Veolia, futur exploitant du contro­versé tramway de Jéru­salem, paie son implication

Benjamin Barthe, vendredi 5 juin 2009

Alors que le chantier du tramway de Jéru­salem se poursuit avec la pose des rails dans les rues de la Ville sainte, les pres­sions s’accentuent sur Veolia et Alstom, les deux entre­prises fran­çaises impli­quées dans ce projet contro­versé. Le 15 avril, le tri­bunal de grande ins­tance de Nan­terre s’est déclaré com­pétent sur la pro­cédure de l’Association France-​​Palestine Soli­darité (AFPS), qui demande l’annulation de ce contrat "hors la loi" parce qu’il vise à relier au centre de Jéru­salem des colonies juives implantées dans des quar­tiers pales­ti­niens occupés par Israël. L’AFPS base sa démarche sur la IVe Convention de Genève, qui considère comme illégale toute colonie de peu­plement en ter­ri­toire occupé.

Le 15 avril, le tri­bunal de grande ins­tance de Nan­terre s’est déclaré com­pétent sur la pro­cédure de l’Association France-​​Palestine Soli­darité (AFPS), qui demande l’annulation de ce contrat "hors la loi" parce qu’il vise à relier au centre de Jéru­salem des colonies juives implantées dans des quar­tiers pales­ti­niens occupés par Israël. L’AFPS base sa démarche sur la IVe Convention de Genève, qui considère comme illégale toute colonie de peu­plement en ter­ri­toire occupé.

Alstom et Veolia sont res­pec­ti­vement res­pon­sables de la four­niture des rames du tramway et de sa future exploi­tation. Sur son site Internet, Veolia déplore que l’Autorité pales­ti­nienne n’ait formulé son oppo­sition au chantier qu’en 2006, quatre ans après l’attribution du marché. Le tri­bunal a estimé qu’Israël, en tant qu’Etat étranger, ne béné­fi­cierait pas d’une immunité de juri­diction, "puisqu’il est en réalité puis­sance occu­pante de la partie de la Cis­jor­danie où sera exploité le tramway liti­gieux". Alstom et Veolia ont fait appel.

Cette décision de justice, poten­tiel­lement lourde de consé­quences, inter­vient alors que le mou­vement de boy­cottage d’Alstom et Veolia prend de l’ampleur, sous l’impulsion d’une coa­lition de mou­ve­ments pro­pa­les­ti­niens. Veolia, qui est aussi impliquée en Cis­jor­danie dans l’exploitation d’une ligne de bus et d’une décharge à ordures - deux inves­tis­se­ments qui pro­fitent aux colonies juives -, est devenue la tête de Turc des acti­vistes, qui ont lancé le mot d’ordre "Derail Veolia" ("Faisons dérailler Veolia"). En début d’année, la mul­ti­na­tionale fran­çaise a perdu la gestion du métro de Stockholm, en Suède, un juteux contrat de 1,9 mil­liard d’euros, qu’elle détenait jusque-​​là. Même si les élus assurent que leur décision est le produit de consi­dé­ra­tions com­mer­ciales, le travail de lob­bying de l’ONG sué­doise Dia­konia a indé­nia­blement pesé.

A la mi-​​mars, la ville de Sandwell, au Royaume-​​Uni (300 000 habi­tants) a éliminé Veolia d’un marché de col­lecte des ordures d’un montant de 1,6 mil­liard d’euros. Un mois plus tard, le conseil muni­cipal de Galway, la troi­sième plus grosse ville d’Irlande, a recom­mandé de ne pas renou­veler le contrat de dis­tri­bution d’eau, pro­priété jusque-​​là de Veolia. Tou­jours en avril, à Bor­deaux, la filiale transport de la com­pagnie fran­çaise a perdu un marché de 750 mil­lions d’euros. Joint par télé­phone, un chargé de com­mu­ni­cation de Veolia tient à mini­miser le lien entre ces décon­venues et la cam­pagne de boy­cottage. "C’est la vie cou­rante d’une entre­prise de perdre des marchés, dit-​​il. A Bor­deaux, les auto­rités locales avaient juste envie d’essayer un autre opé­rateur." Il reconnaît cependant qu’"en Scan­di­navie et au Royaume-​​Uni, la cam­pagne a pu (nous) coûter un peu cher". Un aveu qui n’étonne pas le Pales­tinien Omar Bar­ghouti, l’un des ani­ma­teurs du réseau Derail Veolia. "Depuis le début de l’année, Veolia a perdu 7 mil­liards de dollars (4,9 mil­liards d’euros) en marchés poten­tiels. A moins de consi­dérer que les managers de l’entreprise soient devenus subi­tement mauvais, il est évident que l’affaire du tramway ternit son image."

Conscient que ses argu­ments ne portent guère, Veolia prépare un site Internet destiné à parer aux cri­tiques. Il y a urgence. Des établis­se­ments finan­ciers ont rejoint la cam­pagne de boy­cottage, comme la banque hol­lan­daise ASN et le fonds de pension suédois AP7, l’un des inves­tis­seurs les plus impor­tants du pays. Gal­va­nisés par ces pre­miers succès, les pro­pa­les­ti­niens étendent leur éventail de cibles. La société d’ingénierie lyon­naise Egis Rail, qui a rejoint le chantier du tramway, est désormais dans leur col­li­mateur. "Notre cam­pagne se déve­loppe à une vitesse imprévue, dit Omar Bar­ghouti. Les pays occi­dentaux pré­férant fermer les yeux, c’est à nous, société civile, de faire en sorte qu’Israël res­pecte enfin le droit international."