Vols de terre et expulsions

Saed Bannoura, lundi 13 mars 2006

Que ce soit par ordres mili­taires d’expulsion ou par de dou­teuses tran­sac­tions long­temps gardées secrètes, les Pales­ti­niens conti­nuent à être dépos­sédés de leurs terres.

L’armée israélienne va annexer des vastes zones près de Beit Jala

Dimanche 12 mars les soldats israé­liens ont dis­tribué à plu­sieurs habi­tants de Beit Jala, près de Bethléem, des ordres mili­taires les informant de l’intention de l’armée d’annexer des zones agri­coles impor­tantes près de la ville. Le Comité popu­laire de Défense de la Terre à Bethléem précise que les ordres concernent 9 dunums de terre agricole dans une zone et 170 (17 hec­tares) dans une autre proche de la route des colons n° 60 [1] près de la ville.

Le Comité a demandé aux négo­cia­teurs pales­ti­niens de sou­mettre la question du vol de terre et de l’extension des colonies à la CIJ [2] à La Haye.

Le Comité ajoute que ces ordres mili­taires violent les accords signés entre Israël et l’Autorité pales­ti­nienne. Il faut noter qu’après que la construction du mur d’annexion sera finie, les habi­tants de Beit Jala n’auront plus aucun accès à leurs vergers

Des fuites révèlent l’achat illégal de terres alors que les diri­geants israé­liens pla­ni­fient l’extension des colonies de Cisjordanie.

Malgré des pres­sions amé­ri­caines, Israël va continuer à construire la zone E1 entre la colonie illégale de Maale Adumim et Jéru­salem et continuer l’annexion de la Cis­jor­danie (voir article )

Selon Olmert, « il est incon­ce­vable de dire que Maale Adumim fait partie de l’état d’Israël et de la laisser isolée comme une île ou une enclave. Il est clair que la conti­nuité (ter­ri­to­riale) entre Jéru­salem et Maale Adumim sera une zone construite. C’est clair pour les Pales­ti­niens et pour les Amé­ri­cains. A ce que je sais, il y a un consensus total en Israël à ce sujet ». A propos du res­pon­sable du parti de gauche Meretz, Olmert a indiqué « même Beilin, avec qui je suis en général tou­jours en désaccord, a déclaré que Maale Adumim devait rester dans Israël ».

Il a ajouté que « le tracé de la bar­rière -jusqu’à présent une bar­rière de sécurité-​​ se confondra avec le tracé de la fron­tière per­ma­nente. Il se peut que dans quelques cas nous dépla­cions la bar­rière vers l’est, d’autres vers l’ouest, selon ce que nous déci­derons de faire ».

Olmert a promis que son parti, Kadima, s’il gagne les élec­tions (du 28 mars), prendra des mesures déci­sives pour ren­forcer « Israël en tant qu’état juif avec une majorité juive solide et stable, une majorité qui ne sera pas en danger ». Le principe de base pour déli­miter les fron­tières per­ma­nentes sera de « regrouper les habi­tants isolés des colonies éloi­gnées dans les grands blocs de colonies et d’agrandir ces blocs [3] ».

Olmert a refusé de pré­ciser ce que serait le gou­ver­nement de coa­lition si Kadima gagnait l’élection. Il a indiqué qu’il ne dis­qua­li­fierait aucun parti juif sio­niste et qu’il n’inviterait aucun parti arabe dans la coalition.

Par ailleurs jeudi 9 mars des docu­ments hau­tement confi­den­tiels du Ministère de la Justice qui datent du début des années 1990 et dont des copies ont été envoyées au Ministère de la défense, de la Justice, du Logement de même qu’au Pro­cureur général, confirment l’existence d’un vaste réseau de liens entre les gou­ver­ne­ments Likoud et tra­vailliste, des agences de vente et des asso­cia­tions de colons dans le but d’acquérir de la terre en Cisjordanie.

Les docu­ments ont été pré­sentés à la Haute Cour de Justice lors d’auditions de péti­tions déposées par des habi­tants de Bil’in et l’organisation Peace Now contre la construction de cen­taines de loge­ments sur les terres du village et le long du tracé du mur qui les coupe en deux.

Dans une lettre hau­tement confi­den­tielle envoyée en novembre 1990 à Plia Albeck, coor­di­nateur des acti­vités dans les ter­ri­toires, res­pon­sable du dépar­tement civil au bureau du pro­cureur général, il est écrit : « comme cette région a été appa­remment achetée par la com­pagnie Hakeren qui en consé­quence détient les droits sur cette zone et qui a demandé au contrôleur des pro­priétés du gou­ver­nement de la gérer, il semble ainsi que cette zone soit la pro­priété du gou­ver­nement ». Bien que la haute repré­sen­tante du Ministère de la Justice ne soit pas convaincue que Hakeren a vraiment acheté cette terre de façon légale, comme le prouve l’utilisation qu’elle fait des mots « appa­remment, il semble », elle permet pourtant que la zone soit déclarée « pro­priété du gouvernement ».

Albeck demande que ceci reste tota­lement confi­dentiel, affirmant que la révé­lation des tran­sac­tions peut mettre les colons en danger de mort. Il faut noter que l’une des parties à la tran­saction est Shmuel Einav, vendeur de ter­rains, dont le nom est lié au procès d’ Aryeh Deri à propos d’un marché concernant Har Shmuel, un quartier de Jéru­salem où les terres pales­ti­niennes ont été acquises à l’aide de docu­ments falsifiés.

L’armée israé­lienne com­mence à mettre en pra­tique un plan pour isoler des terres près d’Hébron(2 mars 2006)

Un projet pour isoler environ 80.000 dunums de terre pales­ti­nienne appar­tenant à des habi­tants de plu­sieurs vil­lages et villes au sud d’Hébron dans le sud de la Cis­jor­danie, est en cours d’exécution.

L’armée a placé des marques et des blocs de béton sur une zone qui s’étend sur 32 km, à partir de la colonie de Carmel, construite sur les terres du village pales­tinien de Yatta, jusqu’à Wadi Al Khaleel, au sud du village de Al Sammoa.

Abdul-​​Hadi Hantash, un expert de cartes et des colonies, affirme que ce projet a pour but d’isoler des dizaines de mil­liers de dunums afin de mettre en appli­cation des ordres mili­taires émis il y a deux mois.

Ces ordres com­prennent la construction de murs sur les bords des routes 60 et 317. Ces murs érigés entre les routes de colons et le Mur d’annexion iso­leront environ 3000 habitants.

[1] les "routes de colons " sont des voies réservées aux colons et soldats, reliant les colonies entre elles et inter­dites aux Palestiniens

[2] Cour inter­na­tionale de Justice

[3] Gush Etzion , Ariel, Jéru­salem et ses environs, Ma’ale Adumim