Tramway : La pression sur Veolia s’intensifie

Adri Nieuwhof, lundi 27 octobre 2008

En ignorant les nom­breux appels à se retirer du projet de tramway à Jéru­salem, Veolia et Alstom n’ont réussi qu’à conso­lider leur image de com­pa­gnies qui ne se pré­oc­cupent pas des droits humains et du droit international.

Dans Jéru­salem -est occupée, le tramway israélien que construit, en vio­lation du droit inter­na­tional, sur des terres volées à des Pales­ti­niens, la com­pagnie euro­péenne Veolia, va changer radi­ca­lement le paysage.

Veolia et son par­te­naire Alstom conti­nuent à s’impliquer dans ce projet contesté, attirant l’attention d’institutions finan­cières et d’ orga­ni­sa­tions de la société civile. Récemment, la Coa­lition civile pour la Défense des Droits des Pales­ti­niens à Jéru­salem, formée de 18 ins­ti­tu­tions, a mis Veolia sur sa liste noire en tant que com­pagnie à cibler pour son rôle dans l’affaiblissement des droits humains des Pales­ti­niens, car elle a déli­bé­rément ignoré les appels à se retirer du projet de tramway.

Mat­thijs Bierman, directeur de la banque hol­lan­daise Triodos -qui se déve­loppe très vite, a remarqué l’été passé dans leur revue Triodos Nieuws que les clients "votent avec leurs pieds." Chaque fois qu’ils achètent un produit ou un service ils votent en faveur de la com­pagnie. Cependant, les clients peuvent aussi émettre un vote négatif en boy­cottant les pro­duits comme ils l’ont fait avec ceux qu’exportait l’Afrique du Sud à l’époque de l’ Apar­theid. A la question sur la poli­tique de la banque concernant l’investissement dans Veolia et Alstom, la banque a répondu qu’elle n’investit et n’investira pas dans ces compagnies.

Triodos na veut pas sou­tenir des régimes dic­ta­to­riaux du fait de leur nature antidémocratique.

En Palestine, à cause de l’occupation israé­lienne, la démo­cratie est impos­sible. C’est pourquoi Triodos exclut expli­ci­tement des com­pa­gnies qui contri­buent à la pour­suite de l’occupation, comme Veolia, Alstom, Motorola, et Caterpillar.

Dans un entretien publié récemment sur le site Internet du Centre de Recours pour le Com­merce et les droits Humains (Business and Human Rights Recourse Center), des ana­lystes auprès d’ une firme sué­doise de consul­tants, Ethix, qui aide les inves­tis­seurs à faire des inves­tis­se­ments res­pon­sables, expliquent que les réso­lu­tions des Nations unies sur les colonies sont prises en compte quand elle étudie les com­pa­gnies pour ses clients.

Ethix a fait une étude de com­pa­gnies qui pro­duisent des véhi­cules méca­nisés afin de détruire les maisons des Pales­ti­niens ou qui manu­fac­turent et livrent régu­liè­rement de l’armement utilisé contre les civils en contra­vention au droit humanitaire.

Ethix a été informé par des rap­ports publiés dans les médias de la par­ti­ci­pation de Veolia et Alstom au projet de tramway à Jéru­salem et a jugé que cela n’entrait pas dans les cri­tères inter­na­tionaux de l’investissement responsable.

Dans le cadre de l’affaire judi­ciaire menée en France contre Veolia et Alstom les com­pa­gnies ont élevé toute une série d’ objec­tions pour éviter une dis­cussion fon­da­mentale au tribunal.

Ainsi, ils ont affirmé au départ n’avoir jamais signé de contrat avec le gou­ver­nement d’Israël. Néan­moins le tri­bunal de Nan­terre a jugé en juin 2008 que Veolia et Alstom devaient sou­mettre le contrat in extenso du tramway, signé le 22 sep­tembre 2004, y compris ses annexes, de même qu’une tra­duction légale en français. Début sep­tembre, les com­pa­gnies ont remis les docu­ments exigés par la cour et l’audition sui­vante fut fixée au 24 novembre 2008, quand les avocats repré­sentant l’ Orga­ni­sation de Libé­ration de la Palestine et l’Association France-​​Palestine Soli­darité pré­sen­teront leurs argu­ments. La cour décidera comment pour­suivre après cette audition.

Les fonds de pension hol­landais ont exclu des com­pa­gnies impli­quées dans la pro­duction d’armes, à cause de la pression de leurs clients. S’inspirant de cette poli­tique, des mili­tants ont demandé à PGGM, l’un des prin­cipaux fonds de pension hol­landais, de dés­in­vestir de Veolia, qui est l’une dese 4,500 com­pa­gnies de son porte-​​feuilles. Chaque année, pour PGGM, l’institution indé­pen­dante Dutch Sus­tai­na­bility Research passe au crible toutes les com­pa­gnies afin de dépister de pos­sibles impli­ca­tions dans des vio­la­tions des droits humains. Bien que Veolia n’ait pas été pointé par Dutch Sus­tai­na­bility Research, PGGM a promis de faire des recherches sur les acti­vités de la com­pagnie et de déter­miner s’il y lieu d’agir.

Dans d’autres pays euro­péens, des mili­tants ont com­mencé à peser sur les fonds de pension et les conseils muni­cipaux afin d’exclure Veolia de leurs marchés.

Depuis quelques années, des mili­tants au Danemark, en France, Irlande, au Pays-​​Bas, en Norvège, Suède et Suisse, envoient un message clair aux ins­ti­tu­tions de leurs pays qui ne devraient pas traiter avec des com­pa­gnies qui tirent profit de l’occupation israé­lienne. En ignorant les nom­breux appels de mili­tants à se retirer du projet de tramway à Jéru­salem, Veolia et Alstom n’ont réussi qu’à conso­lider leur image de com­pa­gnies qui ne se pré­oc­cupent pas des droits humains et du droit international.