Vingt ans après la Décla­ration d’ Indé­pen­dance : pré­oc­cu­pation accrue quant aux divi­sions internes et à Jérusalem

PNN, dimanche 16 novembre 2008

Malgré l’occupation et le siège imposé par Israël, il y a tout juste 20 ans le Pré­sident Arafat décidait de déclarer l’indépendance de la Palestine. C’est à Alger en 1988 (le 15 novembre) qu’Arafat, pré­sident du Comité exé­cutif de l’OLP, a pro­noncé la Décla­ration d’Indépendance de la Palestine [1].

Aujourd’hui c’est avec tris­tesse, à cause de la frag­men­tation de la situation interne, que les Pales­ti­niens com­mé­morent cet anniversaire. Copie de la Déclaration d'Indépendance

A cette occasion, PNN s’est entretenu avec des diri­geants des partis de gauche comme ceux du Fatah et du Hamas.

Walid Awad, membre du Bureau poli­tique du Parti du Peuple pales­tinien (PPP), en profite pour appeler à une rééva­luation du pro­cessus poli­tique pales­tinien. Il a affirmé que les divi­sions étaient un grave pro­blème et ajouté que l’agenda pales­tinien devait se recentrer sur la res­tau­ration des prin­cipes de base et un agenda qui inclue un front uni contre l’occupation. La situation actuelle a créé un vrai dilemme et amené à une impasse, a-​​t-​​il dit.

Khalida Jarrar, membre du Conseil légis­latif et du Bureau poli­tique du Front popu­laire de Libé­ration de la Palestine (FPLP), a insisté sur les condi­tions extrê­mement dif­fi­ciles aux­quelles est confrontée la popu­lation : “Tout d’abord la per­pé­tuation de l’occupation qui impose des faits sur le terrain. Il y a le Mur, les arres­ta­tions, les assas­sinats, la judaï­sation de Jéru­salem et le siège de Gaza”. “Le second pro­blème auquel est confrontée la popu­lation, c’est la division pales­ti­nienne. Notre peuple n’a jamais vécu de moment plus difficile.”

Jarrar a ajouté : « Nous espérons en célé­brant cette journée que nous pouvons arriver à une réelle indé­pen­dance de notre Etat, à la pleine sou­ve­raineté et à une société démo­cra­tique plu­ra­liste où femmes et hommes seront égaux dans la justice sociale.”

Elle a affirmé que dans ce contexte les ten­sions infligées à l’unité doivent être sur­montées afin de défendre les droits inalié­nables du peuple, dont le droit au retour des réfugiés.

Hassan Khreisheh, vice-​​président du Conseil légis­latif pales­tinien a déclaré que le peuple pales­tinien d’aujourd’hui a moins d’espoir qu’il y a vingt ans. “Les divi­sions augurent mal de l’accès à l’établissement imminent d’un Etat pales­tinien avec Jéru­salem comme capitale. La dif­fé­rence entre alors et aujourd’hui c’est qu’en 88 nous avions l’espoir de réa­liser notre rêve d’un Etat pales­tinien indé­pendant avec Jéru­salem comme capitale. Aujourd’hui il s’est bien éloigné. La division fait beaucoup de mal à la Palestine.”

Hussein Al Sheikh, res­pon­sable des Affaires Civiles de l’Autorité nationale pales­ti­nienne et l’un des diri­geants du Fatah, était pes­si­miste. Il a dit à PNN :“Cet anni­ver­saire est empli de douleur et de bles­sures amères au milieu des grands défis de notre vie. L’une des dif­fi­cultés majeures ce sont les négo­cia­tions avec Israël qui ont atteint une impasse. Et puis la situation interne avec l’ombre de la division qui plane au dessus de nous.”

Al Sheikh a dit aussi qu’il y a 20 ans, “la volonté de notre peuple était centrée sur un Etat pales­tinien indé­pendant avec Jéru­salem comme capitale, la fin de l’occupation et l’extension de notre autorité sur tout le ter­ri­toire de 1967.”

“Mais aujourd’hui ” dit-​​il, “l’anniversaire est lourd d’incertitude sur la pour­suite du conflit avec l’occupation qu’est la judaï­sation de Jérusalem.”

