Un ministre de la guerre

Gideon Levi, mardi 18 mars 2008

Barak donné carte blanche aux forces de défense israé­liennes pour leurs actions contre les Pales­ti­niens et a ordonné que la force soit bien démontrée, ce qui incluait l’opération sur Gaza qui a fait 120 morts et n’a donné aucun résultat.

Le ministre de la Défense Ehud Barak est bien décevant. Il a été le premier homme d’Etat qui a osé sug­gérer des solu­tions cou­ra­geuses, quoique incom­plètes. Il s’est main­tenant trans­formé en saboteur en chef de toute chance de calmer les combats, de mettre en place des cessez-​​le-​​feu ou d’instaurer un progrès diplo­ma­tique. Il ne croit sûrement pas à l’initiative de paix d’Olmert et tente de son mieux de la détruire.

Si vous craignez le res­pon­sable du Likoud Ben­jamin Neta­nyahu, ima­ginez à quel point il pourra faire plus de tort au pro­cessus de paix que Barak ? Nous ne pouvons plus faire la dif­fé­rence entre leurs dis­cours et leurs actes. Si le calme semble se mettre en place, Barak donne les ins­truc­tions pour qu’une ten­tative d’assassinat, idiote et dan­ge­reuse, soit menée à Bethléem ; suf­fi­samment pour raviver le feu et éviter le calme.

Si les tirs de roquettes Qassam sont arrêtés, Barak fera tout pour s’assurer qu’ils reprennent et jus­tifier ainsi « l’opération à grande envergure » qu’il envisage à Gaza. Si le pré­sident de l’Autorité Pales­ti­nienne, Mahmoud Abbas, tente déses­pé­rément de faire avancer des négo­cia­tions, Barak éliminera toute aide dans ce sens. Si le Hamas suggère la mise en place d’un cessez-​​le-​​feu, Barak répondra : « Nous devons nous attendre à être les témoins de scènes dif­fi­ciles à Gaza avant que le calme n’y soit ins­tauré ». Si tout est calme sur le front nord, les pyro­manes israé­liens vont demander, suite à des allé­ga­tions, la tête de Imad Mugh­niyah du Hez­bollah. La direction de la sécurité fait ce que bon lui semble : tuer, détruire, empêcher, se saisir des fonds, donner des ordres pour fermer les magasins et les usines de la Cis­jor­danie ; per­mettre la construction de nou­velles colonies en Cis­jor­danie et lit­té­ra­lement humilier l’Autorité Pales­ti­nienne. La sécurité oublie les négo­cia­tions, les obli­ga­tions d’Israël et autres dis­cus­sions de paix.

Barak, de manière aussi bruyante que le moindre colon zélé ou qu’un leader du Hamas, s’est vanté de l’opération Bethléem. « Nous avons une fois encore prouvé qu’Israël poursuit et détruit les meur­triers qui ont du sang juif sur les mains. » a-​​t-​​il dit. Une fois de plus, il a prouvé qu’il ne parle et ne pense qu’à la vengeance.

Est-​​il au courant de la décision de la Haute Cour de Justice rendue en 2006 et qui interdit les assas­sinats ciblés comme moyen de punir, se venger ou pré­venir ? L’un des fils de ceux qui ont été assas­sinés à Bethléem a indiqué qu’un des soldats des FDI avait promis de mettre son père, qu’il n’avait pas vu depuis dix ans, dans un sac à cadavre. Quelque chose dont Barak pourra être fier. Il a donné carte blanche aux forces de défense israé­liennes pour leurs actions contre les Pales­ti­niens et a ordonné que la force soit bien démontrée, ce qui incluait l’opération sur Gaza qui a fait 120 morts et n’a donné aucun résultat. Le Hamas a évoqué la pos­si­bilité d’instaurer un cessez-​​le-​​feu, mais qui l’a refusé ? Israël, l’objecteur de paix.

Au lieu de donner l’ordre aux FDI pour ramener le calme dans la région, ce qui cor­res­pon­drait aussi aux nou­velles ini­tia­tives gou­ver­ne­men­tales, il fait tout ce qui est en son pouvoir pour les faire échouer. Et il nous faut encore men­tionner la question des prin­cipes moraux : ils sont loin les jours où il existait un débat sur les assas­sinats ciblés. A l’époque où les gens sou­te­naient qu’ils étaient menés contre des « bombes à retar­dement ». Aujourd’hui, même des ter­ro­ristes à la retraite sont froi­dement assas­sinés dans leurs voi­tures. Ils sont accusés d’anciens crimes sans jugement, au lieu d’être arrêtés, ce qui pourrait per­mettre d’éviter une nou­velle explosion de vio­lence tout en res­pectant une cer­taine moralité.

Barak n’est pas le seul. Bien que son parti soit petit et qu’il souffre, il n’en reste pas moins un parti poli­tique et son silence est abo­mi­nable. Le Shas peut faire de plus en plus de plans de construc­tions de colonies, mais le parti Tra­vailliste n’essaye même plus d’atteindre ses objectifs. Où sont donc passés Amir Peretz, Ami Ayalon, Yuli Tamir, Shelly Yachi­movich, Colette Avital, Raleb Majadele et Ophir Pines-​​Paz à l’heure où leur chef de parti les entraîne dans l’oubli ? Pourquoi ne font-​​ils pas entendre leurs voix pour pro­tester ? Et pourquoi le premier ministre ne freine t-​​il pas son ministre de la défense ?

Lorsque la poli­tique menée par Barak amènera bientôt une nou­velle confla­gration, tous seront cou­pables. On se sou­viendra d’eux comme ayant par­ticipé à cette ter­rible dis­grâce. Et ensuite on se sou­viendra qu’il y a eu de l’espoir mais que le chef des Tra­vaillistes a tout fait, parmi eux, pour saboter cet espoir. Et per­sonne n’a rien fait pour l’empêcher.