"Une seule voie pour la paix : que le monde arrête Israël ».

Entretien avec Michel Warshawski, lundi 10 mars 2008

En Italie pour une série de débats sur le conflit israélo-​​palestinien [1], Michael War­shawski dénonce l’escalade israé­lienne à Gaza qui a fait en quelques jours 120 vic­times pales­ti­niennes [2]. Nous (Miche­langelo Cocco) vons parlé de la situation sur le terrain israélien et pales­tinien avec le fon­dateur de l’Alternative infor­mation center.

Les agences huma­ni­taires disent que la situation à Gaza est la pire qu’on ait connue depuis 40 ans. Pensez-​​vous qu’Israël va faire quelque chose pour l’améliorer ?

Cela va dépendre de la situation inter­na­tionale. S’il n’y a aucun signe dans ce sens de la part de l’Europe et des Etats-​​Unis, Israël va continuer sa poli­tique contre la popu­lation pales­ti­nienne dans la Bande.

L’establishment mili­taire est déjà en train de dis­cuter de la pos­si­bilité d’utiliser l’artillerie contre des zones à forte densité de popu­lation civile, si des mis­siles « Qassam » conti­nuent à être tirés sur Israël.

Uti­liser l’artillerie contre des zones à densité de popu­lation civile élevée est une obsession de Ehud Barak (ministre de la défense), qui a demandé à ses conseillers poli­tiques si une opé­ration de ce type serait interdite par le droit inter­na­tional. Il s’agit d’une option qui est exa­minée très sérieu­sement à la fois par le gou­ver­nement et par l’armée qui sont déjà, en partie, en train d’employer cette tac­tique. Le pro­blème est de savoir s’ils vont l’utiliser à une échelle encore plus vaste.

Après les der­niers mas­sacres israé­liens [3] on a parlé de « shoah » et de génocide. Du point de vue du droit inter­na­tional, comment les opé­ra­tions de l’armée israé­lienne contre la Bande de Gaza peuvent-​​elles être jugées ?

Le terme « shoah » a été évoqué par un ministre israélien. Moi je n’aime pas uti­liser ces super­latifs [4]. Je pense que la situation est tel­lement grave qu’elle requiert l’emploi de termes appro­priés. Nous sommes devant une vio­lation sys­té­ma­tique du droit inter­na­tional et devant des crimes de guerre commis par l’armée israé­lienne. Attaquer des zones habitées par des civils en uti­lisant la force de façon dis­pro­por­tionnée repré­sente un crime de guerre. Voilà ce que dit le droit inter­na­tional. Et l’armée israé­lienne a employé ces méthodes de façon sys­té­ma­tique, en par­ti­culier la semaine dernière.

Comment réagissent l’opinion publique et les paci­fistes israé­liens devant cette escalade ?

D’un côté l’opinion appuie ces attaques contre Gaza, parce qu’elle les perçoit comme des repré­sailles contre les tirs de Qassam sur les villes israé­liennes de Sderot et Ash­kelon. Mais d’un autre côté, selon le dernier sondage effectué, la majorité de cette même opinion publique est favo­rable à l’ouverture de négo­cia­tions avec le Hamas. Pour ce qui concerne le camp de la paix, nous n’avons pas plus avancé depuis la situation qui s’était ouverte en 2000. Il y a une minorité qui est tou­jours active –ces der­niers jours nous avons fait des mani­fes­ta­tions à Jéru­salem et Tel Aviv-​​ mais qui reste une minorité. Il ne s’agit plus du grand camp de la paix qu’il y avait jusqu’à il y a dix ans, mené par Peace Now [5]

En réponse au siège de Gaza, il y a eu der­niè­rement des mobi­li­sa­tions pales­ti­niennes non seulement en Cis­jor­danie, mais même à l’intérieur d’Israël. Croyez-​​vous que quelque chose de nouveau est en train d’émerger ?

J’ai été heureux de voir des mani­fes­ta­tions popu­laires de masse à l’intérieur des Ter­ri­toires occupés, chose qui est rarement arrivée ces der­nières années. Mais il est encore trop tôt pour savoir si on est en train d’entrer dans ce que les médias israé­liens appellent « troi­sième Intifada », un nouveau sou­lè­vement de masse qui dure et ne soit pas qu’une réaction de rage pro­voquée par les mas­sacres israéliens.

Après la vic­toire élec­torale du Hamas en 2006 [6], Israël a inten­sifié la guerre contre la Bande de Gaza, et la colo­ni­sation en Cis­jor­danie. Quel effet cela peut-​​il avoir sur la per­ception d’Israël dans le monde ?

Malgré les crimes [7] qu’il est en train de com­mettre, Israël a une image bien meilleure que celle qu’il avait jusqu’à ces der­nières années. Ni la com­mu­nauté inter­na­tionale ni l’opinion publique inter­na­tio­nales ne le cri­tiquent comme à l’époque de Sharon. Parce que la per­ception mon­diale de l’islam comme menace à l’égard de l’occident prévaut [8] . Dans ce contexte, les mil­lions d’hommes et de femmes qui ont élu démo­cra­ti­quement le Hamas sont perçus et traités comme des sous-​​hommes.

[1] occu­pation et crimes de guerre israé­liens depuis 1948, NDT

[2] popu­lation civile, NdT

[3] à Gaza, NdT

[4] mais cette fois, l’emploi de ce terme par des gens qui s’en réclament d’habitude comme vic­times, est para­doxal et inquiétant, et MW évite de le sou­ligner en répondant de cette façon, NdT

[5] sur le « camp de la paix », voir aussi http://​www​.ism​-france​.org/​n​e​w​s​/arti… ?id=6672&type=analyse&lesujet=Sionisme, pour une autre analyse critique, NdT

[6] janvier 2006, NdT

[7] de guerre, NdT

[8] Grâce ou plutôt à cause du constant travail de pro­pa­gande du lobby sio­niste ; mais aussi, et de nos « côtés », grâce à l’exacerbation irres­pon­sable des com­mu­nau­ta­rismes jusque dans des asso­cia­tions qui se disent de gauche et laïques mais, assez curieu­sement, ne renoncent pas à rap­peler leur appar­te­nance « eth­nique » ou « raciale » même dans leur intitulé. A cause, aussi, dans nos pays euro­péens, des mani­pu­la­tions dan­ge­reuses –conscientes et inconscientes-​​​​ des menaces d’antisémitisme tou­jours brandies, et abou­tissant, d’un point de vue média­tique et juri­dique, à res­treindre la liberté d’expression, et cela seulement –toujours-​​​​ au détriment de l’islam, NdT