Snipers avec des enfants dans leurs lignes de mire

Chris McGreal, lundi 24 mars 2008

Pour rappel, en illus­tration des cri­tiques émises par Bruno Guigue (voir l’article de BG plus haut) sur les crimes de l’armée israé­lienne, un article daté de 2005 de Chris Mac Greal, du quo­tidien bri­tan­nique the Guardian.

Ce fut le tir sur Asma Mughayar qui a balayé tous les der­niers doutes que j’avais sur la façon dont les soldats israé­liens tuaient tant d’enfants et de civils palestiniens.

Asma, 16 ans, et son plus jeune frère, Ahmad, ramas­saient le linge sur le toit de leur maison au sud de la bande de Gaza au mois de mai l’an dernier quand ils ont été abattus par un sniper de l’armée israé­lienne. Ni l’un ni l’autre enfant n’était armé ou ne menaçait le soldat, qui a tiré, invi­sible, par un trou percé dans le mur d’un bloc d’appartements voisins.

L’armée a dit qu’ils avaient sauté tous les deux sur une bombe pales­ti­nienne plantée dans le sol pour tuer des soldats. Les cadavres offraient un rapport différent.

A la morgue de Rafah, Asma était étendue avec un seul trou de balle dans la tempe ; son frère 13 ans avait un seul impact de balle au front. Il n’y avait aucune autre blessure, cer­tai­nement pas de consé­quence à une explosion.

Confronté avec cela, l’armée a changé son rapport et a pré­tendu qu’ils avaient été tués tous les deux par un Pales­tinien, bien qu’il y avait une preuve convain­cante qui mon­trait du doigt le repaire du sniper israélien.

Ce que les mili­taires n’ont pas fait, c’était de demander à ses soldats pourquoi ils ont donné un faux rapport des décès ou de parler aux parents des enfants ou aux autres témoins.

Quand les jour­na­listes ont fait pression sur la question, l’armée a promis une enquête com­plète, mais quelques semaines plus tard elle a été tran­quillement aban­donnée. C’est devenu la norme dans une armée qui semble estimer qu’il vaut mieux se pro­téger de toute res­pon­sa­bilité que de vivre selon son affir­mation d’être "l’armée la plus morale au monde".

Comme l’ont fait remarqué les parents de Tom Hurndall hier après la condam­nation d’un sergent israélien pour l’homicide invo­lon­taire de leur fils, le soldat a été jugé seulement parce que la famille bri­tan­nique a eu les res­sources pour mettre assez de pression.

Mais il n’y a eu aucune justice pour les parents des cen­taines d’enfants pales­ti­niens tués par des soldats israéliens.

Selon le groupe des Droits de l’Homme israélien, B’Tselem, l’armée a tué 1.722 civils pales­ti­niens - plus d’un tiers d’entre eux étaient des mineurs – ainsi que 1.519 com­bat­tants, puisque l’Intifada a com­mencé il y a presque cinq ans ; les chiffres israé­liens com­pa­rables sont 658 civils tués – dont 17% de mineurs - et 309 militaires.

L’armée a enquêté sur seulement 90 décès pales­ti­niens, comme d’habitude sous la pression exté­rieure. Sept soldats ont été condamnés : trois pour homicide invo­lon­taire, aucun pour meurtre.

Le mois dernier, un tri­bunal mili­taire a condamné un soldat à 20 mois en prison pour avoir abattu un homme pales­tinien qui ajustait son antenne de TV, pourtant, la plus longue peine pour la mort d’un civil, et moins que ce qu’obtiennent les objec­teurs de conscience israé­liens pour refuser de servir dans l’armée.

B’Tselem argue du fait que le manque de res­pon­sa­bilité et de règles d’engagement qui "encou­ragent une attitude de gâchette facile parmi des soldats" ont créé une "culture d’impunité" - une opinion sou­tenue par le groupe des Droits de l’Homme basé à New-​​York, Human Rights Watch, qui a décrit la semaine der­nière que de nom­breuses enquêtes des meurtres de civils comme une "imposture… qui encourage les soldats à penser qu’ils peuvent lit­té­ra­lement s’en tirer avec le meurtre".

Au sud de Gaza, les meutres ont lieu dans un climat qui se résume à une forme de terreur contre la population.

Le tir aléa­toire dans Rafah et Khan Yunis a pris des cen­taines de vies, dont cinq enfants abattus alors qu’ils étaient assis à leurs bureaux de l’école.

Beaucoup d’autres sont morts quand les snipers devaient savoir qui était dans leurs viseurs - enfants jouant au football, assis à l’extérieur de la maison, qui rentrent de l’école.

Presque tou­jours les "enquêtes" se sont résumées à demander au soldat qui a tiré sur la gachette ce qui s’est passé - souvent ils affirment qu’il y avait un échange de tirs quand il n’y en avait aucun - et en le pré­sentant comme un fait.

La police mili­taire a lancé une enquête sur la mort d’Iman al-​​Hams en octobre dernier seulement après que les soldats aient rendu publiques les cir­cons­tances dans les­quelles leur com­mandant a vidé son arme sur la gosse de 12 ans. Il a été enre­gistré disant à ses hommes que la fille devrait être tuée même si elle avaient trois ans.

Le colonel Pinhas Zuaretz était com­mandant au sud de Gaza il y a deux ans quand je l’ai interrogé sur le nombre de meurtres.

Le colonel, qui a ré-​​écrit les règles d’engagement pour per­mettre aux soldats de tirer sur des enfants de 14 ans, a reconnu que les ver­sions offi­cielles de plu­sieurs meurtres étaient fausses, mais a jus­tifié la stra­tégie comme étant le prix de la lutte pour la survie contre un second Holocauste.

Peut-​​être cette opinion était par­tagée par le soldat qui a abattu trois garçons de 15 ans, Hassan Abu Zeid, Ashraf Mousa et Khaled Ghanem, car ils se sont approchés de la fron­tière for­tifiée entre Gaza et l’Egypte en avril.

Les mili­taires ont dit que les ado­les­cents étaient des contre­ban­diers d’armes et donc des "ter­ro­ristes", et que le soldat leur a tiré dans les jambes et qu’il les a tués seulement parce qu’ils ne se sont pas arrêtés.

Le rapport était une fabri­cation. Les ado­les­cents étaient dans "une zone interdite" mais tapaient dans un ballon.

Leurs cadavres n’ont montré aucune preuves de bles­sures pour les neu­tra­liser, seulement des tirs de gros calibre à la tête ou dans le dos.

L’armée l’a admis tranquillement - mais qu’il n’y aurait aucune enquête.