Al Sheikh a ajouté, “En même temps la blessure de la fracture interne perdure. On ne voit aucune indi­cation sérieuse d’une quel­conque pos­si­bilité de mettre fin à la division dans un avenir proche, par­ti­cu­liè­rement après l’échec du Caire [2]. Le refus du Hamas de venir à la table de négo­ciation a creusé la plaie. En même temps l’occupant continue à consacrer tout son temps à la colo­ni­sation et à la judaï­sation de Jéru­salem. Il existe tant de fac­teurs négatifs qui affligent notre peuple.” Le res­pon­sable des Affaires Civiles a conclu ses com­men­taires à PNN en exprimant l’espoir que le pro­chain anni­ver­saire de la décla­ration d’Indépendance verrait refermée la plaie interne « dont l’absence nous per­met­trait de trouver comment mettre fin à l’occupation de notre ter­ri­toire de 1967 [3].”

Ghazi Hamad, diri­geant du Hamas à Gaza, a déclaré avec insis­tance que la plus grande pré­oc­cu­pation était la cause nationale. Il a dit à PNN que la lutte interne avait affaibli la pos­si­bilité de libé­ration nationale. Hamad a appelé “tout le monde à inten­sifier les efforts et les ren­contres afin de se défaire des conflits internes ,” ajoutant “le sort de notre peuple en dépend.”

Le diri­geant du Hamas a également remarqué que “la situation pales­ti­nienne est pleine de pièges” en réfé­rence au schisme qui existe dans ce qui devrait être une vision par­tagée. “Nous devons être clairs afin de pouvoir gérer le conflit avec occu­pation. L’usage de la force pour résoudre les pro­blèmes internes a affaibli la capacité des Pales­ti­niens à obtenir des succès.”

Il a remarqué que “puisque toutes les fac­tions et tous les partis pales­ti­niens parlent de Jéru­salem, capital éter­nelle de l’Etat pales­tinien, il nous faut donc tra­vailler dans ce but avec un pro­gramme accep­table par tous.”


Décla­ration d’indépendance de l’État de Palestine (15 novembre 1988)

  La XIXe session du Conseil national pales­tinien décla­ration d’indépendance, Alger 15 novembre 1988

(extraits) En dépit de l’injustice his­to­rique imposée au peuple arabe pales­tinien qui a abouti à sa dis­persion et l’a privé de son droit à l’autodétermination, au len­demain de la réso­lution 181 (1947) de l’Assemblée générale des Nations unies recom­mandant le partage de la Palestine en deux Etats, l’un arabe et l’autre juif, il n’en demeure pas moins que c’est cette réso­lution qui assure, aujourd’hui encore, les condi­tions de la légi­timité inter­na­tionale qui garan­tissent également le droit du peuple arabe pales­tinien à la sou­ve­raineté et à l’indépendance. (…)

Avec l’intifada et l’expérience révo­lu­tion­naire accu­mulée, le peuple pales­tinien est parvenu au seuil d’un tournant his­to­rique décisif. Le peuple arabe pales­tinien réaf­firme aujourd’hui ses droits inalié­nables et leur exercice sur le sol palestinien :

Confor­mément aux droits naturels, his­to­riques et légaux du peuple arabe pales­tinien à sa patrie, la Palestine, et fort des sacri­fices des géné­ra­tions suc­ces­sives de Pales­ti­niens pour la défense de la liberté et de l’indépendance de leur patrie,

Sur la base des résolutions des Sommets arabes,

En vertu de la pri­mauté du droit et de la légalité inter­na­tionale incarnée par les réso­lu­tions de l’Organisation des Nations unies depuis 1947, Exerçant le droit du peuple arabe pales­tinien à l’autodétermination, à l’indépendance poli­tique et à la sou­ve­raineté sur son sol,

Le Conseil national pales­tinien, au nom de Dieu et du peuple arabe pales­tinien, pro­clame l’établissement de l’État arabe de Palestine sur notre terre pales­ti­nienne, avec pour capitale Jéru­salem AI-​​Qods AI-​​Sharif L’État de Palestine est l’État des Pales­ti­niens où qu’ils soient. C’est dans ce cadre qu’ils pourront déve­lopper leur identité nationale et cultu­relle, jouir de la pleine égalité des droits, pra­tiquer librement leurs reli­gions et exprimer sans entraves leurs convic­tions politiques.

