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Entre diète et disette imposées
publié le vendredi 27 octobre 2006 Françoise Feugas, Pour la Palestine n°50 La suspension des aides internationales à la Palestine occupée a coïncidé avec une détérioration catastrophique de la situation humanitaire, due en tout premier lieu à la politique d’occupation, à l’étranglement inexorable de l’économie palestinienne. Etat des lieux. En Palestine occupée, la nourriture quotidienne est la première préoccupation des familles. Le chômage vient après, ainsi que les problèmes financiers. Tel est le constat d’une récente enquête du bureau central palestinien de statistiques [1]. Les salaires n’étant de toutes façons pas suffisants la plupart du temps, les familles empruntent ... et réduisent leurs dépenses essentielles, au premier chef la nourriture et les vêtements. Nombre d’entre elles estiment, toujours selon cette étude, ne pas savoir comment faire pour les réduire encore, la situation étant déjà très grave. On le sait, une majorité de Palestiniens ne font plus qu’un repas par jour. Dov Weisglass, conseiller du gouvernement israélien, ose pourtant : il entend mettre les Palestiniens à la diète. L’insécurité alimentaire s’est accrue de 14% La crise alimentaire était prévisible, d’autant plus que l’ouverture au comptegoutte du passage de Karni par l’armée israélienne a pour conséquence une grave pénurie alimentaire : la farine, l’huile, le sucre, la viande ou le riz se font rares dans les étalages des épiceries et leur prix a encore augmenté. La situation est encore plus dramatique pour les réfugiés vivant à Gaza, pauvres parmi les pauvres, actuellement dépendants de l’aide alimentaire, à telle enseigne que l’UNRWA vient de procéder à une distribution de vivres à quelque 90 000 réfugiés supplémentaires [2], essentiellement des fonctionnaires qui n’ont pas perçu de salaires depuis le mois de mars. « L’UNRWA a élargi son programme d’aide d’urgence pour les réfugiés de la Bande de Gaza en raison de la détérioration de leurs conditions de vie », a déclaré à la presse John Ging, responsable de l’agence dans la Bande de Gaza. Selon une récente étude du Programme alimentaire mondial (PAM) et de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’insécurité alimentaire s’est accrue de 14% depuis l’année dernière. Cela signifie que près de deux millions de Palestiniens, soit 51% de la population, ne sont pas en mesure de subvenir à leurs propres besoins sans assistance. « De nombreuses personnes ne se nourrissent que de pain et de légumes bon marché, en général les invendus à la fin de la journée. Nous sommes aussi préoccupés par le nombre croissant de gens, souvent des enfants, qui fouillent dans les poubelles », a dit Arnold Vercken, directeur du PAM dans les Territoires palestiniens. D’après Jean Ziegler, rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation, la malnutrition sévère constatée dans la Bande de Gaza est au même niveau que celle des pays sahéliens les plus pauvres. Quand on songe à la fertilité de la terre palestinienne, la comparaison est aberrante. Néammoins, plus de 22% des enfants de moins de cinq ans souffrent de grave malnutrition, 13% de malnutrition chronique et plus de 15% d’anémie sévère. Et on sait déjà que cette situation aura des effets à long terme sur le développement physique et cognitif de la plupart de ces enfants. Le démantèlement programmé du système de santé L’accès aux médicaments ne peut plus être assuré de façon continue en raison de la fermeture des points de passage commerciaux. Le manque de médicaments et de matériel médical ne permettent plus d’assurer normalement les soins aux patients. Dans certaines unités de soins, il n’y a même plus de sparadrap médical pour maintenir les perfusions et on utilise des bouts de scotch d’écolier... L’accès aux soins de la population palestinienne est en outre sérieusement entravé par le blocage des routes dans les Territoires palestiniens. La suspension des aides menace de toutes façons de démanteler le système de santé : les hôpitaux, la pharmacie centrale de Ramallah, les médecins, les personnels soignants, les services de secours d’urgence du Croissant Rouge... seront très prochainement dans l’incapacité d’assurer leur mission de service public. Sur les quelque 160 000 fonctionnaires dont le salaires ne sont pas versés, 11 000 travaillent dans les hôpitaux et gèrent la pénurie. S’ils baissent les bras, prévient Karen Koning Abu Zayd, commissaire générale de l’UNRWA, des milliers de patients seront renvoyés mourir chez eux et des milliers d’enfants seront jetés à la rue. Les raisons d’une asphyxie Dans un rapport commun, OCHA et des organisations humanitaires comme Médecins du monde ou World Vision ont récemment réaffirmé que la suspension de l’aide internationale depuis l’arrivée au pouvoir du Hamas contribue à la détérioration de la situation économique et sociale en