Un levier pour Abbas

Ghassan Khatib, mercredi 8 février 2006

Le gou­ver­nement que le Hamas va former en consé­quence de sa vic­toire aux récentes élec­tions légis­la­tives dépend très lar­gement de l’aide inter­na­tionale. Ainsi la com­mu­nauté inter­na­tionale pourrait avoir une grande influence sur la façon dont les événe­ments vont se déve­lopper à partir de là.

Pour le moment, et alors qu’il faut dire que la com­mu­nauté inter­na­tionale a usé d’approches dif­fé­rentes pour traiter de la situation pales­ti­nienne, y compris la lute interne entre le Fatah et le Hamas, Israël et les Etats-​​unis en par­ti­culier n’ont apporté aucune aide.

Pendant l’année passée, les Etats-​​unis et Israël ont sys­té­ma­ti­quement refusé de ren­forcer la direction pales­ti­nienne, par­ti­cu­liè­rement le Pré­sident Mahmoud Abbas, en refusant d’entrer dans un pro­cessus poli­tique avec l’Autorité Pales­ti­nienne. Ceci s’est à son tour révélé pro­fiter lar­gement au Hamas.

La com­mu­nauté inter­na­tionale dispose main­tenant de deux stra­tégies dans ses rela­tions avec le nouveau gou­ver­nement palestinien.

L’une est d’essayer d’affaiblir le gou­ver­nement dirigé par le Hamas par une ten­tative de le ren­verser et de ren­forcer l’opposition poli­tique pales­ti­nienne. L’autre est de pra­tiquer la poli­tique de la carotte et du bâton afin d’amener pro­gres­si­vement le Hamas à modérer ses positions.

La com­mu­nauté inter­na­tionale et l’opposition pales­ti­nienne par­tagent deux pré­oc­cu­pa­tions à propos de la nou­velle domi­nation poli­tique du Hamas. : savoir si le Hamas pour­suivra sa stra­tégie vio­lente contre Israël, spé­cia­lement contre les civils israé­liens à l’intérieur d’Israël et quelle sera la position poli­tique et l’attitude du Hamas vis à vis d’Israël, des accords signés avec lui et des réso­lu­tions des Nations -unies afférant à la situation, essen­tiel­lement la feuille de Route. Et les Pales­ti­niens ont une pré­oc­cu­pation sup­plé­men­taire, à savoir l’agenda social du mou­vement islamique.

Quelle que soit la stra­tégie que choisira la com­mu­nauté inter­na­tionale, il est important de com­prendre que, alors que le monde dispose d’un réel levier, sa poli­tique peut être une arme à double tran­chant. Si une effort concerté est maintenu au niveau inter­na­tional pour miner un gou­ver­nement dirigé par le Hamas, le résultat pourrait bien être une plus grande sym­pathie de l’opinion publique pour le Hamas en Palestine et dans d’autres pays arabes.

Cela pourrait donner au Hamas une marge de manoeuvre. Par le biais de conces­sions à Israël sur la sécurité et sur des posi­tions poli­tiques il peut gagner du temps pour conso­lider ses bases idéo­lo­giques et sociales en Palestine.

Ainsi, la com­mu­nauté inter­na­tionale doit avancer pru­demment et l’un des pre­miers traits de sa stra­tégie qui apparaît déjà dans le langage utilisé jusqu’à main­tenant est la dif­fé­ren­ciation énoncée entre le Hamas d’un côté et le gou­ver­nement pales­tinien de l’autre.

Cela est peut être un signal que la com­mu­nauté inter­na­tionale est prête à traiter avec un gou­ver­nement pales­tinien non-​​Hamas qui pour­sui­vrait sa poli­tique sur les posi­tions et atti­tudes de l’actuel gou­ver­nement pales­tinien, tout en épar­gnant au Hamas la pression qu’il subirait pro­ba­blement dans l’hypothèse où le mou­vement for­merait un gou­ver­nement qui serait uni­quement ou même par­tiel­lement Hamas.

L’impasse éven­tuelle qui résul­terait du conflit entre les menaces du monde exté­rieur de ne pas traiter avec un gou­ver­nement Hamas et la ten­tation du Hamas de capi­ta­liser sa vic­toire en formant ce gou­ver­nement, pourrait à son tour per­mettre au Pré­sident Abbas de dis­poser d’un levier.

Abbas pourrait uti­liser ce levier pour convaincre le Hamas de le laisser , en consul­tation avec le mou­vement, former un gou­ver­nement qui pourrait sur­vivre en interne et en même temps être accep­table par la com­mu­nauté inter­na­tionale en tant que repré­sen­tation de la volonté du Pré­sident et en accord avec sa poli­tique gouvernementale.

Cela devrait être pos­sible car la repré­sen­tation poli­tique du peuple pales­tinien, dans le cadre de la répar­tition interne des tâches , revient à l’OLP dont Abu Mazen est le diri­geant, et non au gou­ver­nement auquel la majorité Hamas au par­lement est sup­posée voter la confiance.