Un soldat meurtrier héros de la droite israélienne

Elor Azaria, un militaire de 20 ans, franco-israélien, avait tiré une balle dans la tête d’un Palestinien gisant au sol. Trahi par une vidéo, il a été jugé et condamné. Verdict à suivre.

Pierre Barbancey, l’Humanité, lundi 9 janvier 2017

Des accrochages ont éclaté, hier, à Tel Aviv, entre les supporteurs du militaire et les forces de l'ordre. Photo : Jack Guez/AFP

Il est arrivé tout sourires devant le tribunal militaire israélien et sous les applaudissements d’un public convaincu d’une chose : leur « héros » est innocent. Lui, c’est Elor Azaria, soldat israélien de 20 ans, possédant la binationalité franco-israélienne. Il est jugé depuis mai 2016 pour avoir tiré une balle dans la tête d’un Palestinien, Abdel Fattah Al Sharif, gisant au sol, blessé, du sang coulant déjà de son corps, après avoir attaqué au couteau des soldats israéliens. C’était en mars dernier. Un procès qui n’a d’ailleurs lieu que parce qu’un Palestinien d’Hébron, où s’est déroulée la scène, a pu filmer ce qui s’est passé et a diffusé la vidéo. Sans cela, qui peut dire que le soldat aurait été inculpé ? L’affaire ayant fait le tour du monde, les autorités israéliennes ne pouvaient pas en rester là. Finalement, le tribunal a déclaré, hier, que ce soldat était coupable d’homicide. Mais les trois juges devraient prendre plusieurs semaines avant de prononcer leur peine.

Pour la droite, « ce procès n’aurait jamais dû avoir lieu »

Des accrochages ont éclaté entre des dizaines de jeunes supporteurs du militaire et les forces de l’ordre à l’extérieur du quartier général de l’armée où le tribunal statuait. Deux personnes ont été arrêtées, selon la police. « Le peuple d’Israël n’abandonne pas l’un de ses soldats sur le champ de bataille », proclamait une pancarte. Des rabbins extrémistes avaient, pour leur part, donné des explications religieuses pour soutenir le soldat meurtrier. Si, au sein de l’état-major, beaucoup ont voulu se poser en garants de certains idéaux militaires et ont poussé à ce que le Franco-Israélien soit jugé, ils se sont retrouvés bien minoritaires. La droite a été particulièrement virulente. « Ce procès n’aurait jamais dû avoir lieu », a ainsi déclaré la ministre de la Culture et des Sports, Miri Regev. Elor Azaria est « notre fils, notre enfant », a-t-elle ajouté, et il aurait dû faire l’objet de mesures disciplinaires au sein de son unité. Avant de devenir ministre de la Défense, Avigdor Lieberman avait signifié son soutien au soldat en assistant au début de son procès. Désormais détenteur de l’un des plus importants portefeuilles gouvernementaux, il a indiqué ne pas aimer le jugement. Naftali Bennett, ministre de l’Éducation et chef de file de la droite nationaliste, religieuse et des colons, a affirmé qu’Elor Azaria ne devait pas passer une seule journée en prison et qu’il devrait être gracié par le président s’il était reconnu coupable par les juges. La ministre de la Culture et des Sports a déclaré qu’elle présenterait le sujet au président Reuven Rivlin. Le ministre de l’Intérieur, Aryeh Deri, a également indiqué que le président devrait laisser Azaria sortir. Preuve cependant que la droite israélienne n’est pas seule, la députée de l’Union sioniste (dirigée par les travaillistes) Shelly Yachimovich était mercredi en début d’après-midi la seule élue de l’opposition à avoir demandé une grâce pour Azaria.

En 2016, un sondage réalisé par l’Institut Israel Democracy montrait que 47 % des juifs d’Israël soutenaient l’idée que « n’importe quel Palestinien qui menait une attaque contre des juifs devait être tué sur place, même s’il avait été capturé ou ne posait clairement plus aucun danger ». Selon le quotidien Haaretz, qui a étudié des cas similaires, Azaria ne devrait pas écoper des vingt ans de prison requis par le Code pénal. Le soldat peut encore faire appel et de la condamnation et de la sentence !