Washington en mal de cré­di­bilité dans la réso­lution du conflit israélo-​​palestinien

Rania Massoud, dimanche 12 octobre 2008

Pour Robert Malley, ancien assistant de Bill Clinton pour les affaires du Moyen-​​Orient, les États-​​Unis ont beaucoup à faire pour res­taurer leur image dans le monde arabe.

Avec l’approche de l’élection pré­si­den­tielle amé­ri­caine, tous les efforts de paix entrepris der­niè­rement au Proche-​​Orient semblent en suspens. D’une part, les Syriens attendent le départ de l’administration Bush pour éven­tuel­lement entre­prendre des négo­cia­tions directes avec l’État hébreu sur le plateau du Golan. D’autre part, le dossier israélo-​​palestinien, depuis la confé­rence d’Annapolis, est au point mort en attendant l’intronisation d’un nouveau pré­sident américain.

Des accords de Camp David de 1978 à la confé­rence d’Annapolis de 2007, en passant par la confé­rence de Madrid, les accords d’Oslo et le second sommet de Camp David, en 2000, les Amé­ri­cains ont joué un rôle essentiel pour la réso­lution du conflit israélo-​​arabe. Mais Washington est-​​il pour autant un médiateur cré­dible au Proche-​​Orient ?

Selon Robert Malley, ancien conseiller de l’ex-président Bill Clinton, les États-​​Unis doivent tirer les leçons du passé pour res­taurer leur image dans le monde arabe. « Pendant huit ans, l’administration amé­ri­caine a essayé, à maintes reprises, de changer la donne au Proche-​​Orient, notamment avec l’invasion de l’Irak, après les attentats du 11-​​Septembre », a indiqué M. Malley lors d’une confé­rence qui s’est tenue jeudi à l’American Uni­versity of Beirut. Et ce n’est qu’en 2007, un an avant la fin du mandat du pré­sident George W. Bush, « que l’Amérique a repris son tra­di­tionnel rôle de médiateur dans le dossier israélo-​​palestinien avec, notamment, l’organisation de la confé­rence d’Annapolis ». « Mais, entre-​​temps, a-​​t-​​il pour­suivi, l’image des États-​​Unis dans le monde arabe a beaucoup perdu de sa crédibilité. »

Selon M. Malley, qui est également directeur du pro­gramme Moyen-​​Orient/​Afrique du Nord à l’International Crisis Group, « le dernier sommet de Camp David repré­sente le dernier effort sérieux des Amé­ri­cains pour la réso­lution du conflit israélo-​​palestinien ». Bien que le sommet en question ait été un échec, a-​​t-​​il déclaré, Camp David aurait pu déboucher sur la paix tant attendue. « Bien sûr, en ce temps-​​là, ni l’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak ni l’ex-président de l’Autorité pales­ti­nienne, Yasser Arafat, n’étaient prêts à faire des conces­sions, a sou­ligné M. Malley, mais ce sont essen­tiel­lement les États-​​Unis qui ont raté une oppor­tunité en or. »

Selon l’expert, Washington ne possède tou­jours pas une vision claire pour la réso­lution du conflit israélo-​​arabe et a ainsi du mal à s’imposer comme un véri­table acteur dans la région. Parmi les raisons qui expliquent cet « échec cuisant », a expliqué M. Malley, figure l’alliance stra­té­gique israélo-​​américaine. « Au Proche-​​Orient, Washington agit en mes­sager pour l’État hébreu et non pas en médiateur cré­dible, a-​​t-​​il sou­ligné. Aux yeux des Arabes, toute idée amé­ri­caine a cer­tai­nement été concoctée par les Israé­liens, ce qui affaiblit la position des États-​​Unis dans la région. » Mais, a-​​t-​​il pour­suivi, l’alliance avec Israël peut ne pas être perçue comme un obs­tacle si les Amé­ri­cains se dotent d’une stra­tégie qui leur est propre.

Tou­jours selon M. Malley, Washington doit limiter son obsession pour la poli­tique israé­lienne et cesser ses ingé­rences dans les affaires pales­ti­niennes, car cette poli­tique a prouvé son échec. Les États-​​Unis doivent également impliquer encore plus les autres pays arabes dans le pro­cessus de paix, comme cela a été fait lors de la réunion d’Annapolis. « C’est une question de confiance, estime M. Malley. La psy­cho­logie joue un rôle essentiel dans les négo­cia­tions de paix, il faut que tous les acteurs aient le sen­timent d’être gagnants. »