Accueil >> Informations >> Analyses >>
Naissance du Fatah en tant que parti
publié le mardi 17 janvier 2006

Daoud Kuttab, Pour la Palestine n°48
 
Ce que l’on attendait depuis longtemps s’est finalement matérialisé. Le principal mouvement national palestinien, le Fatah, devient adulte en se transformant en parti politique.

Les primaires du Fatah, tantôt à l’ordre du jour tantôt pas, ont révélé le chaos du mouvement à la suite de la perte de son dirigeant historique et de la réunion longtemps repoussée de sa sixième Assemblée générale.

Alors que la Palestine a vécu des élections présidentielles et, très tardivement, municipales, aucune n’a autant d’impact pour redonner du tonus au corps politique que les élections parlementaires. Les élections législatives qui sont prévues tard en janvier seront seulement les secondes dans l’histoire électorale palestinienne. Les députés actuels ont été élus il y a dix ans pour un mandat de quatre ans censé se terminer en 2000 avec la déclaration de l’Etat palestinien.

Les élections législatives prochaines ont introduit un processus de réforme nécessaire en augmentant l’importance des listes de partis qui constitueront la moitié des 132 sièges du Conseil législatif (comparés au 88 sièges choisis sur la seule base des districts). Des élections basées sur les districts jouent le jeu des formations tribales et locales, forçant souvent les mouvements nationaux à transiger avec les dirigeants locaux. Le changement des règles du jeu, de même que les divers développements sécuritaires et politiques, ont amené même le Hamas, mouvement opposé aux accords d’ Oslo, à participer à la prochaine élection. Hassan Youssef, l’un des dirigeants du Hamas dans le district de Ramallah a annoncé que le Hamas allait présenter une liste purement Hamas pour le vote national à la proportionnelle mais qu’il ferait une coalition avec d’autres (dont des candidats chrétiens) pour le vote basé sur les districts. Les mouvements révolutionnaires ne sont pas connus pour changer de dirigeants ou organiser des élections, mais la situation unique dans laquelle se trouvent aujourd’huiles Palestiniens rend obligatoire la participation de tous au processus.

JPEG - 27.2 ko
© Hamed Atta
Les réformes dans le monde arabe, selon la doctrine américaine : l’ancienne enseigne « prison dictatoriale » est rebaptisée « prison démocratique

Pour le mouvement Fatah, c’est un changement majeur. Depuis sa création en 1965, ce mouvement de libération nationale a évité de se laisser entraîner dans un cadre politique ou idéologique. Le dirigeant du Fatah, Yasser Arafat, se mettait souvent en colère quand quelqu’un suggérait que le mouvement devrait se transformer en parti politique. Mais maintenant que Yasser Arafat n’est plus là et que le mouvement vit une longue hibernation, la nécessité d’établir un mécanisme pour désigner les candidats des partis s’est imposée. Suivant l’exemple israélien, les jeunes dirigeants du Fatah ont suggéré que les candidats du mouvement soient choisis lors de primaires. Fort peu d’entre eux savaient ce qu’étaient des primaires et quel système de primaires devrait être utilisé. Est-ce que, par exemple, le public pourra participer aux primaires ou seront- elles limitées aux seuls membres du parti ? Comment décide-t-on des candidats d’un parti qui était jusqu’à peu clandestin ? Même si après les accords d’Oslo la plupart des membres du Fatah sont sortis de la clandestinité, l’Intifada al-Aqsa et la formation des Brigades clandestines al- Aqsa rendent difficile de décider qui est membre ou pas du mouvement. Etant donné que le Fatah n’a jamais été un parti dont on avait la carte, la question d’appartenance ne s’est jamais posée. Une plaisanterie a couru pendant longtemps chez les Palestiniens : quelqu’un qui n’est pas membre d’un groupe donné est considéré comme un sympathisant du Fatah. Une approche aussi laxiste ne fonctionne pas bien sûr quand il faut conduire des primaires. En même temps, tout parti qui veut obtenir de bons résultats dans une élection populaire voudra faire en sorte que le plus d’électeurs possible adhèrent au parti. Finalement la décision a été prise de limiter les candidatures à ceux qui sont actifs dans le mouvement depuis plus de dix ans. La discipline était un autre problème. Lors d’élections passées, un certain nombre de militants du Fatah ont gagné après avoir décidé de se présenter comme indépendants une fois qu’ils avaient compris qu’ils ne seraient pas sur la liste officielle. En conséquence la direction du Fatah a décidé que toute personne qui s’engagera comme candidat pour le mouvement/ parti sera exclue définitivement du parti si il ou elle décide de se présenter comme indépendant après un échec aux primaires.

Beaucoup de décisions relèvent bien entendu du Comité Central du Fatah, dont 15 membres seulement sont encore vivants. Il a aussi été décidé en interne qu’aucun membre du Comité Central qui se présente aux primaires n’aura voix au chapitre en ce qui concerne la liste finale.

Après la tenue des primaires, beaucoup de problèmes imprévus sont apparus, dont le plus important a été les pratiques d’intimidation qui ont eu cours afin de modifier l’ordre sur la liste, et la violence qui est apparue dans le processus des élections internes.

Le Fatah se rapproche de plus en plus du moment où il va devenir un parti politique. Les « souffrances de l’accouchement  » pendant les semaines qui précèdent la création d’une liste définitive du Fatah sera un facteur clé pour savoir de quelle manière ce mouvement révolutionnaire se comportera quand il deviendra un vrai parti ; et donc la forme que prendra la direction du peuple palestinien.

Traduction : Claude Léostic
imrimer cet article Impression
Envoyer par mail
Destinataire  :
(email du destinataire)

De la part de 
(entrez votre nom)

(entrez votre email)






Sur le même sujet :

entretien avec Sébastien Boussois | 8 août 2008

Rania Adel | 5 août 2008

Michel Paul et Karim Lhebour | 4 août 2008

Fares Chahine | 4 août 2008

Benjamin Barthe | 3 août 2008

Associated Press (AP) | 3 août 2008

Karim Lebhour | 31 juillet 2008

Rania Adel | 9 juillet 2008

Hassan Abou-Taleb | 26 juin 2008

Actualités :

5 septembre 2008

Jeff Halper | 5 septembre 2008

Meron Benvenisti | 5 septembre 2008

Abdelkrim Ghezali - La tribune d’Algérie | 4 septembre 2008

Paola - PNN | 4 septembre 2008

Nadia - ASSAWRA | 4 septembre 2008

Rapport hebdomadaire du PCHR | 3 septembre 2008

Fadi Yacoub - PNN | 3 septembre 2008

café "La mer à boire" en collaboration avec Sivan Halévy | 2 septembre 2008

Alain Gresh - Les blogs du Diplo | 2 septembre 2008


L'AFPS soutient le peuple Palestinien dans sa lutte pour la réalisation de ses droits nationaux. Elle agit pour une paix réelle et durable, fondée sur l'application du droit international. Lire la charte
Dans une volonté d'information large, afin que nos lecteurs puissent avoir des outils d'analyse de la situation en Palestine et aussi en Israël, l'Afps traduit et publie des auteurs divers. L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle de l'Afps.
Site conçu avec le logiciel libre SPIP.