Photo : Bombardements israéliens au milieu du quartier Al Zaytoun à Gaza ville, 22 février 2026 © Motasem A Dalloul
Pour les Palestiniens de la bande de Gaza, la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran n’est pas une crise politique lointaine. Dans un territoire déjà ravagé par deux années de guerre génocidaire menée par Israël, de déplacements de population et d’effondrement économique, chaque missile lancé dans la région soulève la même question : Gaza va-t-elle subir encore plus de violence, ou Israël pourrait-il réduire la pression sur la bande de Gaza afin d’éviter de mener plusieurs fronts à la fois ?
L’assassinat du guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a ajouté une nouvelle incertitude à une région déjà fragile.
À Gaza, où la situation humanitaire est l’une des pires de l’histoire récente, cet assassinat n’est pas simplement considéré comme un événement politique à Téhéran, mais comme un développement qui pourrait avoir un impact direct sur la vie quotidienne dans l’enclave assiégée.
Le Hamas a rapidement condamné l’assassinat, le qualifiant d’« agression flagrante et de crime odieux contre la souveraineté iranienne ».
Le mouvement a tenu Israël et les États-Unis pour responsables des conséquences et a déclaré que Khamenei avait longtemps soutenu la cause palestinienne sur les plans politique et militaire, malgré la pression internationale exercée sur Téhéran.
Dans son communiqué, le Hamas a déclaré que cet assassinat s’inscrivait dans le cadre d’une tentative plus large d’Israël de remodeler la région à son avantage.
Il a appelé les pays arabes et musulmans, ainsi que la communauté internationale, à prendre des mesures fermes pour mettre fin à ce qu’il a qualifié de violations croissantes.
Le Jihad islamique a publié un communiqué similaire, affirmant que les frappes israélo-américaines contre l’Iran visaient à « redessiner la carte de la région et à éliminer la cause palestinienne ».
Le mouvement a averti que l’escalade menaçait tous les pays de la région, et pas seulement l’Iran, et a affirmé le droit de Téhéran à se défendre.
En revanche, l’Autorité palestinienne (AP) à Ramallah a adopté une position plus prudente et diplomatique.
Le président Mahmoud Abbas a convoqué une réunion d’urgence des ministres arabes des Affaires étrangères et une session urgente du Conseil de sécurité de l’ONU pour discuter de ce qu’il a qualifié d’évolutions régionales graves.
Une déclaration présidentielle a souligné la nécessité de mettre fin à la violence et de donner la priorité au dialogue fondé sur le droit international.
Elle a également condamné les attaques iraniennes contre plusieurs pays arabes, dont l’Arabie saoudite, la Jordanie, le Qatar, le Koweït, Bahreïn, les Émirats arabes unis et l’Irak, les qualifiant de violations de la souveraineté et du droit international.
Cette position reflète la crainte de Ramallah qu’une guerre régionale plus large ne marginalise davantage la question palestinienne ou ne complique tout processus politique futur.
Ces réactions divergentes soulignent une fois de plus la division politique entre les factions basées à Gaza et les dirigeants de Ramallah. Alors que le Hamas et le Jihad islamique considèrent l’Iran comme un allié clé, l’Autorité palestinienne semble craindre d’être entraînée dans une confrontation régionale plus large.
Quelles pourraient être les conséquences pour Gaza ?
Les analystes politiques à Gaza affirment que les répercussions d’une guerre totale impliquant l’Iran seraient graves pour la bande de Gaza, même si cela dépendra largement de la façon dont les événements évolueront.
Abdul Qader Hammad, professeur de sciences politiques à l’université Al-Azhar de Gaza, estime que cet assassinat représente un choc majeur pour les dirigeants iraniens et pourrait conduire à un durcissement de la ligne politique, en particulier si les Gardiens de la révolution gagnent en influence.
« Cela pourrait avoir deux effets possibles sur Gaza... L’Iran pourrait accroître son soutien à court terme aux factions palestiniennes afin de montrer que l’axe de la résistance reste fort », a-t-il déclaré à The New Arab. « Ou bien il pourrait réduire temporairement son implication extérieure s’il est occupé à régler des problèmes internes et à faire face à une pression militaire directe. »
Hammad a averti que le scénario le plus dangereux serait que Gaza devienne le théâtre d’échanges indirects entre l’Iran et Israël. Des escalades limitées ou de petites séries de combats pourraient être utilisées pour montrer sa force, mais ce sont les civils de Gaza qui en paieraient le prix, a-t-il déclaré.
Il a ajouté que tout affaiblissement à long terme de l’Iran pourrait affecter les factions de Gaza non seulement sur le plan militaire, mais aussi sur le plan financier et politique, d’autant plus qu’elles tentent de se reconstruire après des mois de guerre.
Mustafa Ibrahim, analyste politique basé à Gaza, convient que l’impact se ferait probablement sentir rapidement. Il estime qu’Israël a deux options principales : soit réduire ou geler ses opérations à Gaza pour éviter de combattre sur plusieurs fronts, soit accroître la pression militaire pour tenter de régler la situation dans la bande de Gaza avant que la confrontation régionale ne s’intensifie.
« La véritable crainte est que Gaza devienne un espace de confrontation indirecte. Les Palestiniens de Gaza pourraient finir par payer le prix d’un conflit sur lequel ils n’ont aucune influence », a-t-il déclaré à The New Arab.
Il a ajouté que même si la position régionale de l’Iran s’affaiblissait avec le temps, cela ne signifierait pas nécessairement l’effondrement immédiat des factions alliées à Gaza.
Au contraire, cela pourrait conduire à une période difficile d’ajustement et de repositionnement.
La peur dans les rues
Pour les habitants ordinaires de Gaza, la situation est simple et directe : cette escalade va-t-elle rendre leur vie encore plus difficile ?
Dans un refuge scolaire bondé à l’ouest de la ville de Gaza, Mahmoud al-Attar, 45 ans, déplacé du nord, a déclaré à The New Arab que les nouvelles en provenance de Téhéran, Tel-Aviv et Washington sont considérées comme un avertissement de ce qui pourrait arriver ensuite.
« Toute extension de la guerre signifie davantage d’effusions de sang », a-t-il déclaré. « Nous survivons à peine sous les bombardements et le siège. Si le conflit s’étend, Israël pourrait essayer de mettre fin rapidement et plus énergiquement au front de Gaza ou nous utiliser comme monnaie d’échange. »
Aya, une étudiante universitaire de 22 ans, suit l’évolution de la situation dès qu’elle a accès à Internet. Elle a déclaré que les discussions entre ses amis se concentraient sur deux possibilités : soit Israël pourrait être occupé par un autre front et réduire la pression sur Gaza, soit il pourrait intensifier ses attaques pour montrer sa force.
« En fin de compte, nous sommes le camp le plus faible. Si l’Iran réagit par l’intermédiaire de ses alliés, nous pourrions devenir le champ de bataille. Et si Israël étend sa campagne contre l’axe de la résistance, nous pourrions également nous retrouver au centre », a-t-elle déclaré à The New Arab.
Abu Mohammed, père de cinq enfants originaire de la ville de Gaza, craint qu’une grande guerre régionale ne fasse sortir Gaza du centre de l’attention internationale.
« Lorsque les grands pays se battent, les civils ici sont oubliés. L’aide pourrait être retardée, les pourparlers de cessez-le-feu pourraient s’arrêter, et tout pourrait attendre jusqu’à la fin de la grande guerre », a-t-il déclaré à The New Arab.
Traduction : AFPS




