Un rapport secret révèle l’ampleur de la colo­ni­sation illégale par Israël en Palestine

Emilie Sueur, samedi 14 février 2009

La colo­ni­sation s’est pour­suivie sous tous les gou­ver­ne­ments israé­liens, de quelque bord qu’ils soient. Elle devrait aussi se pour­suivre pour « gérer la crois­sance natu­relle », selon la formule consacrée, avec le pro­chain cabinet.

Il y a quatre ans, le ministère israélien de la Défense, alors dirigé par Shaoul Mofaz, donnait pour mission au général de réserve Baroukh Spiegel d’établir une base de données exhaustive sur les colonies israé­liennes. Une mission à laquelle s’employèrent, pendant plus de deux ans, Spiegel et son équipe.

En raison de leur caractère explosif, les résultats de cette enquête n’ont jamais été rendus publics. Ehud Barak a notamment estimé que les conclu­sions de cette étude pou­vaient « nuire à la sécurité de l’État ou à sa poli­tique étrangère ».

Seulement voilà, le quo­tidien israélien Haaretz a réussi à se pro­curer le rapport et l’a publié le 1er février, alors que George Mit­chell, émis­saire de Barack Obama pour le Moyen-​​Orient, mais également rédacteur de la feuille de route de 2001 qui mettait en parallèle l’arrêt du ter­ro­risme et l’arrêt de la construction dans les colonies, venait d’achever une tournée dans la région.

La base de données passe en revue et dans le détail chaque colonie, pré­cisant notamment sa forme, le nombre de ses habi­tants, le statut juri­dique de la terre sur laquelle elle a été construite ou encore les avant-​​postes sau­vages situés à proximité. « Sous chaque entrée, sou­lignée en rouge, on trouve une infor­mation sur l’étendue de la construction effectuée sans auto­ri­sation et sa loca­li­sation exacte dans la colonie », précise le Haaretz.

Les conclu­sions sont édifiantes. Pour environ 75 % des 120 colonies de Cis­jor­danie, « la construction a été effectuée, parfois sur une grande échelle, sans les permis requis ou en contra­vention avec les permis obtenus.

La base de données révèle également que dans plus de 30 colonies, d’importantes construc­tions d’immeubles publics et infra­struc­tures (routes, écoles, syna­gogues, écoles rab­bi­niques et même com­mis­sa­riats de police) ont été effec­tuées en Cis­jor­danie sur des terres qui appar­te­naient à des pro­prié­taires pales­ti­niens privés », révèle le Haaretz, qui sou­ligne que le rapport concerne toutes les colonies, et pas seulement celles dites « sauvages ».

Le quo­tidien israélien sou­ligne que les infor­ma­tions de cette base de données ne cor­res­pondent pas à celles mises en ligne sur le site Web du ministère des Affaires étran­gères, « selon lequel "les actions d’Israël rela­tives à l’usage ou à l’attribution de terres qu’il admi­nistre sont toutes prises en res­pectant tota­lement les règles et les normes du droit inter­na­tional - Israël ne réqui­si­tionne pas de terres privées pour construire des colonies" ». Le Haaretz enfonce le clou : « Cette impression de dis­so­nance ne fait que grandir quand on découvre que des bureaux muni­cipaux, des com­mis­sa­riats de police et des casernes de pom­piers sont également bâtis, et fonc­tionnent actuel­lement, sur des terres qui appar­tiennent à des Palestiniens ».

Étant donné le niveau de détail de cette base de données, l’on com­prend qu’elle puisse engendrer de nou­velles batailles juri­diques. Voici un exemple parmi tant d’autres, celui de la colonie d’Ofra, cité par le Haaretz : « D’après un récent rapport de B’Tselem, la plupart des zones déve­loppées des colonies sont situées sur des terres pales­ti­niennes privées et font ainsi partie de la caté­gorie des avant-​​postes illégaux des­tinés à être évacués.

Le Conseil général des colons, Yesha, a réagi au rapport de B’Tselem en affirmant que les « faits » contenus dans le rapport étaient « tota­lement infondés et des­tinés à pré­senter une image biaisée. Les habi­tants de la colonie d’Ofra font attention aux droits des pro­prié­taires arabes, avec les­quels ils sont par­venus à un accord concernant la construction des quar­tiers ainsi qu’à un autre qui permet aux pro­prié­taires privés de continuer à cultiver leurs terres ». Mais les infor­ma­tions sur Ofra contenues dans la base de données ne laissent planer aucun doute : « La colonie n’est pas conforme aux plans de construction validés. La plupart des bâti­ments de la com­mu­nauté se trouvent sur des terres privées enre­gis­trées comme telles, sans aucune base juri­dique et sans pos­si­bilité de les convertir en terres à usage non privé. » Les cas simi­laires se comptent par dizaines.

L’organisation La Paix main­tenant a, par ailleurs, récemment indiqué que les construc­tions, dans les colonies, ont aug­menté de 57 % en 2008 et le nombre total de colons est passé de 270 000 en 2007 à 285 000 en 2008. À noter que le taux de crois­sance démo­gra­phique dans les colonies est en moyenne de 5 % par an, soit deux fois plus que le taux en Israël.

Reste à savoir si George Mit­chell saura rap­peler le point de sa « feuille de route » concernant les colonies au « mauvais » sou­venir des Israéliens.