Territoires palestiniens occupés : Une odeur d’argent

T. Hocine, lundi 16 février 2009

Veolia, Alstom, Dexia… Colonies illé­gales, tramway colonial…Quand des entre­prises fran­çaises financent l’occupation ou y participent.

Cela rap­pelle étran­gement des situa­tions vécues déjà sous d’autres cieux, c’est-à-dire là où l’argent est roi et qu’il n’y a pas de place pour les états d’âme. Au nom d’une logique aussi inhu­maine que froide, des pays ferment les yeux dans des cas de fla­grante injustice, en contra­diction avec un dis­cours supposé défendre les droits de l’homme.

C’est ainsi que trois mul­ti­na­tio­nales et une PME fran­çaises sont accusées d’avoir tiré écono­mi­quement profit de la colo­ni­sation de la Cis­jor­danie par Israël. « La banque franco-​​belge Dexia finance plu­sieurs colonies. Les mul­ti­na­tio­nales Alstom et Veolia comptent trans­porter leurs habi­tants à travers Jéru­salem. La PME Manitou par­ticipe à la construction du mur de sépa­ration. Toutes font du business en totale vio­lation du droit inter­na­tional », indique une ONG (orga­ni­sation non gou­ver­ne­mentale) fran­çaise sur son site. Ainsi apprend-​​on, « en 2003, le gou­ver­nement israélien a lancé un plan de finan­cement des com­munes qui ont du mal à boucler leurs budgets. 67 muni­ci­pa­lités israé­liennes, dont une dizaine de colonies, béné­fi­cient d’un emprunt auprès de Dexia Israël ».

« L’implantation de colonies israé­liennes en Cis­jor­danie viole la Convention de Genève, ratifiée par Israël, et plu­sieurs réso­lu­tions de l’Onu, notamment la réso­lution 446 du 22 mars 1979 », ne cesse t-​​on de rap­peler y compris aux gou­ver­ne­ments qui se montrent d’une extrême com­plicité avec leurs milieux écono­miques. On disait la même chose en 1975, voire plus, quand il s’agissait de livrer deux cen­trales nucléaires à l’Afrique du Sud, alors sous le régime de l’apartheid, et théo­ri­quement sous embargo de l’ONU ou encore de l’accord de pêche liant le Maroc et l’Union euro­péenne, incluant les eaux ter­ri­to­riales du Sahara-​​Occidental sous occu­pation maro­caine. Donner du travail aux pêcheurs euro­péens, alors que c’est un soutien à la poli­tique d’occupation en échange du pillage de richesses qui n’appartiennent qu’au peuple sahraoui.

Cette réso­lution considère que la poli­tique et les pra­tiques israé­liennes consistant à établir des colonies de peu­plement dans les ter­ri­toires pales­ti­niens et autres ter­ri­toires arabes occupés depuis 1967 n’ont aucune validité en droit et font gra­vement obs­tacle à l’instauration d’une paix générale, juste et durable au Moyen-​​Orient. L’ONG « Intal », avec une tren­taine d’organisations belges, vient de lancer une cam­pagne « Dexia, out of Israel », contre le finan­cement des colonies israé­liennes par la banque franco-​​belge. Plu­sieurs com­munes belges ont déjà adopté des motions allant dans ce sens. Deux mul­ti­na­tio­nales fran­çaises sont impli­quées dans le consortium Citypass aux côtés d’entreprises et de banques israé­liennes : Veolia transport et Alstom, pour la réa­li­sation du tramway d’El Qods, devant relier El Qods-​​Ouest, aux colonies israé­liennes d’El Qods-​​Est, en Cis­jor­danie pales­ti­nienne. Alstom doit fournir 46 rames de tramway et a obtenu une concession de 30 ans pour l’exploitation de la ligne et c’est fort logi­quement que l’Autorité pales­ti­nienne a porté plainte contre les deux mul­ti­na­tio­nales [1].

De nom­breuses ONG ont dénoncé la par­ti­ci­pation des deux groupes à la réa­li­sation de ce projet. Grâce à leur travail, Veolia a direc­tement pâti de sa par­ti­ci­pation au consortium. En effet, le conseil muni­cipal de Stockholm a annoncé, le 20 janvier, que Veolia, en charge du métro de la capitale scan­dinave depuis dix ans, était évincée au profit d’un autre opé­rateur. « Un contrat de 3,5 mil­liards d’euros est parti en fumée offi­ciel­lement pour des raisons com­mer­ciales mais sur fond d’une intense cam­pagne média­tique », rappelle-​​t-​​il. La der­nière entre­prise direc­tement impliquée auprès des colonies israé­liennes n’est pas une mul­ti­na­tionale mais une société de taille moyenne. « Manitou » se pré­sente comme « leader mondial de la manu­tention tout terrain », au chiffre d’affaires de 1,2 mil­liard d’euros, fournit machines et bull­dozers pour la construction et l’entretien du mur de démar­cation, érigé par le gou­ver­nement israélien, dont le tracé empiète lar­gement sur le ter­ri­toire pales­tinien. Et ces entre­prises n’ont jamais été rap­pelées à l’ordre dans leur pays d’origine. Ce n’est plus du laisser-​​faire, mais de la myopie et encore une fois, la poli­tique du cas par cas.

[1] il s’agit en fait d’une plainte déposée par l’AFPS (asso­ciation France Palestine Soli­darité) et l’OLP. Voir http://​www​.france​-palestine​.org/​a​r​t​i​c​l​e​9864​.html