Un parc industriel franco-​​palestinien lancé à Bethléem

Gilles Paris, vendredi 4 septembre 2009

Pour la pre­mière fois depuis l’arrivée au poste de premier ministre de Benyamin Néta­nyahou, en mars, une ren­contre a réuni, mer­credi 2 sep­tembre, à Jéru­salem, le ministre israélien du déve­lop­pement, Silvan Shalom, et le ministre pales­tinien de l’économie, Bassem Khoury. Cette ren­contre avait pour objectif l’amélioration de la cir­cu­lation des biens et des per­sonnes dans les ter­ri­toires pales­ti­niens, et entre Israël et ces ter­ri­toires, soumis à un qua­drillage très strict par l’armée israé­lienne depuis la deuxième Intifada. Ce qua­drillage est le prin­cipal obs­tacle auquel se heurte l’économie pales­ti­nienne, qui a enre­gistré au cours des der­nières années une récession sans précédent.

Cette ren­contre inter­vient à quelques semaines de l’inauguration offi­cielle d’un parc indus­triel à Bethléem, en Cis­jor­danie, signe ténu mais réel d’une amé­lio­ration de l’économie, qui contraste avec le blocus imper­méable de la bande de Gaza, main­tenue dans une situation inquiétante.

Lancé par le pré­sident français Nicolas Sarkozy en juin 2008, le projet de Bethléem a vu le jour avant des ini­tia­tives simi­laires mais plus anciennes sou­tenues par le Japon, l’Allemagne et la Turquie. Une rapidité relative qui s’explique prin­ci­pa­lement par le choix de situer ce parc en zone A, c’est-à-dire dans la petite partie des ter­ri­toires contrôlés exclu­si­vement par l’Autorité pales­ti­nienne en Cis­jor­danie, et non en zone B et C, où Israël continue d’être le seul res­pon­sable en matière de sécurité.

Le parc est un projet entiè­rement franco-​​palestinien, financé à parts égales par les deux parties. L’Agence fran­çaise de déve­lop­pement (AFD) s’est impliquée pour 10 % des 50 % de la partie fran­çaise, les 40 % res­tants ont été apportés par une fon­dation pré­sidée par la phi­lan­thrope belge Corinne Evens. Côté pales­tinien, 40 % des fonds appar­tiennent au privé, soutenu par la Chambre de com­merce de Bethléem. Le projet doit per­mettre, selon Bassem Khoury, "la création de 500 emplois par an pendant cinq ans".

"LA PAIX ÉCONOMIQUE"…

Pour obtenir des Israé­liens les auto­ri­sa­tions néces­saires, la partie fran­çaise a choisi de confier une mission de bons offices à une conseillère UMP de Paris, Valérie Hof­fenberg, par ailleurs direc­trice pour la France de l’American Jewish Com­mittee. "Je crois à ce projet, il doit non seulement redonner l’espoir à toute une région, mais aussi constituer une bonne affaire", estime-​​t-​​elle. En août, cette conseillère a d’ailleurs été nommée "repré­sen­tante spé­ciale de la France pour la dimension écono­mique, cultu­relle, com­mer­ciale, éducative et envi­ron­ne­mentale du pro­cessus de paix au Proche-​​Orient". Cette nomi­nation a été contestée par l’association France-​​Palestine Soli­darité, arguant du soutien apporté à Israël par l’American Jewish Committee.

Le projet de parc de Bethléem a fait l’objet d’un rare consensus entre Israé­liens et Pales­ti­niens. Alors que les dis­cus­sions poli­tiques sont au point mort depuis plus d’un an, l’initiative s’insère dans le concept de "paix écono­mique" déve­loppé par M. Néta­nyahou à l’occasion des élec­tions de février.

M. Khoury et Mme Hof­fenberg divergent sur cer­tains aspects de la situation propre à Bethléem, notamment le tracé de la "clôture de sécurité" érigée en Cis­jor­danie par Israël pour pré­venir offi­ciel­lement les infil­tra­tions, et dénoncée par les Pales­ti­niens. Mme Hof­fenberg juge ainsi qu’elle est "bien­venue si elle a permis de ramener la confiance" entre Israé­liens et Pales­ti­niens. Mais l’un et l’autre se disent convaincus que des mesures d’assouplissement ne peuvent per­mettre de faire l’économie de négo­cia­tions poli­tiques. "La paix écono­mique, c’est une farce", assure M. Khoury.