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Quand le tramway de Marseille fait un détour par Jérusalem
publié le samedi 14 juillet 2007

Isabelle Sylvestre
 
Les Femmes en noir, une association internationale de femmes qui militent pour la paix dans le monde, ont distribué des tracts pour tenter d’informer les Marseillais des "dessous" de leur nouveau tramway construit par Alstom et Veolia-Connex, filiale du groupe.

La semaine dernière, à Marseille, était inauguré le tramway tant attendu par les habitants de la ville, car il occasionnait depuis deux ans des travaux pharaoniques qui bouchaient la circulation des grandes avenues et de la fameuse Cannebière. Les Femmes en noir, une association internationale de femmes qui militent pour la paix dans le monde, ont distribué des tracts pour tenter d’informer les Marseillais des "dessous" de leur nouveau tramway construit par Alstom et Veolia-Connex, filiale du groupe.

Pour Les Femmes en noir, comme pour l’association France-Palestine solidarité et pour Amnesty International, ainsi que plusieurs autres associations de défense des droits du peuple palestinien, les deux groupes français ont signé en 2005 des accords pour la construction d’un tramway à Jérusalem qui sont contraires à l’application du droit international, violant ainsi cinq des résolutions de la 4e Convention de Genève. Les associations dénoncent particulièrement le tracé du tramway, car il reliera Jérusalem-Ouest, partie israélienne de la ville, aux colonies de French Hill et de Pisgat Zeev, puis Neve Yaakov, encourageant de facto la reconnaissance de la légitimité des dites colonies. En traversant la partie arabe de la ville, Jérusalem-Est, qui est considérée au regard du droit international comme un "territoire sous occupation étrangère", le futur tramway, qui transportera des milliers de passagers israéliens chaque jour dès 2009, enfreindra l’article 49 de la Convention de Genève qui interdit le transfert de la population de l’occupant en territoire occupé.

Comme la construction du tramway a déjà entraîné des milliers d’expropriations et d’ordres de démolition des habitations palestiniennes dans cette partie de la ville, les associations dénoncent également la violation de la résolution 465 de la Convention de Genève, qui stipule que "toute mesure prise par Israël pour modifier le caractère physique, la composition démographique, la structure institutionnelle ou le statut des territoires palestiniens, y compris Jérusalem, n’ont aucune valeur en droit".

C’est ainsi qu’en signant des contrats commerciaux avec le gouvernement israélien, les deux groupes français qui ont construit le tramway de Marseille sont accusés, selon Amnesty International, "de porter assistance à la pérennisation d’une situation illégale", celle de l’occupation de la Palestine depuis 1948. Le tramway comme le mur construit par le gouvernement israélien, qui enfermera bientôt les villes et les villages palestiniens sur eux-mêmes, sont considérés par les associations, et par l’ONU, comme des instruments d’annexion des terres palestiniennes par l’Etat d’Israël.

Dans cette affaire, l’Etat français est également mis en cause, car la signature de ce contrat aurait été fortement encouragée par l’ambassade de France à Jérusalem, ainsi que par de multiples contacts entre les édiles de la ville de Marseille, et notamment le maire, Jean-Claude Gaudin, qui a accueilli en mai 2006 le maire de Jérusalem, Uri Lupolianski, pour la signature d’un accord de coopération.

Dans le tract distribué par les Femmes en noir lors de l’inauguration du tramway de Marseille, on peut lire que "les accords entre les sociétés commerciales Alstom et Veolia ont été signés sous l’égide de l’État français, bien qu’illicites au regard du droit français".

Plusieurs Marseillais venus pour la cérémonie ont pu recevoir le tract, malgré les efforts des policiers et "gardiens" du parcours pour les faire quitter le site en les bousculant un peu. Les Femmes en noir étaient accusées de tracter sans en avoir demandé la permission à la préfecture, comme si elles "manifestaient". L’association France-Palestine solidarité a engagé une action judiciaire à l’encontre de Veolia-Connex et Alstom pour l’annulation de leur contrat de construction du tramway en Cisjordanie.

A lire : Le dossier de l’association France-Palestine solidarité sur le tramway de Jérusalem.

Par Isabelle Sylvestre (Journaliste et réalisatrice) , publié par Rue 89, 13 juillet 2007

http://rue89.com/2007/07/13/ quand-le-tramway-de-marseille-fait-un-detour-par-jerusalem

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