Un sondage palestinien du JMCC

Claude Léostic, Pour la Palestine n°49, vendredi 5 mai 2006

Elections en Palestine /

Suite aux élec­tions légis­la­tives, le JMCC (Centre des médias et de com­mu­ni­cation de Jéru­salem) a effectué, entre le 8 et le 12 février 2006, un sondage auprès d’un échan­tillon de 1200 Pales­ti­niens - 760 en Cis­jor­danie et 440 dans la bande de Gaza, âgés de plus de 18 ans - pour apprécier leurs atti­tudes sur le scrutin et ses consé­quences. Les résultats sont sur­pre­nants et tournent le dos aux idées reçues : ils montrent à la fois l’étendue de l’adhésion et de la confiance que suscite le Hamas - laquelle génère un nouvel opti­misme dominant - mais aussi un sens aïgu des « réa­lités » : pour une majorité de Pales­ti­niens, l’alternance, voulue, ne signifie ni la renon­ciation au pro­cessus poli­tique ni la fuite en avant dans une lutte armée aveugle. Bien au contraire. Démonstration.

Sur les résultats des élections et les attentes

- Scrutin honnête. Une écra­sante majorité (94%) considère que le pro­cessus élec­toral mené le 25 janvier 2006 a été honnête ou plutôt honnête. Ils étaient 72,6% à le penser lors des der­nières élec­tions légis­la­tives de 1996.

- Stu­pé­faction. 73,9% des Pales­ti­niens sondés ne s’attendaient pas à ce que le Hamas obtienne une majorité écra­sante aux législatives.

- Adé­quation. A la question de savoir jusqu’à quel point les nou­veaux députés élus au Conseil légis­latif repré­sentent leurs points de vue, 68% ont répondu posi­ti­vement ou « jusqu’à un certain point » et 29,6% négativement.

- Mettre fin à la cor­ruption. Quatre raisons prin­ci­pales sont mises en avant par les élec­teurs ayant voté pour la liste du Hamas. L’espoir d’en finir avec la cor­ruption (43%) arrive lar­gement en tête, puis viennent les raisons reli­gieuses (18,8%), le soutien au pro­gramme poli­tique du Hamas (11,8 %) et enfin l’espoir de meilleures condi­tions de vie (10,7%). A la question - cette fois posée à tous - sur les causes de la vic­toire Hamas, 44% des sondés ont répondu que les élec­teurs espé­raient ainsi mettre fin à la cor­ruption, 18 % afin d’obtenir de meilleures condi­tions de vie, 13,3% pour des raisons reli­gieuses, et 6,1% en soutien à leur pro­gramme politique.

- Confiance. Une très forte majorité de sondés (77,9%) s’attend à ce que les nou­veaux députés appliquent tota­lement ou « jusqu’à un certain point » leurs pla­te­formes et pro­grammes élec­toraux -en 1996, ils n’étaient que 60,1% dans ce cas. 20,3% des sondés pensent l’inverse.

- Opti­misme vis-​​à-​​vis du Par­lement. 77,3% s’attendent à ce que l’action du Conseil légis­latif soit « très bonne » ou « bonne » contre 6% seulement qui pensent l’inverse. En com­pa­raison, 71.8% qua­li­fient l’action du par­lement sortant de « mau­vaise » ou « très mau­vaise ». De la même façon près de 80 %de Pales­ti­niens se disent « très » ou « plutôt opti­mistes » sur « ce que fera le Conseil législatif ».

- Pré­fé­rence pour l’unité nationale. Concernant la for­mation d’un nouveau gou­ver­nement, 58,1% des sondés disent pré­férer un gou­ver­nement d’unité nationale, 24,1% un gou­ver­nement Hamas et 13,8% un gou­ver­nement de technocrates.

- Respect des accords signés. Un gou­ver­nement dirigé par le Hamas devra­ho­norer les accords que l’OLP et l’ANP ont signés avec Israël (Accords d’Oslo) selon 51,7% des sondés, contre 42% estimant que le Hamas n’est pas tenu par les enga­ge­ments passés. De même, une majorité confor­table (66,3%) considère qu’un gou­ver­nement dirigé par le Hamas doit pour­suivre les négo­cia­tions poli­tiques avec Israël ; 29,6% optent pour leur supension.

- Pas de contra­diction. Pour une majorité de sondés -52,3%de voix-​​ le fait que le Hamas exerce des res­pon­sa­bi­lités dans le gou­ver­nement n’est pas contra­dic­toire avec son rôle dans la résis­tance contre Israël. 44,6% y voient une contra­diction sérieuse.

- La pour­suite des opé­ra­tions mili­taires en question. A la question sur l’opportunité, post-​​scrutin, d’une reprise des opé­ra­tions contre des cibles israé­liennes à l’intérieur d’Israël et en Cis­jor­danie - bande de Gaza, une courte majorité (51,5%) s’y oppose jugeant qu’elles sont « dan­ge­reuses pour les intérêts nationaux pales­ti­niens », alors que 43,8% les sou­tiennent y voyant « la réponse appro­priée dans la situation poliique actuelle ». De même, une majorité des sondés (51,7%) pense que le Hamas, en tant que tel, doit arrêter ses opé­ra­tions, mais ils ne sont que 39,1% à sou­tenir leur pour­suite, 9,2% des sondés pré­férant ne pas répondre. En com­pa­raison, en juin 2004, 65,4% des Pales­ti­niens sou­te­naient la lutte armée et les attentats anti-​​israéliens.

