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58 ans de dépossession, la Nakba commémorée
publié le mercredi 3 mai 2006

HRA et IPC, et Haaretz
 
Mai 1948, la création de l’Etat d’Israël, l’agression par les milices qui allaient devenir l’armée isralienne, l’exode et l’exil, la destruction, la mort, la "catastrophe" pour les Palestiniens, la Nakba.

La Nakba, qui veut dire "catastrophe" en arabe, sera commémorée cette année sur le territoire israélien par une procession traditionnelle organisée par le Comité pour les villageois expulsés, sur la terre de Um Alzinat, un village près du Mont Carmel que la population a abandonné en 1948.

Le terme Nakba fait référence à la conséquence de la guerre israélo-arabe de 1948 durant laquelle plus de 700 000 Arabes israéliens [1] ont fui leurs villages et leurs villes dans la zone qui est devenue ensuite l’Etat d’Israël. Ils n’ont jamais été autorisés à y revenir et leurs terres, saisies par le gouvernement israélien, ont été données à des immigrants juifs.

84% de la population palestinienne a été exilée et ces personnes sont devenues des réfugiés. Ceux qui sont restés sont devenus en une nuit une minorité dans ce qui devenait un Etat juif. De la population palestinienne d’avant 48 - 950 000 environ- deux catégories de réfugiés ont émergé :

800 000 Palestiniens ont été expulsés de leur pays et contraints à devenir des réfugiés dans les Etats arabes.

150 000 Palestiniens sont restés à l’intérieur du nouvel Etat d’Israël. Environ 25% de ceux qui sont restés ont été chassés de leurs maisons vers d’autres lieux et sont devenus des réfugiés de l’intérieur.

530 villages ont disparu.

Les marcheurs dans la procession, parrainée par le Comité de Suivi israélo-arabe, porteront des panneaux avec les noms de quelque 530 villages palestiniens qui ont été rasés ou abandonnés en 48.

Un large rassemblement de députés arabes (d’Israël ) et des représentants des résidents chassés de chez eux, de même que des organisations juives et arabes, clôturera la marche

Le Comité annonce que l’événement cette année se focalisera sur l’occupation israélienne qui continue et l’oppression du peuple palestinien.

Il mettra aussi en avant la politique en cours, de dégradation des sites religieux dans les villages abandonnés.

Les villageois exigent le retour chez eux.


En mai 2003, IPC (International Press Center) produisait l’analyse ci dessous :

La Catastrophe ("Nakba ») de 1948

Il y a plus de cinquante cinq ans, l’Assemblée générale des Nations unies décidait de partager la Palestine en un Etat juif et un Etat arabe. La guerre de 1947-49 se termina avec le nouvel Etat israélien contrôlant la majeure partie de la Palestine, plus de 530 villages palestiniens détruits et leur population déportée, 805 067 Palestiniens devenus réfugiés dans leur pays et la région, des milliers de morts, etc.

...

a) La terreur sioniste.

Les évènements de 1948 en Palestine ont été présentés, dans leur version dominante jusqu’à ces dernières années, comme une attente du 15 Mai par les parties concernées, le 15 Mai étant la date fixée pour le retrait britannique et la mise en application du plan de partage adopté le 29 Novembre 1947 par l’Assemblée Générale des Nations Unies [2]. Suivant cette version, le 16 Mai, les armées arabes envahissent la Palestine, et c’est la résistance de l’armée israélienne, à peine constituée, qui mit en échec cette invasion, tandis que les radios arabes, devant cette défaite, appelaient les Palestiniens à la fuite et à l’exode.

Une telle version n’a cessé d’être mise en cause par les auteurs palestiniens (v. E.Sanbar et W. Khalidi), et elle a été définitivement démentie par la publication en 1987 du livre du chercheur israélien Benny Morris.

Rappelons le but unique de la colonisation sioniste, tel que nous l’avons résumé dans le cours précédent, tel aussi qu’il fut constamment rappelé par le principal dirigeant sioniste de l’époque, David Ben Gourion : Créer l’Etat d’Israël et en assurer l’extension jusqu’aux limites de l’Eretz-Israël biblique.

Dès 1920, les colonies juives installées en Palestine étaient localisées en fonction de cet objectif central, y compris dans leur finalité militaire. L’acceptation par Ben Gourion des plans de partage en 1938 comme en 1947 l’était en fonction de cet objectif et de la détermination à en briser les limites (le terme est de Ben Gourion) par la force.

Tel fut donc l’objet des opérations militaires lancées dès février 1948 par l’armée sioniste constituée de longue date, la Haganah, comme des commandos fanatiques de l’Irgoun et du Stern relevant de Begin et de Shamir. Ces opérations s’inscrivirent à partir du 1er Mars dans le cadre du plan stratégique de la Haganah, le Plan Dalet [3]. Elles avaient pour but d’occuper le maximum du territoire de la Palestine, au delà même des limites assignées à l’Etat d’Israël par le Plan de Partage, et en particulier, de relier entre elles toutes les colonies juives et d’assurer une percée vers Jérusalem.