Palestine. Mais qu’elle n’en est pas la seule cause. D’abord, parce que la Palestine souffre des conséquences d’une occupation ravageuse, entre confiscations de ressources, bouclages, et destructions de toutes sortes. Ensuite, parce que deux années noires (2001 et 2002) ont marqué la répression du début de la seconde Intifada avec, d0éjà, le blocage du tranfert des taxes douanières, prélevées sur l’importation des marchandises à destination des Territoires palestiniens par l’administration israélienne pour le compte de l’Autorité palestinienne (les « Clearance revenus », suspendus d’octobre 2000 à novembre 2002). L’économie palestinienne avait ensuite entamé une lente « récupération ». Le taux de croissance a été de 6,1 % en 2003 et de 6,2 % en 2004. Mais même durant ces années, la Banque mondiale remarque que la cause principale de la crise économique palestinienne est la politique de bouclages (externes et internes avec la multiplication des checkpoints). Au cours du dernier trimestre 2005, la croissance a été de nouveau fortement ralentie en raison du renforcement, dès les premiers jours de novembre, du bouclage des Territoires occupés et des entraves plus nombreuses à la circulation des biens et des personnes, notamment dans la Bande de Gaza, avec les fermetures fréquentes du terminal de Karni - seul point d’entrée et de sortie des marchandises. Enfin, parce que la chronique d’une « catastrophe humanitaire » annoncée par les agences humanitaires internationales débute avec le « désengagement » de la Bande de Gaza en septembre 2005, qui inaugure une nouvelle série de violations graves des droits économiques et sociaux des Palestiniens. En cause : les bouclages, les fermetures du terminal de Karni, de nouvelles destructions et confiscations de terres liées à l’avancée du mur. Le blocage des aides internationales a donc coïncidé avec une détérioration catastrophique de la situation humanitaire dans les territoires occupés, due en tout premier lieu à la politique d’occupation, à l’étranglement inexorable de l’économie palestinienne. Le chômage et la pauvreté dans la Bande de Gaza ont été aggravés par la démolition d’infrastructures dans les villes et les villages palestiniens par l’armée israélienne et par la destruction des équipements publics. Dans le même temps, l’armée israélienne arrachait par milliers les arbres fruitiers, détruisait les exploitations agricoles avec pour résultat une baisse de 40% de la production locale brute.Vingt pour cent de la terre agricole aurait été saccagée dans la Bande de Gaza selon le Centre palestinien pour les droits humains (PCHR). Le taux de chômage est passé à 34% en Cisjordanie et à 44% dans la Bande de Gaza (et il atteint couramment 55%, dès lors qu’il y a bouclage. Irresponsabilité internationale Cette situation a bien sûr eu un impact important sur le revenu par habitant, qui a chuté de 40% en trois ans. Le pourcentage de personnes en-dessous du seuil de pauvreté [3] approche désormais les 50% en Cisjordanie et 70% dans la Bande de Gaza ; soit plus de deux millions de personnes d’après le Bureau central de statistiques palestinien (PCBS). Le PNB et le revenu moyen par habitant devraient décliner encore de 25% par rapport au niveau de 2005 si les points de passage restent fermés au transit des biens palestiniens et si Israël continue à ne pas reverser les taxes douanières. Ces transferts représentent environ les deux tiers des ressources intérieures de l’Autorité palestinienne (soit quelque 55 millions de dollars mensuels). Pourtant, la Quatrième convention de Genève, dans son article 55, fait obligation à Israël, en tant que puissance occupante, de subvenir dans toute la mesure de ses moyens, à l’approvisionnment de la population occupée en vivres et en produits médicaux ; et d’« importer notamment les vivres, les fournitures médicales et tout autre article nécessaire lorsque les ressources du territoire occupé seront insuffisantes ». L’article 59 précise : « Lorsque la population d’un territoire occupé ou une partie de celle-ci est insuffisamment approvisionnée, la puissance occupante acceptera les actions de secours faites en faveur de cette population et les facilitera dans toute la mesure de ses moyens. » Les décisions des Etats-Unis, du Canada, de l’Union européenne, de suspendre leur aide économique, ne sont dans un tel contexte que plus irresponsables. La suspension de l’aide internationale, qui affecte en premier lieu le paiement des salaires des fonctionnaires par l’Autorité palestinienne, aggrave en effet cette situation. Quelque 160 000 salariés du secteur public font vivre environ un million de personnes, soit à peu près un quart de la population. Ils font fonctionner 62% des cliniques, la majorité des hopitaux et 75% des écoles. Sans ces salaires, la Banque mondiale prévoit un accroissement de la pauvreté jusqu’à 75%. Françoise Feugas |
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