- Soutien en baisse des opérations suicides.

Une majorité de 56,2% de Pales­ti­niens sont « encore favo­rables » ou « plutôt favo­rables » à de telles opé­ra­tions contre des civils israé­liens. Mais en avril 2003, ils étaient 75,6 % à les approuver. On note une aug­men­tation régu­lière de ceux qui s’y opposent : 29,3% en avril 2003, 38% en mai 2005 et 40,7% en février 2006.

- Pas d’inquiétude. Une forte majorité de sondés (69,7%) ne se sent pas « pas du tout » ni « vraiment inquiète » de la pos­si­bilité que le Hamas puisse imposer, demain, des res­tric­tions sociales aux Pales­ti­niens ; 29,6% se déclarent très ou plutôt inquiets.

La confiance dans les personnalités et les groupes palestiniens

- Abou Mazen tou­jours en tête. A la question sur la per­son­nalité pales­ti­nienne ins­pirant le plus confiance, Mahmoud Abbas continue à arriver en tête mais avec seulement 12,8% des voix sondées (contre 15,5% en décembre dernier, 24,8% en mai 2005 et 26,2% en décembre 2004). Ismail Hanyieh et Khaled Mesh’al, diri­geants du Hamas, arrivent res­pec­ti­vement à la seconde (10,7%) et à la troi­sième place (8,5%). Marwan Bar­ghouti (Fatah) arrive en qua­trième position avec 8% et Mahmoud Zahhar (Hamas) à la cin­quième avec 5,1%. La pro­portion de ceux qui ne font confiance à aucune per­son­nalité a diminué passant de 31,1% à 21,6%.

- Popu­larité. Le Hamas connaît une forte crois­sance de popu­larité et devient le parti poli­tique le plus popu­laire parmi les Pales­ti­niens, passant de 18,5% en décembre dernier à 38,7% en février 2006, au moment du sondage. C’est le pour­centage le plus élevé depuis 1994. Son meilleur score était de 22,6%, en octobre 2003. A l’inverse, le Fatah connaît un net recul et n’occupe plus que la seconde place, passant de 38,9% en décembre dernier à 30,6% lors du sondage.

Le processus de paix

- Opti­misme. Les Pales­ti­niens sondés sont en majorité confiants dans l’avenir. 79,8% se disent opti­mistes ou plutôt opti­mistes pour 68% en décembre 2005 et pour 61,3% en mai 2005.

- Deux Etats. La vic­toire du Hamas aux élec­tions légis­la­tives ne semble pas avoir modifié la conviction de la majorité des Pales­ti­niens en faveur d’une solution de « deux Etats ». 57,9% sou­tiennent cette option comme la meilleure solution au conflit, contre 55,1% en décembre dernier, tandis que 22,3% estiment qu’un Etat bina­tional sur toute la Palestine his­to­rique est pré­fé­rable. 10,5% appuient l’option d’un seul Etat pales­tinien et seulement 2,7 % celle d’un Etat islamique.

- Pro­cessus de paix incertain. Concernant l’avenir du pro­cessus de paix et la pos­si­bilité de reprendre des négo­cia­tions, une courte majorité de Pales­ti­niens (52,1%) pense que ce pro­cessus tra­verse une passe dif­ficile et que l’avenir est incertain, contre 47,3% en décembre 2005. La pro­portion de ceux qui estiment que le pro­cessus de paix n’est pas mort et qu’il existe une pos­si­bilité de reprendre les négo­cia­tions reste stable : autour de 25%. En revanche, le nombre de ceux qui pensent que le pro­cessus de paix est mort décroît, passant de 24,8% en décembre dernier à 19,4 % après les élections.

- Néga­tions et lutte armée. Sur la question de savoir quelle est la meilleure voie pour par­venir aux objectifs nationaux pales­ti­niens, 40,3% des sondés disent pré­férer le recours à la fois aux négo­cia­tions et à la lutte armée ; 38,8% ne croient qu’aux seules négo­cia­tions poli­tiques  ; 17,9% qu’à la seule lutte armée.

Traduction : Claude Léostic Révision : C.M.

66%de Pales­ti­niens sondés sont favo­rables à ce qu’un gou­ver­nement dirigé par le Hamas pour­suive des négo­cia­tions poli­tiques avec Israël.

58%préfèrent un gou­ver­nement d’unité nationale et 13,8% un gou­ver­nement de technocrates.

43%ont choisi le Hamas dans l’espoir de mettre fin à la cor­ruption et 8% pour des raisons reli­gieuses. Seuls 11,8% l’ont plé­biscité pour son pro­gramme politique.

70%déclarent n’être pas inquiets que le Hamas impose des res­tric­tions sociales aux Palestiniens.

40%considèrent que le parti poli­tique qui leur inspire le plus confiance est le Hamas (contre 30,6% en décembre). Le Fatah arrive en seconde position avec 30,6% (contre 38,9% en décembre). Mahmoud Abbas (Abou Mazen) demeure la per­son­nalité pales­ti­nienne qui inspire le plus confiance mais avec seulement 12,8%. Ismail Hanyieh (Hamas) arrive en seconde position avec 10,7% et Khaled Mash’al (Hamas) en troi­sième avec 8,5%.

41%revoteraient pour la liste du Hamas si des élec­tions devaient à nouveau se tenir aujourd’hui et 31% pour celle du Fatah.

NDLR : les pourcentages ont été arrondis.