Cette occupation visait aussi à créer, par la terreur, le départ massif des habitants palestiniens en dehors du territoire acquis ainsi pour l’Etat d’Israël.

Cette terreur connut son apogée par le massacre des habitants du village de Deir-Yassin perpétré dans la nuit du 9 au 10 avril par les commandos de l’Irgoun. Si Ben Gourion tenta de se démarquer de ce massacre, il reste que l’attaque et la prise de Deir-Yassin s’inscrivaient dans le cadre du Plan Dalet.

Le résultat de cette terreur, à laquelle les radios arabes donnèrent une large résonance, fut la fuite massive des populations palestiniennes, dont Begin, responsable direct du massacre de Deir-Yassin, commenta ainsi le résultat : "cette fuite massive se développa rapidement en folle et incontrôlable débandade. Des 8OO.OOO Arabes qui vivaient dans le territoire actuel de l’Etat d’Israël, il n’en reste que 165.000. La signification politique et économique de ce développement peut difficilement être surestimée" (cité in Soliman, p. 125)

Dans le même temps, les principaux noyaux de la résistance armée palestinienne avaient été détruits. La veille de Deir-Yassin, le chef le plus connu de cette résistance, Abd-El Kader Al-Husayni, avait été tué dans la défense d’un village situé lui aussi sur la route de Jérusalem.

b) Ambiguïtés arabes

On a beaucoup écrit sur la défaite arabe de 1948. On sait entre autres que le Mouvement des Officiers Libres d’Egypte, qui donna naissance au pouvoir nassérien en 1953, a son origine dans la défaite de l’armée égyptienne en 1948. La réflexion sur les causes internes de cette défaite fut à l’origine de ce Mouvement et est, de ce fait, bien connue, notamment par l’ouvrage de Nasser "Philosophie de la Révolution".

Mais la version longtemps dominante des évènements de 1948 présentait le front arabe comme un front uni d’armées très supérieures en nombre et puissance à la jeune armée israélienne. Or, une telle unité était factice et la participation de l’armée jordanienne, la fameuse Légion Arabe dirigée par l’officier britannique Glubb Pacha, à la réalisation des objectifs britanniques de l’époque, est une cause majeure de cette défaite.

Les objectifs britanniques étaient d’une part de faire obstacle à toute émergence d’une autorité palestinienne sur les territoires dévolus aux Arabes par le Plan de Partage et d’autre part, mais ces objectifs étaient liés, de renforcer ses alliés hachémites placés à la tête des Royaumes de Transjordanie et d’Irak, et plus particulièrement le premier d’entre eux, situé en première ligne de cette opération.

C’est ainsi que la Légion Arabe put sans encombre au lendemain du 15 Mai percer vers Jérusalem et y occuper notamment la Ville Sainte, occuper les territoires palestiniens qui allaient être dénommés la Cisjordanie, sans jamais déborder vers les territoires alloués à l’Etat d’Israël par le Plan de Partage, ni reconquérir leur extension acquise par le Plan Dalet.

Dans une deuxième phase, le 3 Octobre, alors qu’un premier armistice avec Israël avait été conclu, la Légion Arabe, sous les ordres de ses officiers britanniques, encercla et désarma les noyaux armés palestiniens qui subsistaient en Cisjordanie et qui se réclamaient de l’autorité du Mafti Al-Husayni installé à Gaza.

Le 15 Octobre, l’armée israélienne rompait l’armistice du côté égyptien, attaquait la seule armée égyptienne. La Légion Arabe, de son côté, ne bougeait pas et son chef, Glubb Pacha, exprimait l’espoir que cette offensive "puisse finalement briser le gouvernement de Gaza (celui du Mufti) et donner aux Egyptiens une leçon !" [4].

L’armée égyptienne défaite, le Mufti fut ramené de force en Egypte, et les notables palestiniens n’eurent plus qu’à se rallier le 1er décembre au Roi Abdallah, proclamé Roi de Jordanie.

Le nom même de Palestine était effacé : restaient seulement pour la légalité internationale, des "réfugiés" !

On comprendra que, dans la mémoire palestinienne, cette année 1948 soit restée sous le nom de " Al-Nakba", la Catastrophe.

[1] Le terme habituellement utilisé par les Israéliens pour désigner la minorité palestinienne en Israël est « Arabes israéliens », ce qui est une façon de nier l’existence d’un groupe national palestinien. The Arab Association for human Rights

[2] sur ce partage et ce vote, v. Gresh-Vidal et W. Khalidi

[3] du nom de la 4° lettre de l’alphabet hébraïque, car il était lui-même la 4° version, plus élaborée, des plans déjà mises en oeuvre

[4] cité par Avi Shlaîm ; Glubb Pacha utilisait un terme méprisant pour dire les Egyptiens

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