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La pêche à Gaza, une industrie en danger
publié le jeudi 30 août 2007 Rapport de l’Office pour la coodination des affaires humanitaires de l’ONU Un rapport de l’Office
pour la Coordination des
Affaires humanitaires de
l’ONU, paru en avril 2007,
met en exergue les
restrictions
considérables qu’Israël
continue à imposer aux
pêcheurs de la bande de
Gaza, entravant un
secteur économique
pourtant décisif.
Explications.
Après une interdiction quasi totale de pêcher depuis la capture d’un soldat israélien le 25 juin 2006, les pêcheurs de Gaza ont finalement été autorisés à le faire dans les eaux côtières de la bande de Gaza pendant la haute saison de pêche qui démarre début avril. C’est l’époque où commence la migration des sardines du Delta du Nil jusqu’aux côtes de Turquie. Bien que les sardines ne procurent pas un haut revenu, elles sont essentielles à la subsistance des pêcheurs palestiniens, représentant approximativement 70% de la pêche annuelle ; le reste étant constitué de poissons plus recherchés comme le thon, la seiche, le maquereau ou les crevettes, dont les bancs se trouvent environ à 10 miles nautiques à l’ouest des côtes de la bande de Gaza. Pour rentabiliser au maximum leur saison, il faudrait que les pêcheurs puissent pratiquer la pêche au- delà des 6 miles nautiques [1] autorisés par Israël. Confinés à de courtes distances de la côte, ils ne peuvent prendre que des poissons de petite taille, à faible prix sur le marché, ce qui représente une perte considérable de revenus. Du fait que les pêcheurs ne peuvent accéder aux poissons de qualité, les consommateurs gazaouis achètent sur le marché le poisson importé d’Israël - une moyenne de 1300 tonnes par an-, ce qui appauvrit encore davantage leur pouvoir d’achat. En conséquence, le poisson devient hors d’atteinte des bourses du 1,5 million de Palestiniens de Gaza.
Les conséquences économiques L’industrie de la pêche fait face à un déclin à long terme, elle est même menacée d’extinction si les restrictions, imposées par Israël pour raison de sécurité - sous prétexte de stopper la contrebande des armes-, étaient maintenues. Fin des années 1990, le tonnage des quatre appontements de pêche de la bande de Gaza situés à Rafah, Khan Younes, Deir Al Balah et Gaza-ville, dépassait les 3500 tonnes annuelles et générait un revenu annuel de plus de 10 millions de dollars. Entre 2001 et 2006, le revenu a été divisé par deux ; les pêcheurs de Khan Younis et Rafah étant soumis aux couvre-feux et au siège. Par exemple, le ponton de Khan Younis a été complètement fermé en 2003 et 2004 et ouvert seulement pendant 90 jours en 2005. Alors qu’ils sont moins de trois mille pêcheurs enregistrés dans la bande de Gaza, deux mille autres sont indirectement dépendants de l’industrie de la pêche pour leur subsistance à travers les services et la maintenance de la flotte. Trente-cinq mille Gazaouis (en partant d’une famille moyenne de sept personnes) dont l’industrie de la pêche est la première source de revenu, se sont appauvris ces six dernières années. Le coût moyen d’une sortie de pêche varie de 500 shekels à 2500 shekels selon la taille du bateau, les filets et l’équipage. De nombreux pêcheurs ne parviennent même plus à couvrir leurs frais, et n’ont pas d’autre choix que de rester à terre. Depuis six ans, ils ont eu également des difficultés à exporter des produits à haute valeur ajoutée comme les crevettes, à cause des bouclages constants du terminal de Karni et du manque de chaînes frigorifiques permettant de conserver le poisson en cas de bouclage. Un mode de vie dangereux A Gaza, la pêche est devenue une activité extrêmement périlleuse. Trois pêcheurs ont été tués, au cours de ces dix-huit derniers mois, par des tirs provenant de bateaux israéliens, de nombreux autres ont été arrêtés et leurs bateaux carbonisés par les forces de sécurité israéliennes. En théorie, suite à la levée des restrictions imposées par les forces de défense israéliennes, les pêcheurs auraient dû pouvoir pêcher à 6 miles de la côte à partir du 24 octobre 2006. Dans la pratique, seul un peu de pêche a été possible au sud de Deir Al Balah, de la fin octobre jusqu’à début mars 2007. Le reste du temps, les sorties en mer ont été impossibles. Alors que des pêcheurs ont installé des systèmes GPS sur leurs bateaux, pour être capables de contrôler leur distance de la côte, la marine de guerre israélienne continue de les prendre pour cible, au prétexte qu’ils seraient au-delà des zones de pêche autorisées. Aucune coordination formelle n’a jamais pu exister entre l’armée israélienne et les pêcheurs pour connaître la zone exacte autorisée. Ce manque de dialogue conduit aux injures, à des arrestations continuelles et à la mort de pêcheurs. Tout cela crée un climat d’insécurité et un manque de confiance des pêcheurs soumis à l’arbitraire israélien. Il serait essentiel que les limites de pêche soient clairement définies et signalées matériellement, peut-être en larguant des bouées pour que chaque partie connaisse précisément les zones permises. Les conséquences environnementales Les restrictions des droits de pêche ont conduit à une exploitation intensive dans les eaux côtières peu profondes qui a épuisé les réserves naturelles et menace les pêcheurs de la perte de leurs ressources de base. Ceux-ci ont été forcés de jeter leurs filets dans des zones où se trouvent les jeunes poissons, endommageant à long terme la reproduction des espèces. La situation est telle que le Département de la Pêche de l’Autorité palestinienne a soumis une proposition aux pays donateurs de construire huit récifs artificiels à Gaza-ville et à Deir el Balah pour reconstituer un environnement propice à renouveler les zones de procréation. Aujourd’hui, la pêche est menacée. Les pêcheurs luttent pour continuer à nourrir leurs familles, laissant de côté l’entretien de leur flotte. Les pêcheurs et tous ceux dont les moyens d’existence dépendent de l’industrie de la pêche risquent de passer de l’autosuffisance à la dépendance de l’aide alimentaire et des offres de travail proposées par l’ONU ou d’autres ONG humanitaires. [1] Les Accords d’Oslo stipulaient que les pêcheurs de Gaza étaient autorisés à pêcher jusqu’à 20 miles nautiques. En 2002, un accord entre l’envoyé du secrétaire général de l’ONU aux questions humanitaires pour le Moyen-Orient et le gouvernement israélien, autorisait la pêche à 12 miles nautiques, bien que selon le Département palestinien de la Pêche, cet accord n’aurait jamais été appliqué. Les droits de pêche ont été imposés arbitrairement, la marine de guerre israélienne autorisant la pêche dans certains emplacements et pas dans d’autres, certains jours et pas d’autres... Généralement, ils fixent les limites de pêche à 6 miles. Traduction et synthèse : Monique Etienne
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