ère d’Oslo, provoquant ainsi une crise salariale qui entraîne l’effondrement des services publics d’éducation et de santé.

Tout cela s’est déroulé en l’absence d’une direction palestinienne unifiée. L’Autorité palestinienne dirigée par Mahmoud Abbas, qui est restée attachée aux négociations et à la coopération en matière de sécurité, a perdu une grande partie de son poids politique, tandis que le Hamas reste mis à l’écart par les acteurs internationaux dans le sillage du génocide en cours à Gaza. Avant octobre 2023, la plupart des actes de violence commis par les colons se limitaient à la zone C. Aujourd’hui, les attaques dans la zone B sont devenues monnaie courante, culminant tout récemment avec les événements de Til, tandis qu’Israël a établi le mois dernier sa première base militaire à l’intérieur de la zone A pour la première fois depuis deux décennies.

Il en résulte que les Palestiniens de Cisjordanie se retrouvent assaillis sur plusieurs fronts : une crise économique sans précédent due à un étranglement direct, une répression israélienne impitoyable visant toute forme d’organisation communautaire ou de leadership social, une direction fragmentée incapable d’offrir une perspective politique, une société civile rendue inopérante par trois décennies de bureaucratisation et d’inertie institutionnelle, et une offensive israélienne à deux volets qui ne cesse de s’intensifier, à travers les pogroms menés par les colons et les raids militaires.

Redéfinir le sumud

Ces conditions étaient déjà évidentes lorsque Bezalel Smotrich a présenté pour la première fois, en 2015, son "plan décisif" visant à annexer l’ensemble de la Cisjordanie, qu’il espérait mener à bien en "étendant la souveraineté israélienne" sur ce territoire, mettant ainsi fin à toute possibilité de création d’un État palestinien. Ce plan prévoyait notamment l’expansion des colonies israéliennes sur les terres palestiniennes et le confinement des Palestiniens sur un territoire aussi restreint que possible, dans des centres urbains isolés - à savoir la zone A - tout en les chassant progressivement des zones C et B en raison de la détérioration de leurs conditions de vie, qui les pousserait à partir "volontairement".

Le pivot de ce plan a été le mouvement des colons, dont la campagne d’implantation de nouveaux avant-postes, menée depuis au moins 2020, a été financée et facilitée par le gouvernement israélien, et n’a suscité guère plus que des condamnations sans suite de la part des acteurs palestiniens, arabes et internationaux. En conséquence, les attaques des colons sont devenues plus fréquentes et plus violentes, conduisant à la disparition de communautés rurales palestiniennes entières depuis octobre 2023.

Le "plan décisif" n’est plus une simple éventualité. « Nous sommes en plein dedans », affirme Khaled Odetallah, fondateur de l’Université populaire de Palestine et l’un des coéditeurs d’Al-Janub : la revue palestinienne d’études sur la libération.

Pour Odetallah, la principale question à laquelle les Palestiniens doivent réfléchir est de savoir comment rester sur leurs terres et résister aux pressions incessantes qu’Israël exerce sur les communautés palestiniennes pour qu’elles plient bagage et partent. Les Palestiniens ont baptisé cette stratégie "sumud", ou "persévérance". Mais Odetallah ne considère pas qu’il s’agisse d’une position passive. « C’est un effort visant à préserver la capacité des gens à rester et à vivre en tant que collectivité » a-t-il expliqué. « Cette persévérance exige beaucoup de travail, tant sur le plan social qu’économique, ainsi qu’un soutien important, d’autant plus que l’offensive “décisive” actuelle ne montre aucun signe d’essoufflement. »

L’une des façons de raviver cette persévérance, que les factions palestiniennes n’ont cessé de réclamer, consiste à mettre en place des "comités de protection populaires". Il s’agit de groupes de base composés de civils locaux, semblables à des patrouilles de quartier bénévoles, qui protègent contre les attaques des colons et servent de systèmes d’alerte précoce pour les villages visés par des pogroms. Mondoweiss a récemment publié des articles sur certains de ces comités, mais ceux-ci mènent un combat difficile en raison de la répression militaire israélienne et des arrestations d’organisateurs, auxquelles s’ajoute un manque général de soutien institutionnel, y compris de la part des factions palestiniennes mêmes qui les mentionnent dans chacune de leurs déclarations.

Cela contraste fortement avec la manière dont les services de sécurité israéliens dépeignent ces comités, qu’ils décrivent comme un réseau d’environ 70 groupes de l’Autorité palestinienne (AP) représentant une menace d’aggravation des tensions avec les colons, selon des responsables de la sécurité anonymes interrogés par *Haaretz*.

Mais ces comités sont beaucoup moins influencés par l’Autorité palestinienne et s’apparentent davantage à des initiatives spontanées issues de la base, composées de simples civils sans moyens ni soutien, qui tentent de faire revivre le sumud des années 1980. Or, s’ils n’ont pas réussi à acquérir une portée plus large, c’est précisément en raison de l’absence de soutien institutionnel dont les sources israéliennes prétendent qu’ils bénéficient.

Il n’est pas nécessaire de repartir de zéro pour élaborer cette stratégie, affirme Jamal Jumaa. « Il existe déjà une base de résilience et de persévérance en Palestine au niveau local - dans chaque village et chaque ville » a-t-il souligné. « Le peuple palestinien a toujours démontré sa capacité à tenir bon, et les Palestiniens tiennent actuellement bon en Cisjordanie, face à l’assaut israélien. »

Mais ces efforts locaux, insiste Jumaa, nécessitent un leadership national autour duquel la population puisse se rallier. « C’est ce qui manque » a-t-il noté, ajoutant que « nous devons également reconstruire des formes populaires de solidarité sociale au niveau national, et leur apporter tout le soutien possible ». Seul le sumud palestinien, dit-il, peut produire des résultats, mais uniquement s’il est unifié et soutenu.

Qassam Muaddi est le rédacteur en chef chargé de la Palestine pour Mondoweiss. Suivez-le sur Twitter/X à l’adresse @QassaMMuaddi.

Traduction : AFPS

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Mots clés

  • Colonies et colonisation
  • Politique et société palestiniennes
  • Politique et société israéliennes
  • Palestine et politique internationale
  • Soutien à la résistance populaire palestinienne

Source

Publié par : Mondoweiss

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