Un fiasco américain

Heba Zaghloul, jeudi 28 janvier 2010

L’échec de la tournée de l’émissaire amé­ricain George Mit­chell au Proche-​​Orient coïncide avec le début des travaux de la com­mission de l’Onu sur « les droits inalié­nables du peuple palestinien ».

La tournée que George Mit­chell a entamée jeudi dernier au Proche-​​Orient a été un fiasco. L’émissaire amé­ricain a mul­tiplié les navettes entre Tel-​​Aviv, Ramallah et Jéru­salem, en plus d’une visite à Amman et au Caire sans par­venir à débloquer le pro­cessus de paix.

Rien de sur­prenant. Après tout, qu’est-ce qui aurait pu faire réussir cette nou­velle ten­tative amé­ri­caine ? En l’absence de toute pression à l’encontre de l’Etat hébreu, le premier ministre israélien est resté intran­si­geant, refusant de faire une quel­conque concession. Tou­jours fidèle aux décla­ra­tions vagues et ambiguës, il a déclaré dimanche dernier avoir trouvé cer­taines idées amé­ri­caines « inté­res­santes ». En même temps, il mul­tiplie les pro­vo­ca­tions. Quelques heures à peine, après un entretien avec Mit­chell, Benyamin Neta­nyahu s’est rendu à Gush Etzion et Maale Adoumim, deux blocs de colonies en Cis­jor­danie qui encerclent Jérusalem-​​Est, pour planter un arbre. « Notre message est clair : en plantant un arbre ici, nous signi­fions que nous res­terons ici, que nous construirons ici et que ce lieu sera pour tou­jours une partie insé­pa­rable de l’Etat d’Israël », a-​​t-​​il lancé. Un message aux colons, certes, mais il s’agit surtout d’un message dirigé aux Pales­ti­niens et à la com­mu­nauté inter­na­tionale : Israël n’a pas l’intention de reprendre le chemin de paix. Plus encore, le gou­ver­nement israélien ne res­pecte même pas le gel partiel des construc­tions de colonies dans les ter­ri­toires occupés, à l’exception de Jéru­salem. Ainsi en dépit du gel décrété et malgré un arrêt de la Haute Cour de justice israé­lienne, pro­noncé il y a un an, les construc­tions se pour­suivent à Kyriat Netafim, une colonie de Cisjordanie.

Les Pales­ti­niens, de leur côté, conti­nuent de refuser le retour à la table de négo­cia­tions avant l’arrêt total des acti­vités de colo­ni­sation et ce dans tous les ter­ri­toires pales­ti­niens, Jéru­salem inclus. Pour eux, il ne s’agit pas d’une condition qu’ils émettent mais de la simple appli­cation de la feuille de route qui engage Israël à mettre fin à sa poli­tique de colonisation.

« Ce qui entrave en réalité les efforts du sénateur Mit­chell et du pré­sident Obama, c’est Israël avec ses colonies, ses incur­sions et ses assas­sinats. Quand nous disons qu’Israël doit cesser de construire des colonies, cela n’est pas une condition pales­ti­nienne. Il s’agit d’un enga­gement israélien qui doit être res­pecté », a déclaré Saëb Ereqat, chef négo­ciateur pales­tinien. L’Autorité pales­ti­nienne est d’autant plus consciente que si elle aban­donne cette reven­di­cation, sa popu­larité, voire même sa légi­timité vis-​​à-​​vis de la popu­lation pales­ti­nienne, sera défi­ni­ti­vement com­promise au profit du Hamas.

Or face à cette impasse, cer­tains craignent que le gou­ver­nement amé­ricain ne finisse par délaisser le volet israélo-​​palestinien. L’entretien du pré­sident amé­ricain publié jeudi dernier dans l’hebdomadaire Time semble confirmer ces craintes. « Je pense que nous avons sur­estimé nos pos­si­bi­lités de les convaincre (Israé­liens et Pales­ti­niens) d’engager des négo­cia­tions de paix », a déclaré Obama. « Les divi­sions au sein des deux sociétés (pales­ti­nienne et israé­lienne) rendent très dif­ficile aux uns et aux autres le retour à des négo­cia­tions », a-​​t-​​il ajouté. Washington menace-​​t-​​elle de jeter l’éponge ? Pos­sible, mais en tout cas, les propos d’Obama sont loin de ras­surer le côté pales­tinien qui espérait qu’avec l’élection du pré­sident Barack Obama, une nou­velle poli­tique amé­ri­caine sera plus équi­librée et moins partielle.

Mais la réalité est tout autre : les admi­nis­tra­tions amé­ri­caines changent mais le soutien de Washington envers Israël reste indemne.

Les droits du peuple palestinien

Etrange coïn­ci­dence : le début de la tournée de Mit­chell au Proche-​​Orient inter­vient le même jour de l’ouverture jeudi dernier à New York des travaux de la Com­mission de l’Onu sur les « droits inalié­nables du peuple pales­tinien ». Et le secré­taire général de l’Onu, Ban Ki-​​moon, semble avoir une opinion sans équi­voque sur la poli­tique israélienne.

« La com­mu­nauté inter­na­tionale est opposée à la pré­sence israé­lienne et à la pour­suite des construc­tions à Jérusalem-​​Est. L’activité de colo­ni­sation est un obs­tacle à la réa­li­sation d’une paix fondée sur l’existence de deux Etats. Tout ceci n’est dans l’intérêt de per­sonne — et surtout pas d’Israël. La colo­ni­sation sape la confiance entre les deux parties et semble pré­juger du résultat des négo­cia­tions sur le statut per­manent », a-​​t-​​il déclaré.

Face à ces cri­tiques, le gou­ver­nement israélien n’a pas hésité à accuser Ban Ki-​​moon de tenir des propos « dés­équi­librés et uni­la­téraux ». Il s’agit là de la même rhé­to­rique uti­lisée par l’Etat hébreu il y a quelques mois contre le juge juif sud-​​africain Richard Gold­stone, qui avait osé accuser le gou­ver­nement israélien d’avoir commis des crimes de guerre, voire des crimes contre l’humanité à l’encontre des Pales­ti­niens lors de la guerre contre Gaza, l’hiver dernier.

Ceci dit, les cri­tiques du secré­taire général, qui viennent récon­forter la position pales­ti­nienne tant qu’elles ne sont pas assorties de pres­sions, ne risquent pas de convaincre les Israé­liens d’abandonner leur poli­tique expan­sion­niste dans les ter­ri­toires pales­ti­niens. L’impuissance de la com­mu­nauté inter­na­tionale et les récentes décla­ra­tions du pré­sident amé­ricain laissent peu de place à l’optimisme. Il semble que comme tou­jours et en dépit du constat inter­na­tional du « droit inalié­nable du peuple pales­tinien » à la sou­ve­raineté et à la liberté, le peuple pales­tinien reste livré à son sort.