Un village bédouin en Israël démoli pour la seconde fois

Jonathan Cook, mardi 10 août 2010

Al-​​Araqib, village bédouin en Israël …

Les forces de sécurité israé­liennes ont détruit un village bédouin cette semaine, pour la seconde fois en quelques jours, faisant 300 sans abri et cela, alors que des dizaines de volon­taires juifs et arabes avaient com­mencé la recons­truction des 45 maisons.

Des orga­ni­sa­tions de défense des droits humains pré­viennent qu’il s’agit pro­ba­blement des pre­mières actions d’une cam­pagne qui menace depuis long­temps, conduite par le gou­ver­nement israélien pour com­mencer à retirer mas­si­vement des dizaines de mil­liers de Bédouins de leurs terres ances­trales dans le sud du Néguev.

Le Haut Comité de suivi, prin­cipal orga­nisme de la minorité arabe d’Israël, a promis cette semaine d’aider à recons­truire le village pour la seconde fois, et déclaré qu’il ferait appel aux Nations-​​Unies pour qu’il y ait enquête sur le trai­tement des Bédouins par Israël.

Le village d’Al-Araqib, situé à quelques kilo­mètres au nord de la prin­cipale ville du Néguev, Beer­sheva, est devenu un symbole du combat d’environ 90 000 Bédouins pour obtenir la recon­nais­sance de dizaines de leurs com­mu­nautés et dont les vil­lages, selon le gou­ver­nement, sont construits sur des terres de l’Etat.

Dans un dossier test déposé devant les tri­bunaux israé­liens, un habitant d’Al-Araqib a pré­senté des docu­ments et des témoi­gnages d’experts mon­trant que ses ancêtres pos­sé­daient et vivaient déjà sur les terres du village bien des décennies avant qu’Israël ne soit créé en 1948. Le juge doit se pro­noncer d’ici quelques mois.

« Démolir un village entier et laisser ses habi­tants sans toit, sans même avoir épuisé toutes les autres options pour satis­faire à de vieilles pré­ten­tions ter­ri­to­riales est scan­daleux, » dit Joe Stork, directeur adjoint pour le Moyen-​​Orient de Human Rights Watch.

Une force de 1 500 poli­ciers, dont une escouade spé­ciale anti­émeute portant des cagoules noires, a fait irruption dans le village, tôt ce mer­credi, pour abattre une dizaine de cabanes en bois et une maison en dur à moitié construite. La tribu locale Aturi était en pleine recons­truction du village après un premier passage des bull­dozers qui avaient rasé le village la semaine précédente.

Les forces israé­liennes ont également arraché 850 oli­viers, dit Ortal Tzabar, la porte-​​parole de l’Administration de la Terre du gouvernement.

Hier, l’organisation Adalah, groupe de défense juri­dique pour les un million trois cent mille citoyens arabes d’Israël, a exigé une enquête cri­mi­nelle sur ce qu’elle a qua­lifié de « bru­talité poli­cière » lors des deux opé­ra­tions de démolitions.

Pour Sawsan Zaher, avocat, les agres­sions contre les vil­la­geois, les confis­ca­tions de leurs biens et la décision de recouvrir les visages des hommes des forces de sécurité et de leur retirer leur plaque d’identité avaient un but, celui d’ « ins­pirer la terreur » parmi les habitants.

Taleb a-​​Sanaa, membre bédouin du par­lement israélien, que la police avait laissé sans connais­sance mer­credi après l’avoir extirpé d’une tente où il mani­festait, a mis en garde le gou­ver­nement, le pré­venant qu’il prenait le risque d’un « sou­lè­vement dans le Néguev ».

Six res­pon­sables de vil­lages furent arrêtés peu après, quand ils refu­sèrent de signer un document par lequel ils s’engageaient à ne pas revenir à Al Araqib.

Awad Abu Freih, porte-​​parole du village, dit qu’ils sont restés fermes. « Les auto­rités veulent briser nos liens avec cette terre afin de pouvoir la livrer à des juifs. Ils ont les moyens de tout détruire, mais nous, nous conti­nuerons de tout recons­truire. Nous ne par­tirons pas. »

La pre­mière démo­lition du village, à la fin du mois dernier, sur­venait après que le Premier ministre Ben­jamin Neta­nyahu ait mis en garde son cabinet devant la « menace pal­pable » à la judaïté de l’Etat que consti­tuait la minorité arabe du pays, qui repré­sente déjà le cin­quième de sa population.

