Un bon début qui appelle des actes concrets (à propos du discours d’Obama)

Communiqué de l’Afps, lundi 8 juin 2009

M. Barack Obama affiche un chan­gement de ton radical par rapport à ses pré­dé­ces­seurs vis-​​à-​​vis du monde arabe et du monde musulman, comme vis-​​à-​​vis du conflit israélo-​​palestinien, dont la réso­lution sur la base du droit inter­na­tional est une question cen­trale. Des mesures concrètes s’imposent pour contraindre Israël à res­pecter enfin le droit inter­na­tional. L’Europe et la France ont en ce sens un rôle à jouer comme l’exigent de plus en plus nom­breux les citoyens.

C’est une véri­table rupture de ton avec celui de son pré­dé­cesseur que vient d’afficher le pré­sident des Etats-​​Unis, M. Barack Obama, pour sa pre­mière visite dans le monde arabe

D’abord, après la poli­tique guer­rière mise en œuvre par les néo-​​conservateurs amé­ri­cains engagés dans une croisade au nom du « choc des civi­li­sa­tions », il en a appelé à une nou­velle ère de rela­tions entre les Etats-​​Unis et le monde musulman.

Ensuite, estimant qu’une course aux arme­ments nucléaires entraî­nerait la région dans « une voie extrê­mement dan­gereus e », il s’est pro­noncé, à nouveau, pour un monde sans armes nucléaires et a assuré que « toute nation -y compris l’Iran- doit avoir le droit d’accéder à la puis­sance nucléaire paci­fique » si elle se conforme au Traité de non pro­li­fé­ration nucléaire.

Le pré­sident amé­ricain a également réitéré son enga­gement à sou­tenir les aspi­ra­tions du peuple pales­tinien à la création d’un Etat indé­pendant, sans tou­tefois fonder la solution du conflit sur le droit inter­na­tional et en se limitant à la « feuille de route ». Il a de nouveau affirmé que « La colo­ni­sation israé­lienne doit cesser ». Tout en qua­li­fiant les liens entre les Etats-​​Unis à Israël d’ « inal­té­rables », il a sou­ligné que « la situation pour le peuple pales­tinien est into­lé­rable ». Recon­naissant le soutien dont jouit le Hamas auprès d’une partie du peuple pales­tinien, il l’a en même temps appelé à « mettre fin à la vio­lence », notamment pour « jouer un rôle », « répondre aux aspi­ra­tions des Pales­ti­niens, et unifier le peuple pales­tinien ». Il tient là aussi des propos dif­fé­rents de ceux de son pré­dé­cesseur. Il ne s’est tou­tefois pas engagé dans la voie du retrait de ce mou­vement de la liste des orga­ni­sa­tions ter­ro­ristes ni dans la voie du dia­logue pourtant incontournable.

M. Barack Obama tient un dis­cours qui se veut « équi­libré ». En fait, alors qu’Israël poursuit l’occupation de la Palestine, pre­mière des vio­lences, et que le peuple pales­tinien résiste au siège insup­por­table de la bande de Gaza qui se poursuit –depuis plus de trois ans-​​ après vingt-​​deux jours de mas­sacres, résiste à l’occupation, à la colo­ni­sation de la Cis­jor­danie notamment à Jérusalem-​​Est, au mur de l’annexion, à l’étouffement écono­mique et social qu’imposent des cen­taines de bar­rages mili­taires, aux démo­li­tions de maisons, aux agres­sions mili­taires meur­trières, au maintien en détention de quelque 11.000 pri­son­niers poli­tiques… le pré­sident amé­ricain réclame des gestes « de part et d’autre ».

Il n’empêche : les diri­geants israé­liens ont vu dans ce dis­cours du pré­sident amé­ricain une rupture par rapport à la poli­tique de George W. Bush, lequel n’a eu de cesse de sou­tenir de façon incon­di­tion­nelle la poli­tique colo­ni­sa­trice de Tel-​​Aviv.

En fait, nul ne doute plus qu’il ne peut y avoir de paix au Moyen-​​Orient tant que le conflit israélo-​​palestinien demeure irrésolu ; c’est aussi ce que recom­mandait en décembre 2006 la com­mission bipar­tisane sur l’Irak dirigée par M. James Baker et M. Lee Hamilton, qui prônait une totale réorien­tation de la diplo­matie amé­ri­caine dans la région et mettait en lumière la cen­tralité de ce conflit.

La paix passe par la mise en œuvre des droits nationaux du peuple pales­tinien et du droit international.

M. Barack Obama annonce vouloir créer un climat propice à la reprise des pour­parlers. Mais cela pourtant ne saurait suffire. Il faut désormais des actes concrets pour contraindre enfin Israël à res­pecter ses enga­ge­ments et les réso­lu­tions des Nations unies, que Tel-​​Aviv viole sys­té­ma­ti­quement depuis plus de soixante ans.

Or, Barak Obama a indiqué ne pas vouloir imposer la paix.

La France et l’Europe doivent s’engager dans la voie de la paix. Les décla­ra­tions ne suf­fisent plus. L’Europe, sous l’impulsion de la France, ne saurait légi­timent s’engager dans la voie d’un « rehaus­sement » honteux de ses rela­tions avec Tel-​​Aviv. Elle doit au contraire sus­pendre l’accord d’association avec Israël tant que cet Etat continue de violer le droit inter­na­tional et ses propres enga­ge­ments. Elle doit inter­venir avec déter­mi­nation pour une véri­table confé­rence de paix fondée sur le droit inter­na­tional, avec des garanties et un calen­drier précis d’application. Une confé­rence est envi­sagée cet été à Moscou. Ira-​​t-​​elle dans ce sens ? Les citoyens, engagés de plus en plus nom­breux dans le mou­vement de soli­darité avec la Palestine et pour la paix, détiennent la clé de l’avenir paci­fique de la région et plus lar­gement. Notre asso­ciation doit y trouver motif à un rehaus­sement de son action.

Paris, le 6 juin 2009.