"Un besoin urgent de réformes"

Un point de vue de Ghazi Hamad, jeudi 15 novembre 2007

Pour Ghazi Hamad, conseiller d’Ismail Haniyeh, nul ne peut nier la légi­timité ni la recon­nais­sance inter­na­tio­nales que l’OLP a su acquérir sur la scène inter­na­tionale. La réforme et le déve­lop­pement de l’OLP sont, dit-​​il, le devoir de tous. Il revient sur les réformes que propose le Hamas.

La question de la réforme de l’OLP est l’une des plus impor­tantes et com­plexes sur l’agenda poli­tique pales­tinien. L’organisation est consi­dérée comme la « seule repré­sen­tante légitime  » du peuple pales­tinien mais elle est actuel­lement dans l’incapacité de trans­poser la théorie en réalité pra­tique acceptée par tous les groupes pales­ti­niens. Depuis qua­rante ans, l’OLP a vécu plu­sieurs chan­ge­ments poli­tiques et admi­nis­tratifs qui ont suscité de nom­breuses ques­tions quant à sa capacité à assumer les devoirs dont elle est chargée. En consé­quence, tous les grands groupes poli­tiques -dont le Fatah et le Hamas-​​ s’accordent sur l’importance de la restruc­tu­ration et de la mise en route d’une sérieuse réforme de l’organisation afin de la sauver de la négli­gence et de l’inertie qui ont carac­térisé son fonc­tion­nement ces der­nières années.

L’un de plus gros pro­blèmes dans la structure de l’OLP est de savoir comment trouver une solution à la com­pé­tition à laquelle se livrent de nom­breux groupes pales­ti­niens pour avoir de l’influence et de la repré­sen­tation tout en évitant de gonfler inuti­lement une structure admi­nis­trative et bureau­cra­tique ou de rendre inopé­rante la capacité déci­sion­nelle de l’organisation.

Le contrôle strict qu’exerçait le défunt pré­sident Yasser Arafat -imposé pour partie par sa forte personnalité-​​ a donné l’impression que l’OLP était son domaine réservé ou celui de son parti, le Fatah. C’est en partie à cause de cette situation que la solution d’Oslo prônée par l’OLP a creusé un tel fossé au sein de l’organisation, poussant dans l’opposition des partis qui étaient déjà bien intégrés, comme le Front popu­laire de Libé­ration de la Palestine ou le Front démo­cra­tique de Libé­ration de la Palestine.

L’établissement de l’Autorité nationale pales­ti­nienne (ANP) à la suite de l’accord d’Oslo a également entraîné une énorme crise puisque l’ANP a en réalité dépouillé l’OLP de nombre de ses fonc­tions impor­tantes et l’a amenée à dis­pa­raître der­rière la ligne d’horizon poli­tique bien qu’elle fût encore signa­taire d’accords impor­tants. En fait, depuis 1993, le rôle de l’OLP a gra­duel­lement diminué et son déclin se poursuit aujourd’hui. Cer­tains vont jusqu’à dire que l’OLP vit ses der­niers moments.

Quand le Hamas a décidé for­mel­lement de par­ti­ciper à la vie poli­tique de la nation, il s’est focalisé sur la réforme de l’OLP et la restruc­tu­ration de son pro­gramme poli­tique et de son admi­nis­tration. A la réunion du Caire en 2005, le Hamas et le Fatah ont convenu qu’il était important de com­mencer par des chan­ge­ments pra­tiques. Ce qui a été confirmé par les accords de La Mecque et le document de Conci­liation nationale. Pourtant, à ce jour, aucune mesure sérieuse pour lancer la réforme n’a été prise.

Des propositions de réforme

Néan­moins, le Hamas considère que l’OLP, cor­rec­tement réformée, peut jouer un rôle important et efficace sur le front poli­tique. L’Article 8 du pro­gramme du gou­ver­nement Hamas en mars 2006 traite de la réforme de l’OLP et précise : « Le gou­ver­nement réaf­firme l’accord auquel les groupes pales­ti­niens sont par­venus lors du dia­logue du Caire en mars 2005 à propos de l’OLP et il rap­pelle à quel point il est important de pour­suivre en prenant les mesures néces­saires. » Plus récemment, Khaled Mechaal, diri­geant du bureau poli­tique du Hamas, a affirmé que le Hamas entrerait à l’OLP si des mesures sérieuses étaient prises.

A cette fin, le Hamas a fait un certain nombre de pro­po­si­tions de réforme. On y trouve une remise à plat du pro­gramme de l’OLP, de façon à pré­server les constantes natio­nales et à garantir les droits du peuple pales­tinien. Le Hamas a insisté sur la nécessité que tous les groupes pales­ti­niens y par­ti­cipent afin que l’OLP puisse pré­tendre vraiment à être la « seule repré­sen­tante légitime » du peuple.

Enfin, le Hamas a proposé une réforme admi­nis­trative des divers orga­nismes de l’OLP -le Conseil national, le Conseil central et le Comité exé­cutif. Le Hamas considère que des élec­tions régu­lières sont la meilleure façon de choisir des repré­sen­tants dans ces orga­nismes, plutôt que la poli­tique de nomi­na­tions exé­cu­tives et de mar­chandage entre groupes qui a eu cours ces der­nières années.

Déve­lopper, réformer et redonner du pouvoir à l’OLP sera béné­fique pour la cause pales­ti­nienne. C’est une res­pon­sa­bilité col­lective qui com­mence au niveau des nom­breuses forces poli­tiques et qui monte jusqu’au gou­ver­nement et à la pré­si­dence. Per­sonne aujourd’hui ne peut nier la légi­timité ni la recon­nais­sance inter­na­tio­nales que l’OLP a su acquérir sur la scène inter­na­tionale. Aussi la réforme et le déve­lop­pement de l’OLP en tant que notre maison à tous, tous les Pales­ti­niens et tous les groupes poli­tiques pales­ti­niens, sont-​​ils un devoir qui nous échoit à tous.


Ghazi Hamad est un conseiller d’Ismail Haniyeh.