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D’abord le gel des colonies
publié le vendredi 30 janvier 2009

Gershom Gorenberg
 
Obama est en mesure de forcer la main au gouvernement Olmert. Car l’électorat juif, qui a voté pour lui, ne soutient plus aussi aveuglément la politique belliqueuse d’Israël.

Sur le plan diplomatique, le moment semblait bien choisi pour faire la guerre. Le président américain amoureux des actions militaires était toujours au pouvoir, bien qu’en train de disparaître dans l’ombre. Le nouveau, dynamique et populaire, n’avait pas encore pris ses fonctions. Il n’y avait personne pour se mêler de nos affaires, pour nous contraindre à arrêter.

On ne sait pas si le triumvirat Olmert-Livni-Barak [1] a délibérément choisi ce moment. Si oui, c’est déjà l’une des erreurs de cette guerre – et peut-être le seul mauvais calcul bienvenu. Car, au lieu d’empêcher une intervention américaine, la décision de partir en guerre à la veille de l’investiture de Barack Obama va peut-être obliger celui-ci à faire pression pour obtenir une solution diplomatique.

Les experts en politique étrangère du camp Obama débattent depuis quelques mois de l’utilité ou non de lancer une nouvelle initiative de paix. Pour Robert Malley, connu pour être le plus pacifiste de l’équipe de paix de Bill Clinton, cela ne servirait à rien. Dans un article écrit avec Hussein Agha et publié dans The New York Review of Books, il avance que la faiblesse du leadership israélien et la division des Palestiniens empêchent actuellement toute solution à deux Etats. L’ancien ambassadeur Martin Indyk – qui devrait rejoindre le gouvernement Obama – est d’un avis contraire et évoque dans Foreign Affairs, avec Richard Haass, “le besoin urgent d’une action diplomatique”. On ne saurait ignorer le Moyen-Orient, ajoute-t-il, car “celui-ci s’imposera de lui-même à l’agenda présidentiel”.

Un nouveau président ne risquera pas une confrontation avec Israël

La guerre à Gaza démontre la validité de la thèse d’Indyk. Après des années de négligence pendant le mandat de Bush, le conflit israélo-palestinien vient d’éclater à nouveau, sur le seuil d’Obama cette fois. Des photos sinistres apparaissent dans les médias. Les relations entre Israël et la Turquie, deux alliés des Etats-Unis, s’effondrent. Même s’il veille à ne pas intervenir en matière de politique étrangère avant son investiture, Obama a promis la semaine dernière que son équipe “s’engagerait immédiatement dans le processus de paix au Moyen-Orient”. Lors de son audition de confirmation pour le poste de secrétaire d’Etat, Hillary Clinton a évoqué “les coûts humanitaires tragiques” supportés par les habitants de Gaza et la détermination du futur gouvernement à “rechercher un accord de paix”.

L’opinion américaine a beau continuer à soutenir Israël, on ne peut plus partir du principe qu’elle soutient aveuglément sa politique belliqueuse, même dans la communauté juive. J Street, nouveau groupe de pression pacifiste pro-israélien, a dépassé toutes ses attentes dans la collecte de fonds pour les candidats au Congrès. On compte des Juifs parmi les experts qui demandent que les Etats-Unis aient une approche plus équilibrée vis-à-vis d’Israël. Roger Cohen, du New York Times, a écrit récemment que la guerre de Gaza le déprimait et lui faisait honte. Matthew Yglesias, un jeune blogueur influent, a demandé aux Etats-Unis de faire pression sur Israël pour le gel des colonies.

L’inaptitude des partis politiques arabes va probablement accroître le malaise des Juifs de gauche. On peut en dire autant des déclarations du Premier ministre israélien, qui se vante de pouvoir modifier la position des Etats-Unis au Conseil de sécurité – ce qui confortera ceux qui affirment que c’est Israël qui contrôle la politique étrangère américaine. Dans ces circonstances, Obama peut raisonnablement espérer réunir un soutien pour une initiative diplomatique ferme. Comme il faut une pression extérieure pour détacher Israël des Territoires [occupés], on a là une évolution positive – même si le triumvirat n’a pas songé un instant que ce serait une des conséquences de cette guerre qui tombait si bien.

[1] Respectivement Premier ministre, ministre des Affaires étrangères et ministre de la Défense d’Israël.

Gershom Gorenberg publié par Ha’Aretz et en français par Courrier international

http://www.courrierinternational.com/article.asp ?obj_id=93748

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