Un ex-​​soldat israélien veut devenir Palestinien

Laura Raim, Le Figaro​.fr, vendredi 15 juin 2012

Le jeune Andre Pshe­nich­nikov explique vouloir rejoindre « la résis­tance pales­ti­nienne ». Une démarche qui suscite la sus­picion tant côté israélien que palestinien.

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Ariel Schalit/​AP

« Je hais le sio­nisme ». L’explication a le mérite d’être claire. Andre Pshe­nich­nikov, un jeune juif de 23 ans, veut renoncer à sa natio­nalité israé­lienne pour devenir Pales­tinien. Arrivé à 13 ans du Tad­ji­kistan avec sa famille, Andre a fait ses trois ans de service mili­taire obli­ga­toire avant de tra­vailler une année sup­plé­men­taire pour l’armée en tant qu’informaticien. C’est pendant son service qu’il aurait com­mencé à déve­lopper un regard cri­tique sur la situation pales­ti­nienne. En sortant de l’armée en avril, il s’est ins­tallé quelques mois dans le camp de réfugiés pales­ti­niens Deheishe en Cis­jor­danie et il a tra­vaillé sur des chan­tiers et comme serveur dans un hôtel à Bethleem. Actuel­lement en voyage en Europe, le jeune homme compte bien s’installer en Cis­jor­danie à son retour et trouver un poste de guide rus­so­phone à Bethléem, la ville natale de Jésus que de nom­breux tou­ristes russes viennent visiter chaque année. « Je veux faire partie de la résis­tance pales­ti­nienne, a-​​t-​​il expliqué à Asso­ciated Press. J’appelle tous les Israé­liens qui sou­tiennent la création d’un État pales­tinien à venir vivre en Cis­jor­danie ou à Gaza en tant que Palestiniens ».

Pris pour un espion israélien

Mal­heu­reu­sement pour lui, sa démarche est perçue avec autant de sus­picion du côté pales­tinien qu’israélien. Dans le camp de réfugiés, cer­tains l’ont pris pour un espion israélien, d’autant plus qu’il aurait menti en se pré­sentant comme un militant pro-​​palestinien russe. La police pales­ti­nienne l’a remis deux fois aux auto­rités israé­liennes, qui lui ont interdit de retourner dans les ter­ri­toires occupés.

Si des mil­liers d’habitants pales­ti­niens de Jérusalem-​​est demandent (dis­crè­tement) la citoyenneté israé­lienne, la démarche inverse est excep­tion­nelle. Reste donc à voir si Pshe­nich­nikov réussira à aller au bout de son projet. Il existe quelques rares cas de citoyens juifs israé­liens vivant sous autorité pales­ti­nienne, souvent après avoir épousé des Palestiniens.

Tech­ni­quement, Pshe­nich­nikov ne peut pas devenir citoyen pales­tinien, puisqu’il n’existe pas encore de véri­table État pales­tinien. Il peut tou­tefois demander à l’Autorité Pales­ti­nienne de lui délivrer une carte de résident ou même un pas­seport pales­tinien, comme c’est prévu pour les habi­tants des zones A de la Cis­jor­danie dans les accords d’Oslo II de 1995. Il pourra alors demander à renoncer à la natio­nalité israé­lienne, comme le font chaque année une cen­taine d’Israéliens qui quittent le pays.

Et la double citoyenneté israélo-​​palestinienne ? En théorie elle est impos­sible, mais quelques cas sym­bo­liques font exception. Ainsi, le célèbre chef d’orchestre argentino-​​israélien Daniel Barenboim a accepté en 2008 de recevoir un pas­seport pales­tinien « hono­ri­fique », en guise de remer­ciement pour son enga­gement auprès de la cause pales­ti­nienne. L’année der­nière, c’est le militant de la paix israélien Ofer Bronchtein qui s’est vu remettre un pas­seport pales­tinien des mains de Mahmoud Abbas, lors de la visite du pré­sident pales­tinien à Paris. « Une façon de démontrer qu’il faut œuvrer pour la création d’un État pales­tinien et que c’est pos­sible », avait-​​il expliqué.