Une Française née à Bethléem veut pouvoir atterrir en Israël

Chloé Leprince, lundi 22 juin 2009

Natu­ra­lisée en 1988, elle se voit refuser l’accès à l’aéroport Ben Gourion et doit atterrir, comme tous les Pales­ti­niens, en Jordanie.

Les voya­geurs qu’Israël considère Pales­ti­niens ne sont pas auto­risés à atterrir à l’aéroport Ben Gourion à Tel Aviv. Y compris quand ils affirment qu’il n’ont pas le moindre papier pales­tinien mais, par exemple, un pas­seport français.

Pour eux, c’est direction Amman, en Jor­danie, puis un taxi vers les ter­ri­toires pales­ti­niens. Un paradoxe aux yeux de nom­breux expa­triés ori­gi­naires de Gaza ou de Cis­jor­danie : l’Etat hébreu ne reconnaît ni l’Etat pales­tinien, ni la citoyen­nenté qui va avec, mais a inscrit dans ses registres doua­niers la pro­ve­nance des voya­geurs pales­ti­niens.

C’est le cas d’une réa­li­sa­trice ins­tallée en France depuis trente ans. Norma Marcos a 58 ans. Elle est citoyenne fran­çaise depuis 1988. Cette native de Bethléem affirme que, jusqu’à cette date, elle a eu pour tout document admi­nis­tratif « un document de voyage » délivré par Israël. Point de carte d’idenité pales­ti­nienne, comme l’atteste d’ailleurs ce document de l’administration pales­tienne que publie Rue89.

Norma Marcos sou­tient qu’elle est « franco-​​française de fait », comme elle dit. De 1988 à 2005, elle a voyagé « sans pro­blèmes » entre Paris et Tel Aviv, gagnant Israël et les ter­ri­toires environ deux fois par an, notamment pour des projets de films.

Mais, en juillet 2005, elle se fait arrêter après la douane, alors qu’elle attendait ses bagages, dit-​​elle :

« Ils m’ont envoyé au centre de détention de l’aéroport en me disant qu’en tant que Pales­ti­nienne, je n’avais pas le droit d’atterrir en Israël. Pour eux, j’étais née à Bethléem, donc Pales­ti­nienne et pas Française.

Heu­reu­sement, j’ai pu appeler une pro­duc­trice israé­lienne qui a réussi à me sortir de là. Mais je n’avais aucun droit de cir­culer et suis restée coincée à demeure pendant sept semaines. J’étais pourtant censée faire du répérage après avoir gagné le prix du meilleur scé­na­riste en 2004. »

Elle profite d’un passage de Phi­lippe Douste-​​Blazy, alors aux Affaires étran­gères, pour obtenir le droit de quitter Israël, alors que son pas­seport est encore barré des men­tions « Visa annulé » et « Entrée refusée ».

Suivent trois ans de bataille avec le Quai d’Orsay où la réa­li­sa­trice reven­dique (comme aujourd’hui) d’avoir l’aide de Paris « en tant que citoyenne fran­çaise, qu’importe que je sois née là-​​bas ou en Bretagne ! »

Elle dit avoir écrit « des tonnes de lettres », dont un récent courrier envoyé le 27 avril dernier à Carla Bruni-​​Sarkozy, que Rue89 a reçu. Il a été renvoyé, « dans son enve­loppe déca­chetée », à l’expéditrice par l’épouse du chef de l’Etat.

Une exception, « pour raisons humanitaires »

Cul de sac ? Lorsque sa mère de 87 ans a été hos­pi­ta­lisée, la sug­gestion du Quai d’Orsay fut de négocier un accueil excep­tionnel « pour des raisons huma­ni­taires », qu’elle a acceptée :

« Que vouliez-​​vous que je fasse d’autre ? Mais je n’ai pas voyagé en tant que citoyenne fran­çaise lambda et, une fois sur place, les auto­rités israé­liennes ont exigé que je fasse mes papiers israé­liens, moi qui n’ai jamais demandé la moindre attes­tation à l’Autorité palestinienne. »

En février 2009, elle décide de retourner sur place « malgré le dia­logue de sourds avec le Quai d’Orsay qui affirme qu’il s’agit des affaires israé­liennes internes ». Elle y vient pour deux projets cinéma : l’un auprès de Julian Schnabel, l’autre pour le compte du Conser­va­toire national des arts et métiers. Mais cette fois, dès l’aéroport, elle est expulsée en France et n’honorera pas ses engagements.

Depuis, elle continue d’alerter le ban et l’arrière ban de la poli­tique : après Rama Yade, Bernard Kouchner, l’Elysée plu­sieurs fois, c’est le député PCF Patrick Braouzec qui a hérité d’un des der­niers envois. Mohammed Abdi, conseiller spécial de Fadela Amara, a même reçu Norma Marcos… « puis il a disparu ».

En France, silence politique

Pourquoi toutes ces défec­tions ? Un porte-​​parole du Quai d’Orsay a confirmé à Rue89 que cette femme n’était pourtant pas la seule dans ce cas-​​là. Pour lui, il y aurait plu­sieurs his­toires de ce type par an, sans que la France puisse intervenir :

« C’est la sou­ve­raineté d’Israël de décider qui elle admet ou pas sur son ter­ri­toire. C’est cer­tai­nement des sus­pi­cions de ter­ro­risme, ou autre, mais c’est vrai que ça concerne des citoyens français. Israël n’a pas de compte à nous rendre, Paris procède de la même manière en fonction de ses cri­tères d’évaluation des risques. »

Au bureau de la Palestine à Paris, on précise que c’est depuis 2002 et la deuxième Intifada que l’accès à Ben Gourion est barré aux Pales­ti­niens, qu’ils aient un pas­seport français ou pas. « Mais vous verrez, c’est très rapide depuis Amman en taxi, ça se fait bien ! »

L’ambassade d’Israël à Paris a également été sol­li­citée par Rue89. Cet article sera mis à jour dès qu’elle aura répondu.