« La consé­quence pourrait être que des éléments dif­fé­rents exigent des droits nationaux en Israël, par exemple, dans le Néguev, si nous laissons une région sans majorité juive. » Le mois dernier, le gou­ver­nement a annoncé un pro­gramme d’aide de 50 mil­lions de dollars pour encou­rager les per­sonnels de l’armée à amé­nager dans des com­mu­nautés juives du Néguev.

L’affirmation crois­sante de leur identité par les Bédouins à propos de leur statut indigène, sou­tenue par des orga­ni­sa­tions inter­na­tio­nales, a entraîné à une réaction vio­lente de la part des offi­ciels, les­quels se réfèrent régu­liè­rement aux Bédouins comme à des « squatters » et à des « enva­his­seurs » de la terre de l’Etat.

Selon Nili Baruch, de Bimkom, orga­ni­sation israé­lienne d’urbanistes pour les droits de l’homme, un plan directeur actuel­lement en attente d’approbation pour la région urbaine de Beer­sheva, requiert « d’autres démo­li­tions et dépla­ce­ments forcés de la popu­lation bédouine », comme ceux opérés à Al-​​Araqib.

En outre, dit-​​elle, les auto­rités ont donné leur accord pour une opé­ration spé­ciale, appelée « Vent chaud » afin de pro­céder à ces démolitions.

Le conflit du gou­ver­nement avec les Bédouins remonte à la fon­dation d’Israël, quand la plus grande partie de la popu­lation du Néguev fut exclue du nouvel Etat.

Avec le taux de natalité le plus élevé d’Israël, les tribus sur­vi­vantes connurent une crois­sance rapide et aujourd’hui, elles comptent 180 000 Bédouins, plus d’un quart de la popu­lation du Neguev et ce, en dépit des vagues de migra­tions juives impulsées par l’Etat.

Israël a refusé de recon­naître la plupart des com­mu­nautés tra­di­tion­nelles bédouines et insiste pour qu’elles aillent s’installer dans sept ghettos qui ont été construits par le gou­ver­nement il y a plu­sieurs dizaines d’années. Seule, la moitié d’entre elles y sont allées, les autres insistant sur leur droit de conserver leur mode de vie pastoral.

Al-​​Araqib est devenu un point de friction par­ti­culier car la plus grande partie de la tribu Aturi était partie dans le ghetto voisin, Rahat, au cours des années 70, quand leurs terres furent déclarées zone mili­taire fermée. Mais confrontées à une sur­po­pu­lation pro­blé­ma­tique dans Rahat et à l’absence de terrain pour son expansion, de nom­breuses familles de jeunes com­men­cèrent à revenir dans leur village d’Al-Araqib il y a une dizaine d’années.

Comme 45 autres vil­lages non reconnus, Al-​​Araqib est privé de tous les ser­vices, et notamment d’eau et d’électricité, et les construc­tions y sont décrétées illégales.

Une récente com­mission gou­ver­ne­mentale révèle que des dizaines de mil­liers de construc­tions bédouines sont sou­mises à des ordres de démo­lition, mais que jusqu’à présent, seules les construc­tions indi­vi­duelles ont été ciblées, pas les com­mu­nautés entières.

Le mois dernier, la com­mission d’urbanisme de Beer­sheva a approuvé un projet visant à recon­naître 13 vil­lages bédouins, et à obliger les autres habi­tants à aller dans les ghettos. Dans ce projet, les terres d’Al-Arqib sont des­tinées à devenir une « forêt de paix », financée par l’organisation sio­niste inter­na­tionale, le Fonds national juif, une ini­tiative que Mr Abu Freih pense conçue pour empêcher le retour des villageois.

Mme Baruch dit que les auto­rités exigent des habi­tants qu’ils s’en aillent à Rahat, alors même qu’aucun toit n’y est prévu pour eux.

Pour Mr Abu Freih, les autres terres des tribus voi­sines ont été secrè­tement prises par des juifs en 2004. Dans une opé­ration noc­turne, le FNJ et les offi­ciels du gou­ver­nement avaient ins­tallé des cara­vanes et ces terres sont par la suite devenues juives, sous le nom de Givat Bar.

Depuis 2002, Israël menait une poli­tique de vapo­ri­sa­tions d’herbicide, chaque année, sur les cultures d’Al-Araqib, pour tenter d’en faire partir les habi­tants, jusqu’à ce que la Cour suprême estime, en 2007, que cette pra­tique était illégale.