Une colonisation très particulière

Bernard Ravenel - Pour la Palestine n°54, lundi 15 octobre 2007

Culture /

Pierre Blanc, Jean-​​Paul Cha­gnollaud, Sid-​​Ahmed Souiah ◆ Palestine, la dépos­session d’un ter­ri­toire ◆ L’Harmattan ◆ 2007 ◆ col­lection « Com­prendre le Moyen-​​Orient » ◆ 256 p. 22,50

La Palestine concentre tous les grands pro­blèmes de notre temps. Elle est le témoi­gnage vivant de la dégé­né­res­cence de la poli­tique quand celle-​​ci tend à être rem­placée par la force et le déni du droit. La Palestine est en quelque sorte un aver­tis­sement pour le monde alors que les Pales­ti­niens paraissent invités seulement à mourir en silence ou dans le cadre d’une guerre des cultures concoctée par les cercles néo-​​conservateurs amé­ri­cains et israé­liens et leurs émules en Occident.

Les Pales­ti­niens sont un peuple à qui on enlève chaque jour un peu plus de terre, d’eau, d’air pur, de maisons, d’arbres, de liberté, en clair de tout ce qui compose la vie d’un peuple ou d’un individu. Et lorsque ce peuple ou cet individu reven­dique ses droits élémen­taires, une armée est là, partout, pour le menacer d’arrestation ou de mort immé­diate. Ce qui se passe tous les jours. C’est tout le sou­bas­sement matériel, juri­dique et poli­tique de cette tra­gédie de notre temps que ce livre, fruit de la col­la­bo­ration de spé­cia­listes en sciences poli­tiques, en géo­graphie et en agro­nomie, dis­sèque et analyse avec rigueur et pré­cision. Ainsi du pro­cessus de colo­ni­sation impla­cable qui fait l’objet d’une solide étude cen­trale consti­tuant une mise au point globale et claire d’une usur­pation sys­té­ma­tique. De même pour la confis­cation de la terre et de l’eau ou la poli­tique des faits accomplis d’annexion dont le Mur est devenu un ins­trument majeur et Jéru­salem l’archétype.

Ce livre se termine par une approche néces­saire de la question démo­gra­phique incluant toutes les com­po­santes de la popu­lation pales­ti­nienne. Les auteurs prennent également soin de pro­poser des pers­pec­tives de solu­tions concrètes à tous les pro­blèmes posés, ce qui permet de mesurer clai­rement que seule la consti­tution d’un Etat pales­tinien sou­verain, viable et doté d’une véri­table conti­nuité ter­ri­to­riale per­met­trait de résoudre le conflit ; cela suppose la fin de l’occupation et donc la déco­lo­ni­sation de la Palestine.

Ce qui est impres­sionnant, c’est que cette des­truction de la Palestine que nous pré­sente cet ouvrage est une réalité quo­ti­dienne qui s’opère sous les yeux du monde entier. La dite com­mu­nauté inter­na­tionale sait ce qui se passe, que ce soit avec les rap­ports comme ceux de l’OCHA, d’Amnesty inter­na­tional, d’Alvaro Soto pour l’ONU, ou des diplo­mates euro­péens en poste à Jéru­salem. Tout le monde convient main­tenant que la véri­table origine de la « vio­lence » dans les ter­ri­toires occupés depuis 1967 est pré­ci­sément l’occupation israé­lienne avec ses soldats et ses colons et tout le monde sait aussi que sans une pers­pective d’un Etat pales­tinien reporté sans arrêt par la com­mu­nauté inter­na­tionale, la situation implosera dans un conflit désespéré dont les effets col­la­téraux ne res­teront cer­tai­nement pas limités au Moyen-​​Orient. Cet ouvrage constitue un dossier syn­thé­tique acca­blant à charge non seulement contre Israël mais aussi contre la com­mu­nauté internationale.