Une quête de justice : Regards israéliens sur l’occupation

Joseph Algazy., mardi 8 juillet 2008

Rien n’irrite plus les incon­di­tionnels des gou­ver­ne­ments d’Israël – en France, aux Etats-​​Unis et ailleurs – que ces Israé­liens qui condamnent les hor­reurs com­mises dans les ter­ri­toires occupés.

Défier les étoiles est un livre dur à digérer [1]. Jocelyn Hurndall, la mère du jeune paci­fiste bri­tan­nique Tom Hurndall, touché à la tête par un tireur embusqué de l’armée israé­lienne, le 21 avril 2003, à Rafah, dans la bande de Gaza, l’a écrit. Vêtu d’une veste fluo­res­cente orange, son fils était en mission là-​​bas avec d’autres jeunes membres de l’International Soli­darity Movement lorsqu’il fut abattu tandis qu’il essayait de secourir trois enfants pales­ti­niens. Griè­vement blessé, Tom tomba dans le coma et y resta jusqu’à sa mort, neuf mois plus tard.

Le haut com­man­dement israélien publia un long rapport d’enquête exo­nérant l’armée de toute res­pon­sa­bilité. Le père de Tom, Anthony Hurndall, avocat de métier, le réfuta par une minu­tieuse inves­ti­gation menée sur place. Plus tard, l’enquête de la police mili­taire israé­lienne confirma les accu­sa­tions de la famille de Tom, et le tireur fut condamné à huit ans de prison. En revanche, aucun de ses supé­rieurs ne fut poursuivi.

Les auto­rités israé­liennes ne per­mettent à aucune ins­tance étrangère de mener quelque enquête que ce soit sur place. Pis, elles per­sistent à ne pas rendre publique la nature des ordres donnés aux soldats. Or, l’expérience le prouve sans conteste, le but, c’est « shoot to kill » (« tirer pour tuer »). D’où le grand nombre de vic­times parmi les civils : selon l’organisation israé­lienne des droits humains Btselem [2], de la fin du mois de sep­tembre 2000 à la fin de sep­tembre 2007, environ quatre mille trois cents Pales­ti­niens ont été tués par les soldats et par les colons ; plus de la moitié n’étaient pas engagés dans des actions vio­lentes ; et, parmi les morts, figurent plus de huit cent cin­quante mineurs ainsi que dix civils étrangers – dont Tom Hurndall.

Jour­na­liste et écrivain israélien, Igal Sarna veut savoir et faire connaître à ses lec­teurs ce qui se passe concrè­tement dans les ter­ri­toires occupés. Voici plus d’un quart de siècle qu’il les sillonne. C’est un homme curieux, comme son dernier livre en témoigne [3]. Il donne la parole à des Pales­ti­niens et à des Israé­liens de tous bords, célèbres et inconnus : des hommes poli­tiques, des résis­tants, d’anciens pri­son­niers, de futurs sha­hidim (martyrs), des colons, tous pro­ta­go­nistes du drame de l’occupation. L’impression qui s’en dégage, c’est une sorte d’empoignade de deux peuples qui s’étreignent, mais à mort, et ne savent plus comment s’en sortir. Comme le lui confie un avocat et militant pales­tinien des droits de la per­sonne, « la conscience que les indi­vidus n’obtiendront pas justice pousse à une ven­geance col­lective aveugle ».

Rien n’irrite plus les incon­di­tionnels des gou­ver­ne­ments d’Israël – en France, aux Etats-​​Unis et ailleurs – que ces Israé­liens qui condamnent les hor­reurs com­mises dans les ter­ri­toires occupés. Or leur nombre ne cesse de grandir, et ce ne sont pas des goyim (non-​​juifs) que l’on peut traiter d’« antisémites ».

Cher­cheur en sciences sociales, Roei Amit démontre [4]comment, sous couvert de la défi­nition d’Israël comme « Etat juif et démo­cra­tique », coha­bitent en son sein des lois et des pra­tiques qui se contre­disent d’autant plus qu’il vit, depuis sa nais­sance, dans un état d’urgence per­manent. Par­ti­cu­liè­rement per­tinent est le cha­pitre dans lequel Amit démontre l’existence de normes contra­dic­toires dans le « petit » et le « grand » Israël, à com­mencer par les vio­la­tions des droits fon­da­mentaux et par­ti­cu­liè­rement la pra­tique de la torture, souvent jus­tifiée par la justice elle-​​même au nom de la « sécurité nationale ».

[1] Jocelyn Hurndall, Defy the Stars : the Life and Tragic Death of Tom Hurndall (en anglais), Bloom­sbury Publi­shing, Londres, 2007, 310 pages, 16,99 livres.

[2] www​.btselem​.org/engl ish/​​statistics/​​…

[3] Igal Sarna, Témoin d’Etat (en hébreu), Xargol, Tel-​​​​Aviv, 2007, 479 pages, 89 shekels.

[4] Roei Amit, Les para­doxes consti­tu­tionnels. Le cas de la Consti­tution israé­lienne, Connais­sances et savoir, Paris, 2007, 654 pages, 29 euros.