Une diplomate française retenue dix-​​sept heures au passage d’Erez

Michel Bôle-​​Richard, mercredi 18 juin 2008

Selon les conven­tions de Vienne qui régle­mentent les usages diplo­ma­tiques et consu­laires, les voi­tures sont assi­milées à des locaux et sont donc invio­lables. Mais depuis le début de l’année, les Israé­liens ont, plu­sieurs fois, passé outre ces mesures de pro­tection diplomatique.

Franchir le point de passage d’Erez, au nord de la bande de Gaza, pour pénétrer en Israël est rarement une chose simple. Les contrôles sont tatillons, l’attente inter­mi­nable et le che­mi­nement incommode dans les dif­fé­rents sas. Mer­credi 11 juin, une diplomate fran­çaise, Catherine Hyver, consul adjointe de France à Jéru­salem, ainsi qu’un agent de sécurité de la repré­sen­tation fran­çaise l’ont expé­ri­menté. En pire. Pendant dix-​​sept heures, du mer­credi à 1630 au jeudi matin 9 h 30, ces deux per­sonnes dis­posant d’un pas­seport diplo­ma­tique ont été retenues dans les locaux de ce ter­minal, sans boire ni manger, parce qu’elles ont refusé, comme l’autorisent les pra­tiques diplo­ma­tiques inter­na­tio­nales, que leur véhicule, doté de la plaque diplo­ma­tique, soit fouillé.

Au départ, cinq per­sonnes se trou­vaient à bord du véhicule diplo­ma­tique. Dont un pho­to­graphe qui eut la mal­en­con­treuse idée de laisser son matériel dans la voiture avant d’emprunter la file de contrôle réservée aux non-​​diplomates. Les agents diplo­ma­tiques ayant affirmé que tout ce qui se trouvait à bord de leur voiture leur appar­tenait, y compris l’équipement du pho­to­graphe, ils furent immé­dia­tement accusés par les res­pon­sables de la sécurité d’être "des men­teurs". Ceux-​​ci exi­gèrent alors une fouille com­plète du véhicule bien que le matériel du pho­to­graphe ait pu être examiné de fond en comble. La fouille étant contraire aux usages diplo­ma­tiques et notamment à la convention consu­laire de Vienne de 1963, Mme Hyver s’y est opposée.

Rien n’y a fait. Pas plus les inter­ven­tions de l’ambassade de France à Tel-​​Aviv, du consulat général à Jéru­salem, du ministère israélien de la défense. Les diplo­mates ont proposé de sortir tous les bagages. Ce n’était pas suf­fisant. Un res­pon­sable du Shin Bet (sécurité inté­rieure) n’a cessé d’invectiver les deux diplo­mates. Les trois com­pa­gnons des deux "nau­fragés d’Erez" ont quant à eux pu fina­lement franchir la fron­tière. Vers 23 heures, le ter­minal a fermé ses portes. Le per­sonnel est parti, laissant les deux diplo­mates assis sur des chaises en plas­tique dans un hall puis­samment éclairé, sans une goutte d’eau, ni une miette de pain, avec les mous­tiques pour seuls com­pa­gnons. A leur demande, des soldats les ont accom­pagnés aux toi­lettes. A 7 heures du matin, après une nuit sans sommeil, il a fallu par­le­menter lon­guement avec la nou­velle équipe pour pouvoir accéder à la machine à café. Voyant que la sécurité israé­lienne n’était pas prête à céder, que la tension montait, Mme Hyver et son com­pagnon d’infortune ont fini par céder. La voiture fut entiè­rement vidée, le contenu passé aux rayons X, y compris le courrier diplomatique.

Une violation des conventions

Selon les conven­tions de Vienne qui régle­mentent les usages diplo­ma­tiques et consu­laires, les voi­tures sont assi­milées à des locaux et sont donc invio­lables. Mais depuis le début de l’année, les Israé­liens ont, plu­sieurs fois, passé outre ces mesures de pro­tection diplo­ma­tique. Le consul général de France, Alain Rémy, a ainsi été retenu pendant plus de trois heures, le 25 janvier, au check-​​point de Bethléem après avoir, lui aussi, refusé d’ouvrir le coffre de la camion­nette qui le suivait et trans­portait des cadeaux de Noël pour des religieuses.

La même mésa­venture est arrivée au Père Charles-​​Eugène Galichet qui, ayant oublié son pas­seport de service, a été, pendant six heures, empêché de franchir le même check-​​point puis conduit au com­mis­sariat pour un inter­ro­ga­toire. Enfin, depuis le 28 janvier, le bus sco­laire portant une plaque consu­laire qui trans­porte la quin­zaine d’élèves pales­ti­niens de Bethléem vers le lycée français de Jéru­salem ne peut franchir le même point de passage s’il n’y a pas un diplomate à bord. Sinon, la fouille des car­tables est de rigueur. Toutes les pro­tes­ta­tions et les notes ver­bales sont restées jusqu’à présent sans effet.