Là sera res­pectée leur dignité humaine dans un régime par­le­men­taire démo­cra­tique fondé sur la liberté de pensée, la liberté de constituer des partis, le respect par la majorité des droits de la minorité, et le respect par la minorité des déci­sions de la majorité. Ce régime sera fondé sur la justice sociale, l’égalité et l’absence de toute forme de dis­cri­mi­nation sur la base de la race, de la religion, de la couleur ou du sexe, dans le cadre d’une consti­tution qui garantit la pri­mauté de la loi et l’indépendance de la justice, et en totale fidélité à l’égard des tra­di­tions spi­ri­tuelles pales­ti­niennes, tra­di­tions de tolé­rance et de coha­bi­tation géné­reuse entre les com­mu­nautés reli­gieuses à travers les siècles. [ … La réso­lution poli­tique (extraits)[ … Au moment où le Conseil national pales­tinien observe avec une pré­oc­cu­pation pro­fonde la montée des forces du fas­cisme et de l’extrémisme israélien, et la recru­des­cence de cam­pagnes déclarées pour appliquer une poli­tique d’extermination et d’expulsion, indi­vi­duelle ou col­lective, à l’égard de notre peuple, il appelle à ren­forcer l’action et les efforts à tous les niveaux pour s’opposer à ce danger fas­ciste. Simul­ta­nément le Conseil exprime son appré­ciation pour le rôle et le courage des forces de paix israé­liennes dans leur déter­mi­nation à s’opposer et à dénoncer les forces fas­cistes, racistes et agres­sives, et dans leur appui à la lutte de notre peuple pales­tinien, à son sou­lè­vement, à son droit à l’autodétermination et à l’édification de son Etat indé­pendant. Le Conseil réaf­firme ses réso­lu­tions anté­rieures pour ren­forcer et déve­lopper les rela­tions avec ces formes démo­cra­tiques. Le Conseil national pales­tinien s’adresse à tous les milieux du peuple amé­ricain pour leur demander d’œuvrer en vue de mettre un terme à la poli­tique de l’administration amé­ri­caine qui continue de nier les droits nationaux du peuple pales­tinien, y compris son droit sacré à l’autodétermination. Il exhorte le peuple amé­ricain à œuvrer pour l’adoption de poli­tiques qui soient conformes aux droits de l’homme, aux chartes et réso­lu­tions inter­na­tio­nales et qui servent les efforts pour l’instauration de la paix au Moyen-​​Orient et la sécurité pour tous les peuples, y compris le peuple palestinien [ … ].

[ … ] De par sa res­pon­sa­bilité à l’égard de son peuple, de ses droits nationaux et de son désir de paix fondé sur la Décla­ration d’indépendance du 15 novembre 1988, et en accord avec la volonté de l’humanité de ren­forcer la détente inter­na­tionale et le désar­mement nucléaire et de régler les conflits régionaux par des moyens paci­fiques, le Conseil national pales­tinien affirme la déter­mi­nation de l’OLP de par­venir à une solution poli­tique globale du conflit israélo-​​arabe, dont l’essence est la question pales­ti­nienne, dans le cadre de la Charte des Nations unies, des dis­po­si­tions de la légalité inter­na­tionale, des prin­cipes et des règles de droit inter­na­tional, des réso­lu­tions des Nations unies dont les der­nières en date sont les réso­lu­tions du Conseil de sécurité n°605, 607 et 608, et des réso­lu­tions des Sommets arabes, de façon à garantir les droits du peuple arabe de Palestine au retour, à l’autodétermination et à l’édification de son État indé­pendant sur sa terre nationale, ainsi qu’à mettre en place les dis­po­sitifs de paix et de sécurité pour tous les États de la région.

Pour la réa­li­sation de cet objectif, le Conseil national pales­tinien affirme la nécessité de :

1. Réunir une confé­rence inter­na­tionale dotée de pou­voirs et consacrée à la question du Moyen-​​Orient, dont l’essence est la question pales­ti­nienne, sous la super­vision des Nations unies, et avec la par­ti­ci­pation des membres per­ma­nents du Conseil de sécurité et de la totalité des parties en conflit dans la région, y compris l’OLP, repré­sentant unique et légitime du peuple pales­tinien, sur un pied d’égalité avec les autres par­ti­ci­pants étant entendu que la confé­rence inter­na­tionale se tiendra sur la base des réso­lu­tions 242 et 338 du Conseil de sécurité et de la garantie des droits nationaux légi­times du Peuple pales­tinien, en par­ti­culier son droit à l’autodétermination, confor­mément aux prin­cipes et aux dis­po­si­tions de la Charte des Nations unies à propos du droit des peuples à dis­poser d’eux-mêmes et de l’inadmissibilité de l’acquisition de ter­ri­toires d’autrui par la fore ou l’invasion mili­taire et sur la base des réso­lu­tions Nations unies rela­tives à la question palestinienne.

