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La correspondance entre Hussein et Mac Mahon (1915)
publié le jeudi 17 février 2005 Ce n’est que durant l’été 1915 qu’une correspondance entre Hussein et
Mac Mahon s’engage. Le chérif revendique toute l’Asie arabe et une partie de
l’Anatolie. Le haut-commissaire britannique lui répond le 24 octobre 1915 en
s’appuyant sur les données réunies par ses experts :
« Je me suis rendu compte, cependant, à la lecture de votre dernière lettre, que vous regardez la question [des frontières] comme étant d’une importance des plus vitales et urgentes. C’est pourquoi je n’ai pas perdu de temps pour informer le gouvernement de la Grande-Bretagne du contenu de votre lettre et c’est avec un grand plaisir que je vous communique, en son nom, la déclaration suivante que, j’en suis sûr, vous recevrez avec satisfaction. Les deux districts [vilayets] de Mersine et d’Alexandrette et les parties de la Syrie s’étendant à l’ouest des districts de Damas, Homs, Hama et Alep peuvent pas être définis comme étant purement arabes et doivent être exclus des limites demandées. Avec cette modification, et sans causer de tort aux traités que nous avons signé avec des chefs arabes, nous acceptons ces limites. En ce qui concerne les régions à l’intérieur de ces frontières, là où la Grande-Bretagne est libre d’agir sans porter atteinte aux intérêts de son allié, la France, j’ai le pouvoir, au nom du gouvernement de la Grande-Bretagne, de vous donner les assurances suivantes et de répondre ainsi à votre lettre : 1° Dans le cadre des modifications indiquées ci-dessus, la Grande-Bretagne est prête à reconnaître et à soutenir l’indépendance des Arabes dans toutes les régions à l’intérieur des limites demandées par le chérif de La Mekke. 2° La Grande-Bretagne garantira les Lieux saints contre toute agression extérieure et reconnaîtra leur inviolabilité. 3° Quand la situation l’impliquera, la Grande-Bretagne donnera aux Arabes ses conseils et les assistera dans l’établissement de ce qui peut apparaître comme les formes les plus appropriées de gouvernement dans ces territoires variés. 4° D’un autre côté, il est compris que les Arabes ont décidé de rechercher l’avis et la direction de la Grande-Bretagne seule, et que les conseillers européens et les fonctionnaires qui peuvent être nécessaires pour la formation d’une bonne forme d’administration seront britanniques. 5° En ce qui concerne les vilayets de Bagdad et Basra, les Arabes reconnaîtront que la position établie et les intérêts de la Grande- Bretagne nécessitent des arrangements administratifs spéciaux afin de protéger ces territoires de toute agression étrangère, de promouvoir le bien-être des populations et de sauvegarder nos intérêts économiques mutuels. Je suis convaincu que cette déclaration vous assurera sans doute possible de la sympathie de la Grande-Bretagne envers les aspirations de ses amis les Arabes et qu’il en résultera une ferme et durable alliance dont les premiers résultats seront l’expulsion des Turcs des pays arabes et la libération des peuples arabes du joug turc, qui a, pendant de si nombreuses années, pesé lourdement sur eux. » Avec cette lettre, on entre dans un imbroglio qui va être lourd de conséquences pour l’avenir de la Palestine. Mac Mahon est de bonne foi en considérant que les territoires à l’ouest de Damas, Homs, Hama et Alep, ne sont pas « purement arabes ». Pour lui, il s’agit de régions levantines. Dans cette logique, la Palestine, qu’il n’a pas nommée, n’est pas comprise dans la zone accordée aux Hachémites. Cette ligne est d’autant plus mal déterminée que dans le texte arabe, le terme « district » est traduit par « vilayet » : or s’il existe des vilayets de Beyrouth, Damas et Aleps, il n’en existe pas pour Homs et Hama. On doit logiquement comprendre alors le sens de « district » par celui de « région urbaine », mais ce ne sera pas, on le verra l’interprétation que les Britanniques lui donneront après la guerre. Dans sa réponse du 5 novembre, le chérif accepte le retranchement des territoires turcophones d’Anatolie, mais exprime son incompréhension par rapport à la Syrie : « Les deux vilayets d’Alep et de Beyrouth et leurs façades littorales sont des vilayets purement arabes et il n’y a pas de différence entre un musulman et un chrétien arabe : ils descendent tous deux d’un même ancêtre. » Le chérif se réfère à la carte administrative de la Syrie ottomane et rapporte la seule définition correcte de l’« arabité » selon la culture arabe : est arabe toute personne de généalogie arabe. Dans sa réponse du 14 décembre 1915, la dernière à évoquer les questions territoriales, Mac Mahon enregistre l’accord concernant les régions de peuplement turc et indique la satisfaction que lui procure la référence à l’égalité des droits entre chrétiens et musulmans. En introduisant une nouvelle confusion, il reprend les termes du chérif : « En ce qui concerne les vilayets d’Alep et de Beyrouth, le gouvernement de la Grande-Bretagne a pleinement compris et a enregistré avec soin vos remarques, mais comme les intérêts de notre alliée, la France, sont concernés dans ces deux [vilayets], la question mérite une étude attentive et nous vous en informerons au moment approprié. » Cette fois la référence entre « purement arabe » et « non purement arabe » n’est pas introduite et la ligne Damas-Homs-Hama-Alep n’est pas mentionnée. La Palestine en tant que sandjak de Jérusalem n’est pas comprise dans la zone concernée par les intérêts français. SOURCE : Henry Laurens, Le retour des exilés, Laffont, 1998, pp. 175-178.
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