"la pression sur Mahmoud Abbas n’est pas la solution"

entretien avec Jonas Gahr Store, dimanche 31 janvier 2010

Jonas Gahr Store est le ministre nor­végien des Affaires étran­gères. Au début des années 90, son pays joua un rôle pionnier, en per­mettant aux Israé­liens et aux Pales­ti­niens d’entamer des négo­cia­tions secrètes, qui allaient aboutir aux fameux accords d’Oslo sur la recon­nais­sance mutuelle entre les deux anciens ennemis. Depuis, la diplo­matie nor­vé­gienne est restée active au Moyen-​​Orient, grâce notamment au déploiement d’un envoyé spécial quasi per­manent dans la région. Elle pré­sente la par­ti­cu­larité de parler à tous les acteurs du conflit, y compris les isla­mistes du Hamas. De passage à Paris, au retour d’une tournée au Moyen-​​Orient, Jonas Gahr Store a répondu à Georges Malbrunot.

Les Amé­ri­cains ont mis de nou­velles idées sur la table. Les négo­cia­tions de paix israélo-​​palestiniennes vont-​​elles reprendre ?

Jonas Gahr STORE : Il faut tra­vailler à une reprise de ces pour­parlers. Il n’y a pas d’alternative. Il faut accepter les com­plexités actuelles, et chercher à les débloquer, non par des décla­ra­tions, qui feront la une des journaux, mais par une action diplo­ma­tique dis­crète, des contacts en cou­lisses pour qu’un jour pro­chain, les deux parties retrouvent la confiance, après s’être cou­verts, en cas d’échec.

Les deux camps y sont-​​ils prêts ? Les Pales­ti­niens exigent au préa­lable le gel total de la colo­ni­sation israélienne ?

STORE : Les Pales­ti­niens sont prêts à négocier pour leur Etat. Mais ils posent tou­jours des condi­tions préa­lables. Et nous avons une situation poli­tique com­pliquée autour du pré­sident Mahmoud Abbas, qui a été rendu encore plus com­pliquée par les consé­quences du rapport Golsdone, qu’on ne peut pas effacer d’un trait de plume. Il ne faut pas de pression sur Mahmoud Abbas, mais des gestes qui l’inciteront à reprendre le chemin des négo­cia­tions. La pression sur Abbas n’est pas la solution, j’en suis convaincu. Ce n’est pas raisonnable.

Que faut-​​il penser du nouveau plan amé­ricain pré­senté par l’émissaire Mit­chell aux deux parties ?

STORE : Il y a des éléments très impor­tants dans ce plan, ainsi que dans celui élaboré par l’Egypte, il y a dix jours. Ce dernier consiste à mettre l’accent sur des gestes, des garanties, et un cadre de négo­cia­tions qui peut redonner un peu de confiance aux parties pour s’engager.

Peut-​​il y avoir une reprise des pour­parlers, avant que les Pales­ti­niens se récon­ci­lient entre eux ?

STORE : C’est une tra­gédie d’être occupé. C’est une double tra­gédie d’être occupé et divisé. Il n’y aura pas d’horizon pour les Pales­ti­niens sans une récon­ci­liation préa­lable entre Fatah et Hamas. Mais pour l’instant, on observe un jeu de cer­tains pays, au-​​delà de la région, sur cer­tains groupes. Je veux parler des enga­ge­ments que l’Iran prend vis-​​à-​​vis du Hamas. En dépit de ces inter­fé­rences, nous devons mettre l’accent sur les efforts de bonne gestion de l’Autorité pales­ti­nienne, pré­parer des élec­tions pour qu’on puisse avancer, et un peu plus tard, sou­tenir la récon­ci­liation, mais sur des bases pales­ti­niennes, et non pas définies par des pays tiers.

La Norvège est l’un des très rares pays en Europe à ren­contrer ouver­tement les diri­geants du Hamas. Pour quels résultats ?

STORE : Depuis les années 70, notre poli­tique consiste à ren­contrer tous les groupes. Nous allons continuer. Il faut connaître les acteurs pour bien apprécier la situation dans son ensemble. Mais pour sou­tenir un pro­cessus poli­tique, il faut aussi être qua­lifié, et pour l’instant, je ne vois pas le Hamas faire assez d’efforts pour devenir un véri­table acteur à des pour­parlers avec Israël. Il n’a pas tous les torts. En 2007, après les accords de La Mecque sur la récon­ci­liation entre fac­tions pales­ti­niennes, l’Europe et les Etats-​​Unis ont manqué une occasion. On ne doit pas dire au Hamas, c’est blanc ou noir. On ne leur dit pas : ou vous acceptez nos condi­tions, ou nous refusons de parler avec vous. Ce n’est pas ainsi que l’on traite avec les acteurs d’un conflit. Il faut au contraire créer un pro­cessus qui encourage les parties à avancer.