Témoignages d’enfants palestiniens du Liban

Beit Atfal Assoumoud, mercredi 13 juin 2007

Chers amis, Quand les enfants décrivent les hor­reurs dont ils ont fait l’expérience, cela a un autre sens parce qu’ils sont tou­jours sin­cères, directs et ne pour­suivent aucun but qui les contraignent à l’hypocrisie. Nous consi­dérons donc que consigner et « docu­menter » leurs témoi­gnages est une manière d’écrire l’histoire dans une pers­pective dif­fé­rente et plus sûre. Dans cer­tains cas une simple phrase pro­férée par un enfant sans défense peut toucher les coeurs et la conscience des res­pon­sables de la terreur.

Cette fois-​​ci, les témoins sont éton­nament jeunes, leurs besoins par­ti­cu­liè­rement modestes, même si les pauvres biens qu’ils ont dû aban­donner ont une immense valeur à leurs yeux. Chacun d’entre nous peut avoir une inter­pré­tation dif­fé­rente de leurs témoi­gnages, à partir d’une simple phrase ou d’un com­men­taire. Ecoutez ce qu’ils ont à dire.

De Rashidieh

Bilal Ahmad, 5 ans : « Ce que je veux dire, j’ai eu si peur des tirs, je pouvais plus rentrer à la maison voir mes amis et mon école que j’aime tant. On a couru pour échapper au bom­bar­dement, les maisons autour étaient détruites, mais on a continué à courir pieds nus et tout le temps je pleurais de peur et d’inquiétude pour ma maman et mes frères. Main­tenant on est à Rashidieh, ça va, mais je veux retourner chez moi, j’aime mes nou­veaux habits que j’avais là-​​bas, jai même pas eu le temps de les mettre une seule fois. »

Nivine Bdel Rahman, 6 ans : « Il y a eu un grand bom­bar­dement, une fumée noire épaisse et des tirs, on a couru à Rashidieh parce qu’on avait des amis là-​​bas, c’est des bons amis parce qu’ils nous ont gardés dans leur maison. Je pleurais tout le temps mais quand j’ai vu la mer ça allait mieux, il ya des pro­fes­seurs qui sont venus ; ils m’ont dit que je pouvais aller au jardin d’enfants, j’avais peur mais quand je suis allée là-​​bas j’ai bien aimé l’endroit et alors, comme j’étais heu­reuse ! J’ai beaucoup joué et dessiné, j’ai mangé avec d’autres enfants et quand je suis partie on m’a donné un cadeau, j’ai beaucoup aimé cet endroit et je me suis dit : ‘quand je vais rentrer chez moi je dois les inviter à venir nous rendre visite’ . »

Nasim Abdel Rahman, 5 ans : « J’avais tel­lement peur d’être tué par une balle, je dormais avec ma famille et on a été réveillés par le bruit des bombes. J’ai com­mencé à pleurer quand la maison a com­mencé à trembler très fort, on a couru jusque en bas de chez notre voisin, ma maman a dit qu’on était plus en sécurité mais tout à coup je me suis souvenu que j’avais laissé mes deux oiseaux mais maman a dit qu’ils étaient sûrement morts. J’étais très triste et en colère, j’ai pleuré, j’aimais beaucoup mes oiseaux : je leur donnais à manger et je jouais avec eux. Main­tenant j’ai plus de maison et plus d’oiseaux. »

Faten Nabulsi, 4 ans : « Je suis très triste, notre maison a brûlé et on est restés avec nos voisins jusqu’à ce qu’on nous dise de partir. Mon papa est venu avec une voiture et on est allés à Rashidieh. J’ai vu des étrangers qui don­naient des cou­ver­tures pour mettre sur les vieux et ils les ont emmenés à la mosquée. Main­tenant je suis en sécurité, je joue avec les autres enfants dans le jardin d’enfants. »

De Beddawi

Malak Abdel Aziz, 3 ans : « J’ai laissé mon nouveau sac à la maison, c’est le sac que ma maman elle m’a acheté à Tripoli. Elle m’a aussi acheté des nou­veaux habits pour aller au jardin d’enfants. On courait dans les rues, on avait très peur, j’ai vu un homme avec un fusil, puis on a pris une voiture, cette robe que Ziena m’a donnée, ici (au jardin d’enfants) ils me donnent du jus de fruits et un cadeau, maman elle va avoir un nouveau bébé bientôt mais elle a laissé les habits du bébé à el-​​Bared. »

Sara Kana’an, 4 ans : « On dormait quand ils ont com­mencé à bom­barder, j’ai com­mencé à pleurer avec ma maman mais papa il pleurait pas. Maman elle a dit qu’ils ont bom­bardé mon école et tous les jouets sont brûlés, beaucoup de gens sont venus dans la maison de ma grand-​​mère mais après on est tous partis à Beddawi. Tous les jours il y a une voiture qui vient pour nous apporter du pain et à manger, je veux pas retourner à mon école parce qu’elle a explosé. »