UE -Israël ; Lettre à Bernard Kouchner

Michel Billout, jeudi 18 décembre 2008

Sénateur com­mu­niste, M. Billout inter­pelle le ministre des Affaires étran­gères français qui a amené le conseil des ministres euro­péens des Affaires étran­gères à s’engager pour le rehaus­sement des rela­tions entre l’UE et Israël, contre l’avis du Par­lement qui avait repoussé le vote.

Paris, le 12 décembre 2008

Monsieur le ministre,

Je sou­haite une nou­velle fois attirer votre attention sur la situation au Proche-​​Orient. Au regard de la poli­tique actuelle menée par Israël et de la situation dans les ter­ri­toires pales­ti­niens, je dois vous faire part de mon indi­gnation suite à la décision des ministres des Affaires étran­gères, lors du Conseil des ministres des 8 et 9 décembre, de « rehausser le niveau et l’intensité de sa relation bila­térale avec Israël ».

Le groupe com­mu­niste, répu­blicain et citoyen et des séna­teurs du parti de gauche vous a inter­pellé, notamment lors du débat préa­lable au Conseil européen de décembre, sur le « rehaus­sement » des rela­tions entre l’Union euro­péenne et Israël alors que ce pays ne res­pecte ni le droit inter­na­tional, ni les réso­lu­tions de l’ONU.

Le Par­lement européen s’est exprimé le 3 décembre dernier sur cette question en demandant le report du vote sur cet accord en janvier pro­chain. Les par­le­men­taires euro­péens ont ainsi pro­testé contre la poli­tique israé­lienne et exprimé leur volonté de voir l’Union euro­péenne s’investir plus effi­ca­cement pour faire res­pecter le droit et contribuer à la recherche d’une réso­lution poli­tique du conflit.

La poli­tique de colo­ni­sation menée par Israël n’appelle cer­tai­nement pas de féli­ci­ta­tions ni d’encouragements de la part de l’Union euro­péenne mais au contraire, des sanc­tions ou à tout le moins des pres­sions, qui sont d’ailleurs expli­ci­tement prévues dans l’accord d’association, conclu en 1995 et actuel­lement en vigueur.

Les conclu­sions du Conseil des ministres des Affaires étran­gères sont d’autant plus conster­nantes qu’au même moment, le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU, qui regroupe 47 Etats, adoptait une liste de 99 recom­man­da­tions à Israël allant de la levée du blocus de Gaza à la libé­ration de pri­son­niers arabes.

Comment croire un instant qu’Israël modi­fiera sa poli­tique en direction des Pales­ti­niens si l’Union euro­péenne offre une récom­pense, octroie de nou­veaux pri­vi­lèges à cet Etat qui viole, de manière fla­grante et per­ma­nente, le droit inter­na­tional et tous les enga­ge­ments pris auprès du « quartet » et de la com­mu­nauté internationale.

Cette décision est un non-​​sens, elle accorde une impunité totale à Israël et ce, au mépris de l’expression des repré­sen­tants des peuples européens.

Cette décision remet gra­vement en cause la cré­di­bilité de l’Union euro­péenne dans la réso­lution de ce conflit.

Par consé­quent, je vous demande, Mon­sieur le Ministre, d’agir auprès des ins­ti­tu­tions de l’Union euro­péenne pour faire res­pecter le vote des par­le­men­taires euro­péens, pour que l’accord d’association conclu en 1995 soit sus­pendu et que toute pers­pective de rehaus­sement des rela­tions avec Israël soit geler tant que cet Etat n’aura pas fait la preuve, sur le terrain, de sa volonté de res­pecter le droit inter­na­tional et ses engagements.

Je vous prie de croire, Mon­sieur le Ministre, à l’assurance de ma consi­dé­ration distinguée.

Michel Billout

Sénateur de la Seine-​​et-​​Marne

Membre de la Com­mission des Affaires Etran­gères, de la Défense et des Forces Armées

Vice-​​président de la Commission des Affaires Européennes