2. Assurer le retrait d’Israël de tous les Ter­ri­toires arabes occupés en 1967, y compris la Jéru­salem arabe

3. Annuler toutes les mesures de rat­ta­chement et d’annexion et déman­teler les colonies établies par Israël dans les Ter­ri­toires pales­ti­niens et arabes depuis 1967.

4. Agir pour mettre les Ter­ri­toires pales­ti­niens occupés, y compris la Jeru­salem arabe, sous la super­vision des Nations unies durant une période limitée, en vue d’assurer la pro­tection de notre peuple et de créer un climat favo­rable au succès des travaux de la confé­rence inter­na­tionale, pour par­venir à un règlement poli­tique global, garantir la sécurité et la paix pour tous, fondée sur l’acceptation et la satis­faction réci­proques, et per­mettre à l’État pales­tinien d’exercer son pouvoir effectif sur ces territoires.

5. Résoudre la question des réfugiés pales­ti­niens confor­mément aux réso­lu­tions des Nations unies rela­tives à cette question.

6. Garantir la liberté de culte dans les Lieux saints de Palestine aux fidèles de toutes les religions.

7. Faire établir par le Conseil de sécurité, et sous sa garantie, les dis­po­sitifs de sécurité et de paix pour tous les États concernés de la région, y compris l’État de Palestine.

Le Conseil national Pales­tinien réaf­firme ses réso­lu­tions anté­rieures concernant la relation pri­vi­légiée qui lie les peuples-​​frères jor­danien et pales­tinien. Les rap­ports ulté­rieurs entre les États de Jor­danie et de Palestine seront fondés sur des bases confé­dé­rales et sur la base de l’ adhésion libre et volon­taire des deux peuples-​​frères en vue de ren­forcer leurs liens his­to­riques et leurs intérêts communs vitaux.

Le Conseil national pales­tinien renou­velle son adhésion aux réso­lu­tions des Nations unies sur le droit des peuples à résister à l’occupation étrangère, au colo­nia­lisme, à la dis­cri­mi­nation raciale et à lutter pour leur indé­pen­dance. De même, le Conseil national pales­tinien pro­clame, encore une fois, son rejet du ter­ro­risme sous toutes ses formes, y compris le ter­ro­risme d’Ftat, confor­mément à ses réso­lu­tions anté­rieures à ce sujet à la réso­lution du Sommet arabe d’Alger de 1988, aux réso­lu­tions des Nations unies n° 421159 de 1987 et n° 61140 de 1985, à la décla­ration du Caire du 7 novembre 1985. [ … 1 Le Conseil national pales­tinien adresse son profond remer­ciement à tous les États, forces et orga­ni­sa­tions inter­na­tio­nales qui sou­tiennent les droits nationaux pales­ti­niens. Il réaf­firme sa volonté de ren­forcer les liens d’amitié et de coopé­ration avec l’Union sovié­tique amie, avec la Chine popu­laire amie, les autres États socia­listes, les États non alignés, les États musulmans, les États d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine ainsi que tous les autres pays amis.

Le Conseil national pales­tinien observe avec satis­faction les signes d’une évolution positive dans l’attitude de cer­tains États euro­péens et du Japon, sur la voie d’un plus grand soutien aux droits du peuple pales­tinien. Il salue cette évolution et appelle à redoubler les efforts pour l’approfondir.  [4

[1] rédigée par Mahmoud Darwich

[2] des négo­cia­tions Fatah -Hamas devaient se tenir en Egypte la semaine der­nière mais le Hamas a décliné au motif que la pré­si­dence pales­ti­nienne dirigée par le Fatah refusait le dia­logue en ne relâ­chant pas des pri­son­niers du hams. L’ANP quant à elle affirme qu’il ne s’agit pas de pri­son­niers détenus pour leur appar­te­nance au Hamas qu’elle accuse de tor­piller le dialogue.

[3] la Cis­jor­danie dont Jéru­salem -Est et la bande de Gaza

[4] Monde diplo­ma­tique, voir sur le site de l’Afps :

http://​www​.france​-palestine​.org/​a​r​t​i​c​l​e​1637​.html