Solidarité avec la cause palestinienne

Témoignage de Jacques Couland - Pour la Palestine n°54, vendredi 5 octobre 2007

Dossier 1967 vu de France /

PLP : Comment avez-​​vous vécu la guerre de 1967, dite « guerre des Six Jours » ?

- Jacques Couland : His­torien ara­bisant, j’avais attiré l’attention dès février 1964 sur l’éventualité d’une guerre dans le mensuel Démo­cratie nou­velle. Devenu membre de la section de poli­tique exté­rieure du PCF en 1962 (après six ans consacrés à animer les luttes du PC contre la guerre d’Algérie dans le Vème arron­dis­sement de Paris), j’avais suivi l’évolution des choses et l’un de mes rap­ports plus détaillés avait été transmis au bureau poli­tique du PCF en avril 1965. Les décla­ra­tions offi­cielles dans la période pré­pa­ra­toire au déclen­chement de l’agression du 5 juin 1967 étaient conformes à mes attentes : « règlement de l’ensemble des ques­tions en litige (…) qui tienne compte à la fois du droit à l’existence du peuple et de l’Etat d’Israël et du droit à l’indépendance nationale de tous les peuples arabes, y compris des Arabes de Palestine » (Waldeck Rochet, Secré­taire général, 4 juin 1967). Je pouvais me consacrer à achever la rédaction de ma thèse. Dès l’après-midi du 5 juin je rédi­geais pour l’Humanité le premier d’une série de trois articles sur les prin­cipaux repères his­to­riques, puis des contri­bu­tions pour un numéro spécial de La Nou­velle Cri­tique et du Nouveau Clarté et pour les Cahiers du com­mu­nisme. Les décla­ra­tions du Bureau poli­tique des 5 et 10 juin, qui condamnent l’agression, demandent le retrait des troupes israé­liennes, un règlement juste et durable sous l’égide de l’Onu « fondé sur la recon­nais­sance des droits légi­times des peuples arabes, notamment du peuple arabe de Palestine et du droit à l’existence de l’Etat d’Israël ».

PLP : Qu’a-t-elle changé dans votre approche du conflit au Proche-​​Orient et dans celle du PCF ?

- J. C. : En tant que militant, s’imposait l’exigence de suivi pour fournir des infor­ma­tions fiables et contrôlées ; il fallait aussi répondre aux invi­ta­tions à des confé­rences et débats en France avec un souci plu­ra­liste (oppo­sition com­prise), le plus souvent en appui avec le Mou­vement de la Paix, puis le Groupe de Recherche et d’Action pour le Règlement du Pro­blème Pales­tinien (GRAPP), des comités d’initiative d’intellectuels, ou plus larges, les­quels pré­ludent à la fon­dation de l’Association France-​​Palestine sous pré­si­dence col­lective plu­rielle. Pour ne rien dire de nom­breuses confé­rences inter­na­tio­nales et de mul­tiples ren­contres. Pro­fes­sion­nel­lement, une part impor­tante des ensei­gne­ments, de la recherche, des direc­tions de maî­trises et de thèses, était consacrée, parmi d’autres, à ce thème. Le PCF, dans le pro­lon­gement de ses posi­tions de départ, adaptées aux évolu­tions des contextes (« sep­tembre noir » de Jor­danie, guerre du Liban et agression israé­lienne sur ce pays de 1982…) a ren­forcé sa soli­darité avec la cause pales­ti­nienne, en contact par­ti­culier avec le Fatah de Yasser Arafat et les repré­sen­tants de l’OLP en France, tout en réaf­firmant le droit à l’existence d’Israël. Dès le dix-​​neuvième congrès (1970), repré­sen­tants israé­liens et pales­ti­niens figurent parmi les délégués étrangers. Il a condamné le rôle des Etats-​​Unis dans l’encouragement à l’occupation, à l’expansion et à la par­tition (« mur »), à la colo­ni­sation, à l’oppression, ainsi que la pro­tection des diri­geants d’Israël contre toute condam­nation pour ces faits et pour la non appli­cation des réso­lu­tions de l’Onu et l’entrave apportée aux accords d’ouverture parfois envi­sagés ou envi­sa­geables (Oslo, Quar­tette, Plan de paix du sommet arabe, …). Il a stig­matisé l’inaction de la France et de l’Europe, en contra­diction y compris avec les mesures et solu­tions envi­sagées parfois par elles.

PLP : Quel lien faites-​​vous entre ces évène­ments et l’impasse actuelle au Proche-​​Orient ?

- J. C. : La gravité des événe­ments que connaît la région, après qua­rante ans d’occupation, attire plus encore l’attention sur l’écrasante res­pon­sa­bilité d’Israël et des Etats-​​Unis. Plus encore qu’auparavant, il faut trouver les voies pour mettre fin à l’inertie com­plice des ins­ti­tu­tions inter­na­tio­nales, en appeler à l’action et à la res­pon­sa­bilité pour faire triompher le droit et la justice, contribuer ainsi à la paix régionale et mon­diale. Les décla­ra­tions du Parti com­mu­niste et celles de ses diri­geants appellent à agir d’urgence, dans le cadre de ses acti­vités propres ou en tant que partie pre­nante d’autres orga­ni­sa­tions dont le « Col­lectif national pour une paix juste entre Israé­liens et Pales­ti­niens », au-​​delà de la levée des sanc­tions qui frappent le peuple pales­tinien et des mesures propres au réta­blis­sement de la paix civile, pour la convo­cation d’une confé­rence inter­na­tionale sous l’égide des Nations unies. La France et l’Europe se doivent d’être inter­pellées dans ce sens par une constante et large pression de l’opinion de notre pays.