Un proche d’Olmert a discuté avec le Hamas tandis qu’Abbas estime que le pro­cessus de paix doit rester une priorité

Serge Dumont ; Wafa Amr, mardi 16 septembre 2008

Financées par un mil­liar­daire amé­ricain proche du camp israélien de la paix, ces dis­cus­sions se sont déroulées en Europe, en Turquie ainsi qu’à Jérusalem-​​Est. Le pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne a déclaré samedi 13 sep­tembre qu’il deman­derait à la pro­chaine admi­nis­tration amé­ri­caine de faire des pour­parlers de paix avec Israël une priorité.

« Nos ren­contres se sont passées dans le calme. » Ami per­sonnel du premier ministre Ehoud Olmert et ancien diri­geant de plu­sieurs radio-​​télévisions publiques israé­liennes, Yitzhak Livni a confirmé lundi qu’il a, « à titre per­sonnel », par­ticipé à une série de réunions avec des res­pon­sables du Hamas. Parmi ceux-​​ci, Nasser Hadin a-​​Shaer (l’ex-adjoint du « premier ministre » à Gaza, Ismaïl Haniyeh) ainsi que l’ex-ministre pales­tinien de la Justice, Ali al-​​Sartawi, deux cadres de l’organisation résidant en Cis­jor­danie. Quant à Ahmad Youssouf, un haut res­pon­sable isla­miste qui fut long­temps le prin­cipal conseiller poli­tique d’Ismaïl Haniyeh, il avait accepté de par­ti­ciper à l’une de ces réunions, mais il a fina­lement changé d’avis sans motiver sa décision.

« Pas au courant »

Financées par un mil­liar­daire amé­ricain proche du camp israélien de la paix, ces dis­cus­sions se sont déroulées en Europe, en Turquie ainsi qu’à Jérusalem-​​Est (la partie arabe de la ville sainte). Outre Yitzhak Livni, le pro­fesseur Shy Feldman (un ensei­gnant de l’Université de Tel-​​Aviv détaché à Boston) a par­ticipé aux dis­cus­sions, accom­pagné de Yaïr Hir­shfeld, un uni­ver­si­taire qui avait déjà par­ticipé au début des années 1990 aux contacts secrets avec l’OLP qui allaient déboucher sur les pour­parlers d’Oslo (1993).

Selon Yitzhak Livni, les dis­cus­sions visaient prin­ci­pa­lement à sonder le Hamas quant à une éven­tuelle recon­nais­sance du droit à l’existence de l’Etat hébreu assortie d’une renon­ciation au ter­ro­risme. Elles n’ont donné aucun résultat concret, semble-​​t-​​il. « Nous avons compris que, pour le moment, l’organisation isla­miste n’est pas prête à accepter plus qu’une houdna (trêve) à long terme », affirme Yitzhak Livni. Et d’ajouter : « Je n’exclus cependant pas que les dis­cus­sions se soient pour­suivies après mon retrait et avec d’autres intervenants. »

A en croire les par­ti­ci­pants israé­liens au forum, Ehoud Olmert « n’était pas au courant » de son exis­tence. Mais les com­men­ta­teurs de la presse israé­lienne ont du mal à prendre cette décla­ration au sérieux. Ils rap­pellent que les res­pon­sables de l’Etat hébreu avaient déjà feint l’ignorance lorsque Yaïr Hir­shfeld entre­tenait des contacts secrets avec l’OLP et pré­parait le terrain au pro­cessus d’Oslo. « Les diplo­mates pro­fes­sionnels appellent ces contacts informels des back channels et il en existe beaucoup dans notre région, explique le spé­cia­liste Raviv Drucker. Si les diri­geants israé­liens ne savaient pas, les ser­vices de ren­sei­gne­ments étaient eux par­fai­tement au courant. » [1]

Par ailleurs, le pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne Mahmoud Abbas a déclaré samedi 13 sep­tembre qu’il deman­derait à la pro­chaine admi­nis­tration amé­ri­caine de faire des pour­parlers de paix avec Israël une priorité."En sup­posant que nous ne trou­vions pas d’accord (d’ici la fin de mandat du pré­sident George Bush), nous pressons la nou­velle admi­nis­tration amé­ri­caine de pour­suivre le pro­cessus de paix et de le traiter comme une priorité", a dit Abbas lors d’une confé­rence de presse à Ramallah, en Cisjordanie.

Selon des res­pon­sables pales­ti­niens, Abbas va ren­contrer Bush le 26 sep­tembre à Washington afin d’examiner l’état des dis­cus­sions relancées l’année der­nière à Anna­polis (Maryland) et que la Maison blanche espérait conclure d’ici la fin de l’année.

"Nous dirons au pré­sident Bush où nous en sommes dans nos négo­cia­tions avec les Israé­liens et détailleront les points d’accord et de désaccord", a expliqué Abbas.

"Nous ne cher­chons pas un accord pro­vi­soire qui ne cou­vrirait pas cer­taines ques­tions clés", telles que le statut de Jéru­salem, celui des réfugiés, les contours d’un futur Etat pales­tinien, la sécurité ou les colonies, a-​​t-​​il rappelé.

"Soit nous trouvons un accord global soit rien du tout. Nous tra­vaillons sur cette base. Pouvons-​​nous y par­venir d’ici la fin de l’année ? Cela demande d’importants efforts et nous pour­sui­vrons notre effort, mais nous ne pouvons pas le dire avec cer­titude", a-​​t-​​il ajouté.

Les négo­cia­teurs pales­ti­niens ont fait savoir que les dis­cus­sions se pour­sui­vraient d’ici la fin du mandat de George Bush, qui passera la main à son suc­cesseur le 20 janvier, et d’ici la dési­gnation d’un nouveau Premier ministre israélien.

L’actuel chef du gou­ver­nement israélien Ehud Olmert, écla­boussé par des soupçons de cor­ruption, a annoncé sa démission. Une élection est prévue mer­credi au sein de Kadima, pour lui trouver un suc­cesseur à la tête du parti, qui sera chargé de former un nouveau gou­ver­nement.  [2]