Vers la pose de l’ultime verrou dans le blocus imposé aux Palestiniens

Kharroubi Habib, mardi 19 janvier 2010

Les Euro­péens ont ces jours-​​ci averti la com­mu­nauté inter­na­tionale qu’ils ne main­tien­draient pas leur très haut niveau d’aide à l’Autorité pales­ti­nienne - environ un mil­liard d’euros annuel­lement - sans progrès dans le pro­cessus de paix.

La mise en garde euro­péenne se veut une pression sur les Etats-​​Unis qui ne par­viennent pas à relancer ce pro­cessus de paix bloqué par le refus d’Israël à donner suite aux exi­gences préa­lables à sa pour­suite posées par l’Autorité pales­ti­nienne et sou­tenues par l’ensemble de la com­mu­nauté inter­na­tionale. Sauf que si l’Union euro­péenne met à exé­cution son intention, ce ne sont ni les Etats-​​Unis ni Israël qui en pâtiront mais le peuple palestinien.

Il est normal que les Euro­péens demandent « des avancées poli­tiques » dans le conflit israélo-​​palestinien en contre­partie de leur contri­bution finan­cière. L’on com­prend qu’ils doivent rendre compte à leurs opi­nions publiques du pourquoi de leur important enga­gement financier dans l’affaire.

Mais est-​​ce le seul moyen dont dispose l’Union euro­péenne pour faire pression sur le cours des évène­ments en Palestine ? Pourquoi ne met-​​elle pas dans la balance la menace de réviser ses contri­bu­tions à l’égard de l’Etat hébreu et de sa coopé­ration avec lui ? Ce qui serait en cohé­rence avec la logique qu’il faut faire pression sur la partie qui bloque ce pro­cessus de paix qu’elle vou­drait voir relancé. A tout prendre, le désen­ga­gement financier de l’Union euro­péenne à l’égard de l’Autorité pales­ti­nienne arrange les affaires du gou­ver­nement sioniste.

Au sens où il affai­blirait encore plus cette Autorité qui serait alors en situation d’être contrainte de céder aux diktats israé­liens. N’est-ce pas là fina­lement la moti­vation secrète de l’avertissement européen ?

Un taris­sement de l’aide euro­péenne en faveur de l’Autorité et du peuple pales­ti­niens aura pour effet de rendre encore plus dra­ma­tique la situation dans les ter­ri­toires occupés, d’autant que, comme le recon­naissent ses porte-​​parole, celle des Etats arabes « n’est pas à la hauteur de leurs pro­messes ». Privés de l’aide inter­na­tionale, les Pales­ti­niens seront tota­lement dépen­dants pour leur survie de l’ennemi sio­niste, dont on mesure le degré d’inhumanité dans ses rap­ports avec eux.

Répétons-​​le : l’Union euro­péenne et la com­mu­nauté inter­na­tionale ont toutes raisons d’exprimer de l’impatience devant le blocage qui empêche la reprise du pro­cessus de paix au Proche-​​Orient. Mais elles doivent agir non sur les vic­times que sont les Pales­ti­niens, mais sur l’entité sioniste [1] qui en est la cause. Elles ne font rien dans ce sens, si ce n’est déplorer l’entêtement du gou­ver­nement Ben­jamin Neta­nyahu qui ne tient nul­lement compte de leur état d’âme, sachant que cela ne s’accompagne d’aucune sanction dis­suasive à l’encontre de l’Etat hébreu.

Après les Etats-​​Unis qui ont fran­chement baissé pavillon face à l’obstination israé­lienne, les Euro­péens s’apprêtent à faire de même, mais en pré­textant qu’ils le font pour la « bonne cause », qui est qu’ils exer­ce­raient ainsi la pression et sur Israël et sur l’Amérique pour les amener à réviser leur com­por­tement dans le dossier pales­tinien. Tant pis si les Pales­ti­niens seront les seuls à faire les frais dra­ma­tiques de leur désen­ga­gement. Il ne reste que le blocus financier pour contraindre les Pales­ti­niens à aller là où Israël veut les mener par ses condi­tions. C’est peut-​​être les Euro­péens qui ont décidé de mettre cet ultime verrou. [2]

[1] "entité sio­niste", "Etat hébreu", termes employés par diverses per­sonnes pour désigner Israël et qui sont à la fois réduc­teurs et erronés, en terme d’histoire et de poli­tique, dans leur glo­ba­li­sation d’une société bien plus mor­celée, anta­go­niste et com­plexe que ces termes ne le laissent croire

[2] voir par ailleurs

Blocus israélien « Une punition col­lective into­lé­rable »

selon Amnesty International

Amnesty Inter­na­tional a demandé à Israël la levée du blocus qu’il impose à la bande de Ghaza, estimant que cette mesure qui affecte près de 1,5 million d’habitants constitue une « punition collective » intolérable.

L’organisation de défense des droits de l’Homme a réitéré cette demande à l’occasion de la publi­cation d’un rapport intitulé « L’asphyxie de Gaza soumise au blocus israélien ». Ce document ras­semble des témoi­gnages de Pales­ti­niens qui tentent de recons­truire leur vie après l’opération israé­lienne dévas­ta­trice « Plomb durci », (décembre 2008-​​janvier 2009) qui a fait 1 400 morts et plu­sieurs mil­liers de blessés parmi les Palestiniens.

« Ce blocus constitue une punition col­lective aux termes du droit inter­na­tional et doit être immé­dia­tement levé », a déclaré Malcolm Smart, directeur du pro­gramme Moyen-​​​​Orient et Afrique du Nord d’Amnesty. « Israël sou­tient que le blocus (…) répond aux attaques à la roquette sur le sud de son ter­ri­toire menées sans dis­cri­mi­nation par des groupes armés pales­ti­niens. Le fait est qu’au lieu de les viser, ce blocus punit toute la popu­lation de la bande de Ghaza », a-​​​​t-​​​​il souligné.

Par R. I. http://​www​.elwatan​.com/​U​n​e​-​p​u​n​ition…