Un Franco-​​palestinien emprisonné en Israël

Aziz Zemouri, dimanche 19 octobre 2008

Salah Hamouri, 23 ans, a été condamné en février dernier à 7 ans de prison pour la pré­pa­ration d’un attentat contre un rabbin, ce qu’il réfute [1]. Un comité de soutien est créé en France.

Ori­gi­naire de Bourg-​​en-​​Bresse, Denise Hamouri est pro­fesseur de Français à Jeru­salem, où elle est mariée à un Pales­tinien. Son fils Salah a été arrêté en mars 2005 au motif qu’il serait un militant du FPLP et qu’il aurait été vu rodant autour du domicile d’un rabbin connu pour ses posi­tions radi­cales sur le dossier pales­tinien. La famille Hamouri a tou­jours réfuté ces accu­sa­tions mais, en détention, Salah Hamouri a usé de la pro­cédure du plaider cou­pable. « C’était pour accé­lérer la tenue du procès », disent ses défenseurs [2]. Selon eux, aucune preuve n’a jamais été apportée.

Du côté israélien, on estime l’affaire ter­minée : après avoir plaidé cou­pable, le jeune Franco-​​Palestinien de 23 ans a été jugé et condamné en février 2008 à 7 ans de prison ferme par un tri­bunal mili­taire. Il n’a ensuite pas usé de son droit d’appel, fait-​​on savoir du côté des auto­rités israéliennes [3]. « Certes, la France a fait état de son cas au plus haut niveau, notamment auprès de Tzipi Livni, ministre des affaires étran­gères », reconnaît Nina Ben-​​ami, porte-​​parole de l’ambassade d’Israël en France. « Mais nous lui avons répondu qu’il s’agissait d’une décision judi­ciaire israé­lienne et qu’Israël est un pays sou­verain », explique-​​t-​​elle.

Jeudi, lors d’une confé­rence de presse, Hind Khoury, déléguée générale de la Palestine en France, a rappelé la situation par­ti­cu­lière faite aux rési­dents pales­ti­niens de Jérusalem-​​Est. « Leurs peines de prisons sont incom­pres­sibles, les détenus n’ont pas le statut de pri­son­niers poli­tiques », explique-​​t-​​elle.

De son côté, Ste­phane Hessel, ancien ambas­sadeur de France et infa­ti­gable militant des droits de l’homme - il avait par­ticipé à la rédaction de la décla­ration des Droits de l’homme de 1948 -, a cri­tiqué l’inaction des pou­voirs publics. « Il faut refuser l’intimidation, nous demandons aussi la libé­ration de Gilad Shalit, (le mili­taire franco-​​israélien pris en otage par des acti­vistes pales­ti­niens ndlr). Mais force est de constater la para­lysie du gou­ver­nement dans ce dossier ».

Le ministère des Affaires étran­gères dis­tingue le cas de Gilad Shalit, otage, de celui de Salah Hamouri, détenu en prison, mais affirme tra­vailler sur ce dossier : « nous faisons des démarches, nous lui rendons visite régu­liè­rement, notre méthode ne consiste pas à com­mu­niquer en per­ma­nence, la dis­crétion peut nous per­mettre de trouver une issue satis­fai­sante. Mais nous agissons. Bernard Kouchner s’est investi, après la condam­nation de Salah Hamouri au mois d’avril dernier, pour obtenir des auto­rités poli­tiques et judi­ciaires israé­liennes la libé­ration de Salah Hamouri, en geste de clé­mence. Il a écrit le 20 mai 2008 un courrier à Tzipi Livni et à Ehud. Barak. Cette demande a été rap­pelée à l’occasion des visites en Israël du Pré­sident de la Répu­blique, du 22 au 24 juin 2008, et du ministre, le 5 octobre 2008 » indique-​​t-​​on au Quai d’Orsay.

Un comité de soutien va voir le jour en France. Il com­portera de nom­breux par­le­men­taires, comme les ex-​​ministres socia­listes Jack Lang et Catherine Tasca [4].

[1] voir le dossier et la pétition : http://​www​.france​-palestine​.org/​a​r​t​i​c​l​e​7743​.html

[2] Il s’agit en fait d’un chantage odieux , auquel sont régu­liè­rement soumis les Pales­ti­niens. Dans le cas de Salah, l’accusation lui a mis le marché suivant en main : "ou vous plaidez cou­pable et c’est 7 ans -il en avait déjà fait 3 au moment du procès-​​​​ ou bien vous en prenez pour beaucoup plus long­temps". Belle justice !

[3] Salah, jeune Français ET Pales­tinien, redoutait que cet appel ne se solde par une expulsion en France avec inter­diction de revenir en Palestine, à Jéru­salem où vit sa famille. Cette inter­diction à des Pales­ti­niens de rentrer chez eux est fré­quente et une mani­fes­tation de l’arbitraire de l’occupation. De même, de nom­breux Inter­na­tionaux sont interdits d’entrée en Palestine par les auto­rités israé­liennes qui en contrôlent tous les accès

[4] la confé­rence de presse men­tionnée avait pour but d’annoncer publi­quement la création du comité. voir http://​www​.france​-palestine​.org/​a​r​t​i​c​l​e​9957​.html